Les nomades de Valparaiso

Être nomade, ça veut dire oublier pour un temps le confort chaleureux des amis et de la famille, pour faire de son sac à dos son meilleur compagnon – celui qui vous connait par cœur et vous offre tout ce dont vous avez besoin au quotidien : du shampoing, des fringues plus ou moins propres, des livres, il suffit de lui demander. Les peuples nomades voyagent en groupe. Nous, on est tous les deux, mais on n’a pas embarqué nos compañeros de la vie française. Le décalage horaire atteint des proportions anti-communicationelles avec l’Europe – 6h, c’est vraiment pas pratique : quand c’est le matin ici c’est la pleine après-midi en France, quand c’est le soir en France c’est la pleine après-midi ici, et le reste du temps il y a toujours une partie ou l’autre qui dort. Le fait d’être à la ville ne fait qu’accentuer le manque : avec qui aller boire des cafés le mercredi ? Ou des bières le lundi soir ? Avec qui faire la tisane – ballade du dimanche ? Avec qui partir en weekend pour ramasser des châtaignes ? Avec qui parler de la vie de la mort de la politique du monde du travail et rire aux larmes parce que la vie est quand même vachement drôle ? Avec qui transformer les drames en vastes blagues ? Avec qui regarder des films sous la couette ? Qui pour me transmettre la maladie de la connerie et s’insulter de « tête de shtroumph » ?

Je vous le dis tout de go, les chiliens ils ont vraiment pas de chance de pas vous avoir. Et par un jeu de vases communiquants, l’Europe à trop de la chance de vous avoir. Malgré tout, comme vous pouvez le voir, on a un vide dans notre petit corazón mais personne a perdu sa bonne humeur, meur, meur meur meur (rien à voir, mais il m’est impossible d’écrire « bonne humeur » sans avoir cette chanson collée dans la tête pendant quatre heures).

C’est donc ainsi qu’on se voit dans l’obligation vitale de se reconstruire une famille de voyage – et c’est là que notre expérience à l’hostel Nómada, Valparaíso (Valpo pour les intimes), intervient.

Il existe plusieurs versions pour expliquer le nom Valparaiso. L’une d’elles attribue la paternité aux soldats du navigateur Juan Bautista Pastene,  qui auraient baptisé cette magnifique baie qui plonge dans le Pacifique vallée du paradis, soit Val des paraíso en espagnol, qui serait devenu Valparaiso avec le temps. Mais il existe aussi des contradictions sur la traduction : car certains pensent plutôt à vain paradis qu’à vallée paradisiaque. Cette idée de vain paradis me paraît plus adaptée à notre expérience du « joyau du Pacifique » : une ville rayonnante et joyeuse comme le dernier jour de l’humanité. On dit que les Argentins jouent au foot et que les chiliens écrivent des poèmes. En réalité, les Chiliens sont quand même bien fondus de foot (quand la U joue, tout s’arrête : sur les marchés extérieurs, les vendeurs s’agglutinent autour du stand de celui qui a sorti sa télévision, tandis que les passants s’arrêtent à l’entrée des bar qui passent le match), mais sont aussi une nation de poètes : Pablo Neruda et Gabriela Mistral, pour ne citer qu’eux, sont les tenants d’une tradition mélancolique et joyeuse qu’on retrouve dans l’air de Valparaiso, à chaque fois une ruelle prise au hasard vous amène à une vue incroyable sur le Pacifique.

Comme tout le monde, on n’a pas choisi de rester un mois et demi à Valparaiso, c’est ce vain paradis qui nous a attrapés – on y est passé et on y est restés joyeusement échoués, attrapés par l’énergie, les gens, la joie, la fête et les maisons multicolores. Une proposition de volontariat en tant que réceptionnistes plus tard, on défaits nos sacs, on habite sur le plan de Valparaiso, au pied du cerro Bellavista, avec notre belle famille de travail : Céline la peleuse d’oranges, Élisa la belge, Pierre le flaite, Capu la guica, Lucho le jefe, Marco l’inventeur d’histoires, Folo le paco, Nati la niña-comptable, Dani la dueña, Juanjo le Colombien, Nico l’Argentin et Raquel la vasca… sans oublier La Wachita, un animal qui n’a du chien que l’apparence, puisque son comportement fait plus penser au choix au chat (pour le côté casanier), au lion de mer (pour la paresse), et parfois au renard (pour la ruse : elle est la championne du regard suppliant lancé au huésped (client) non averti, un regard qui raconte son calvaire de chienne d’hostel affamée… Alors même que son bol de croquettes déborde).

Notre vie se compose de petit déjs gargantuesques, d’apéros sur la terrasse, de ballades dans les cerros, et de pauses éternelles sur le banc de Reina Victoria ou de la Plaza d’El Descanzo, de nuits de baile au Pachanguerro, de completos, de cafés en terrasse, d’après-midi a Concón, de blagues, de goûters pain-palta, d‘asados, de soirées films (oui oui oui!!) à la maison ou au ciné, d’élections présidentielles vécues ensembles autour de vin et de brie Président, mais aussi de check-in et checkout de huéspedes, de visites guidées de la maison en trois langues (« entonces, here is the baño, here the cocina, por favor it’s open only hasta eleven »), d’ouvertures et de fermetures de caisses, de nuits avortés par des huéspedes qui sonnent à 4h du matin, de problèmes de toilettes bouchés qui débordent (l’un sans l’autre serait pas rigolo), de panneaux solaires qui font du bruit au milieu de la nuit, de visite à Carmela, l’âne du cerro La Cruz qui mange le compost mais qui n’aime pas le poisson, mais aussi de terremotos, de tragédies familiales, de huéspedes bizarres qui jouent du hang SEULEMENT près des feux rouges ou qui veulent te rejoindre quand tu dors sur le canapé, bref, l’aventure c’est l’aventure, mon ami.

Mais comme on reste nomades, tout ça a dû prendre fin il y a quelques semaines : on a rangé nos brosses à dents dans le sac et on a repris notre vie de mochileros la larme à l’oeil : notre paradis n’était qu’une vaine et délicieuse parenthèse dans ce voyage au long cours.

Familles d’Europe et d’Amerique du Sud, on vous aime : passer du temps avec vous, c’est comme se glisser sous une couverture un jour de pluie. Et moi, j’adore la pluie.

La famille après le terremoto

La Wachiiiita

Dia de Judas : la quemada / Jour de Judas : on le brûle

C’est le « jour de Judas » dans le quartier du port : Après un procès politique de haut vol, le « pacoyaso » (« clown-flic ») encadre l’exécution de la sentence : Judas sera brûlé.

Mission étrange de la semaine : sortir l’oiseau mort coincé au dessus de la fenêtre… A l’aide d’un outil​ composé de deux manches​ à balai, d’un couteau et d’une fourchette

Sebastiana et Pacifique

En descendant de la Sebastiana

Playa Ancha

Petit chat dans patio, quartier de Playa Ancha

Playa Ancha

Playa Ancha

Port Valparaiso

Vue sur le port

Cerro Polanco Valparaíso

Cerro Polanco et la dame a l’ombrelle

Valparaíso la nuit

La baie de Valparaiso la nuit et la maison des lions de mer en premier plan

Eglise Valparaiso barrio puerto

Dans le quartier du port, la plus vieille église de Valparaiso

Poulet frites sur les dunes de Concon pour la despedida de Marco

Laguna verde Valparaíso

La laguna verde (qui n’est absolument pas verte)

Élections françaises 2017 à Valparaiso

Soirée électorale

Famille Nomada

Dernier repas avec la familia Nomada

Valparaíso à la tombée du jour

Wachita

Calin d’au revoir à la Wachita

Selfie d’au revoir