Daniel Marceli, le graffeur de l’île de Chiloé

Daniel Marceli est connu dans le monde du graffiti sous le pseudonyme de El Chilote. Ce surnom fait référence à sa terre natale : l’île de Chiloé située à 1200 km au Sud de Santiago…

Daniel Marceli est connu dans le monde du graffiti sous le pseudonyme de El Chilote. Ce surnom fait référence à sa terre natale : l’île de Chiloé située à 1200 km au Sud de Santiago.

Tout comme Anis, El Chilote est un graffeur dont on reconnait tout de suite la patte. Des hommes possédant une tête de poisson, ayant une peau constituée d’écailles de bois et étant quasi tous marqués au niveau des pieds par des trous. Autre chose récurante, la présence de serpent sur la plupart des peintures.

Tous ces symboles ne sont pas un hasard. Ils reflètent la vie sur l’île de Chiloé, et tout particulièrement les changements dans le mode de vie des insulaires du fait des changements sociaux, économiques et climatiques. Certains de ces éléments sont aussi une référence à la mythologie de l’île.

  • La pêche artisanale en difficulté

Des hommes qui possèdent une tête de poisson, et plus précisemment de saumon. Et non, les chilotés n’ont pas des bronchies qui apparaissent du fait des changements locaux. Cela fait référence à l’importance du secteur de la pêche pour l’économie de l’île. Pêche qui connait de nombreux changements actuellement. Aujourd’hui encore, la majorité des pêcheurs de l’île pratiquent une pêche artisanale. L’île est notamment connue pour ses Buzos (plongeurs) qui plongent jusqu’à des profondeurs de 40 mètres pour y récolter des oursins, des palourdes et des algues. Mais, ce type de pêche est menacée par deux choses. La première menace provient de l’administration via deux mesures. La première est une loi qui vise à professionnaliser la pêche notamment via l’obligation pour les pêcheurs de posséder une licence professionnelle. Bien que ces hommes connaissent la mer mieux que quiconque, ils seront dans l’impossibilité de pêcher car leur niveau d’instruction ne leur permettra pas d’obtenir le sésame pour pratiquer leur activité. L’autre problème provient du fait qu’il sera obligatoire pour les pêcheurs de posséder une assurance vie. Sachant que ces hommes travaillent jusqu’à ne plus en pouvoir, personne n’acceptera de leur fournir ce document. La seconde menace provient d’un autre acteur de la pêche : la pêche industrielle. Ce type de pêche est aux mains de sept familles de l’île. Toutes ont un point en commun : leur amitié avec l’ancien président chilien Sebastían Piñera (qui est d’ailleurs candidat aux prochaines élections de 2018)…

  • Une architecture caractéristique

La peau des Hommes-Saumons est constituée d’écailles particulières. Ces écailles sont en fait des tuiles de bois qui font référence à l’architecture de l’île. En effet, traditionelement, les maisons de l’île de Chiloé en sont recouvertes. Le bois utilisé pour leur élaboration est issu du Fitzroya cupressoides appelé Alerce en Espagnol.

Détail Daniel Marceli Graffiti Valparaíso StreetArt

C’est ce qui s’appelle avoir la peau dure comme du bois

  • La pénibilité du travail

La grande majorité des personnages représentés sur les peintures possèdent des trous aux pieds. Cela rapelle Jésus sur sa croix, mais il n’y a ici aucun rapport avec la religion. Ces trous représentent en fait le sacrifice des gens pour le travail ainsi que la dureté de ce dernier. Pour ainsi dire, se sont des stigmates du travail. Cependant, tous ne sont pas marqués au niveau des pieds. Enfin, ils le sont peut être, mais ils portent des chaussures…Ces hommes à la tête de poisson portant des chaussures possèdent également des billets dispersés dans leurs vêtements. Ce sont en fait des individus possédant beaucoup d’argent. C’est un peu « les riches » de ces créatures bizarres. Ces créatures possédant des chaussures connaissent une vie moins pénible que leurs collègues aux pieds nus. Cependant, la vie finit généralement moins bien pour eux…

Détail Daniel Marceli Graffiti Valparaíso StreetArt

Botte bien cirée

Détail Daniel Marceli Graffiti Valparaíso StreetArt

Personnage portant une chaussure

Le travail c’est la santé ?

Détail Daniel Marceli Graffiti Valparaíso StreetArt

C’est ça faire fortune

Détail Daniel Marceli Graffiti Valparaíso StreetArt

Autre stigmate du travail

  • La légende mapuche des serpents Caicai et Trentren

Dernier symbole récurent dans ces oeuvres, le serpent. Deux lectures peuvent en être faites. Le serpent serait une image de la tentation qui toucherait les habitants de l’île. Une deuxième explication pourrait être en lien avec la mythologie de l’île. Une légende mapuche raconte qu’à l’origine, l’île de Chiloé n’était pas une île. Elle faisait partie du continent. Mais un jour, un serpent nommé Caicai (serpent qui domine le pouvoir des mers) voulut submerger l’ensemble des terres et de ses habitants. Heureusement pour les habitants, un autre serpent vint à leur secours : Trentren (Serpent qui domine le pouvoir de la terre et de ses volcans). Avec ses pouvoirs, il éleva la terre. Le duel entre les deux dura un moment mais il tourna à l’avantage de Trentren. Il n’arriva cependant pas à redonner à la terre son image initiale. C’est à partir de là que Chiloé fut isolée du continent.

C’est moi le plus fort ! Non moi ! Non moi !

C’est bien joli de faire un focus sur chaque détail, mais dans son ensemble à quoi ça ressemble ? La réponse en image :

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