Pal’ norte : Santiago, Valle del Elqui et San Pedro de Atacama

Après un mois et demi d’échouage à Valparaiso, on repart sur les routes chiliennes – ou disons la route, le Chili étant un couloir coincé entre les volcans et le Pacifique, on ne peut que monter la Panamericana, ou…

Après un mois et demi d’échouage à Valparaiso, on repart sur les routes chiliennes – ou disons la route, le Chili étant un couloir coincé entre les volcans et le Pacifique, on ne peut que monter la Panamericana, ou descendre la Panamericana.

Comme on n’est plus à un crochet prêt (c’est vrai, ça fait juste cinq mois que dure notre voyage de deux mois, et ceux qui seraient tentés de se moquer peuvent aller voir le blog de Céline, qui va en stop en Alaska avec un trajet en forme d’escargot), on passe par Santiago du Chili, puis direction le nord avec une pause familiale à la Valle del Elqui, puis San Pedro de Atacama, et repassage de frontière (pas d’histoire de dulce de leche cette fois, on vous rassure, et on n’avait même pas perdu le papier de la douane !) pour arriver en Bolivie – un autre monde.

Comme j’ai l’assiduité d’une huître sous valium pour vous raconter notre vie de caracoles (escargots) vagabonds, voici un résumé en accéléré !

Santiago, la pas si moche

Santiago, on y allait pour la forme, histoire de ne pas snober la capitale. Parce que ce ne sont pas nos compatriotes voyageurs qui auraient pu nous donner envie : tous ceux (ou presque) qui y ont mis les pieds nous ont affirmé que Santiago c’était moche, moche, et remoche – et que par opposition Valparaiso c’était beau, beau et génialement beau. Un peu comme Marseille et Paris, si vous voulez : l’une riche, rangée et sans surprise, l’autre pauvre, dérangée et rigolote. Comme on en avait marre de la beauté de Valparaiso, on a décidé d’aller prendre un petit bain de moche : en deux heures de bus, on arrive donc à la capitale.

Et là, qu’elle ne fut pas notre surprise : Santiago, en fait, c’est joli. S’entend, on est dans une capitale ; après quatre mois loin de Buenos Aires,  on renoue avec les deux fois cinq voies, les bâtiments infinis, les publicités géantes sur les façades des immeubles (et on en profite pour remercier au passage JC Decaux pour le bien esthétique qu’il fait aux villes du monde entier), les gens pressés. D’ailleurs, ici, même le petit bonhomme vert des passages piétons te met la pression : quand il vient de passer au vert il marche tranquillement, et petit à petit, il accélère jusqu’à​ courir avant de passer au rouge… Autre problème, Santiago est très polluée : un voile noirâtre, el esmog (traduction en espagnol du smog) recouvre la ville. L’hiver (donc en ce moment, pour nous) est la pire saison, les alertes polution se multiplient.

Malgré tout, le centro chico (qui a en fait la taille d’une petite ville) est très joli : des petites rues pavées, des cafés avec terrasse (notre préféré : celui à côté du Teatro Municipal), des jolis parcs qui ressemblent au paradis (Santa Lucía), des miradores, une architecture éclectique, qui mélange les styles espagnol, new-yorkais, et d’autres que je n’identifie sûrement pas, dans une composition proprement chilienne​…

Après un peu plus d‘un mois et demi de travail, on profite de nos vacances : on se ballade, on mange des sopaipillas (galettes de maïs frites) et des completos (hot-dog chilien), on va au ciné, on boit des cafés en terrasse, on prend même le téléphérique pour monter sur le cerro San Cristóbal, d’où on peut voir toute la ville, son étendue inimaginable et les Andes enneigées sur lesquelles elle s’adosse. On marche beaucoup beaucoup, on traîne dans les librairies, on va au musée (presque tous les musées sont gratuits !), on prend même une machine à remonter le temps au musée d’Histoire (on connait donc la Place d’Armes dans les années 1800). Au musée de la Mémoire, on explore toutes les facettes de la dictature chilienne : du coup d’état au référendum qui y met fin, en passant par les méthodes de torture et de répression, des témoignages de personnes incarcérées… Pas joyeux joyeux, mais ça permet de comprendre un peu mieux le Chili d’aujourd’hui, où certains se disent encore Pinochetistes : finalement, une dictature qui se termine sur un référendum n’est pas tout à fait terminée… Notre visite nous permet aussi de nous remettre dans la tête la chanson du No (elle avait mis trois mois à disparaître après avoir vu le film éponyme).

À Santiago, on habite dans le quartier de Bellavista, le quartier de la fête, un équivalent de La Plaine à Marseille en 40 fois plus grand : certains bars sont des sortes d’énormes hangars qui doivent pouvoir accueillir pas loin de 300 personnes… Les Chiliens sont connus pour boire, et effectivement, la bière est moins chère que le café. Dans notre quartier, on a fait copain-copain avec le boulanger (son pain est pas bon mais il est sympa, il donne des petits biscuits en cadeau et surtout il a l’avantage d’avoir son magasin en face de chez nous, ce qui est pas négligeable le matin). Le soir on mange des pâtes à la maison ou, variante, du riz aux épinards (car on est en vacances mais on reste pauvres à plus ou moins long terme). On joue à vivre à Santiago et ça nous va bien.
La ville nous donne aussi l’envie de jouer aux gens qui rentrent du travail : vous allez rire mais ça manque un peu d’avoir un rythme, le vendredi c’est juste un mercredi comme un autre, pas d’euphorie quand à 19 heures on sort du boulot et qu’on imagine nos deux longues journées de libre. Pourtant, on est bien occupés : mais les trucs à faire, c’est plutôt “Oh regarde l’heure il faut qu’on y aille, on a coucher du soleil à 18h en haut du mirador !”, ce qui, vous en conviendrez, ne suffit pas à créer un équilibre contrainte-divertissement nécessaire à la pleine jouissance du divertissement. (Je crois qu’on a aussi probablement beaucoup trop de temps pour penser).

Voilà donc l’état de notre réflexion à Santiago : on passe quelques jours de délices paresseux dans la ville, avant de sauter dans un bus, direction le nord, ou pal’ norte comme diraient nos amis chiliens. Santiago, c’était notre dernière étape avant que ne commence un autre type de voyage : on ne fera plus de volontariat, on est désormais des mochileros touristes, sans d’autre but que de regarder les autres cultures vivre.

La Valle del Elqui : ca y est, on a trouvé le paradis

On laisse la grande ville aux gens pressés, et on commence notre ascension vers le nord : à peine 19 heures de bus plus tard, on est à Vicuña, une ville au milieu de la vallée – c’est à dire, à équidistance des volcans et des tsunamis. Vicuña, c’est comme Tiffany’s dans Diamants sur canapé, mais version Andes chiliennes : on sent que rien de grave ne peut vous arriver dans un endroit pareil.

On dort dans un hostel qui ressemble à la maison, puisqu’on y retrouve Céline, notre copine de cafés et de pauses infinies sur les bancs, et Élisa, notre acolyte belge. Nos matinées sont toujours les mêmes : après un petit déjeuner gargantuesque, on sort boire un café sur la place principale, où les autochtones vaquent tranquillement à leurs occupations : les taxis discutent et lavent leurs voitures, les chiens se dorent la pilule et aboient sur les pickups, les employés municipaux font des concours de balayage, la petite dame vend ses sandwichs, et il y a aussi la curieuse voiture grise, dont le coffre ouvert révèle une quinzaine de sapins “sent-bon” accrochés. Comme je suis en train de lire Le Poète de Michael Connelly, qui parle d’une sombre histoire d’une fille découpée en morceaux, j’en déduis que le propriétaire de la voiture y a transporté un corps mort. La mise en place du scénario du tueur à la​ voiture nous occupe quelques heures.

Nouvel enseignement du voyage : les places publiques sont décidément un point de vue privilégié d’une société.

L’après-midi, on récupère nos deux compatriotes et on part en balade dans la vallée, le pouce levé. La valle del Elqui regorge de surprises : Diaguitas et ses petites rues, et son nom issu d’un peuple indigène ; la pisquería Aba (oui, parce que le Chilien est catégorique : le pisco est chilien, pas du tout péruvien ok?) ; Pisco del Elqui (ville baptisée ainsi pour concurrencer le pisco péruvien, justement) et sa vallée de vignes, ses montagnes sèches et immenses, dont certaines enneigées, qui surplombent le village baigné de soleil ; et Cochiguaz, qui serait actuellement le centre magnétique du monde, mais qui est surtout une vallée sauvage et magnifique où coule le ruisseau du même nom, et où se sont réunis des hippies du monde entier depuis les années 70. Outre la magie du lieu, c’est la magie du voyage qui nous enchante : lorsqu’on redescend la vallée en stop, on se fait charger à l’arrière d’un pickup au milieu des cagettes de coings ; deux gentils hippies sont déjà là, ils jouent du ukulélé en chantant (mal, mais ils sont rigolos quand même)…
On profite aussi d’être sous le ciel le plus sec du monde (enfin, c’est ce qu’ils disent : en réalité, il y a eu des nuages pendant cinq jours…) pour aller voir les étoiles dans un observatoire, et se faire expliquer ce ciel dont nous ne connaissions que l’autre moitié : Jupiter, la Cruz del Sur et El escorpión n’ont plus de secret pour nous.

La star de la vallée, c’est Gabriela Mistral : poétesse chilienne, elle est aussi le premier écrivain d’Amerique latine (si le Chili est en Amérique latine, mais ceci est un autre débat) à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1945 – bien avant Pablo Neruda, pourtant beaucoup plus connu en France. Chaque village de la vallée a son attraction Gabriela : sa maison, sa maison d’enfance, l’école où elle enseignait, là où elle est née…

Après cinq jours au pays des rêves, on est fin prêts pour la suite du voyage : on quitte le Norte chico pour le Norte grande.

San Pedro de Atacama, le Disneyland du tourisme
On passe du monde d’Audrey au monde de Disney. Sauf qu’à san Pedro de Atacama, pas de souris surexcitées ni de princesses qui font la sieste, mais plutôt une enfilade d’agences qui proposent d’aller visiter les alentours en minibus, en 4×4 ou à cheval, et qui semblent faire un véritable concours de sensations : là vous vous baignez dans des eaux à 40°C alors qu’il fait zéro dehors (car oui, sur les plateaux andins, il fait froid : vous pouvez donc nous narguer avec des photos de vous en t-shirts, c’est le jeu), là vous dormez dans un hôtel fait de sel, là vous approchez les geysers, là vous grimpez en haut d’un volcan (ça va, on a donné niveau activité de la terre, on va peut-être rester loin des cratères bouillonnants…), là vous mangez chez des VRAIS gens d’ici (parce qu’il y a aussi les faux gens)… Ça fait en même temps très envie, de voir des geysers pour de vrai, et en même temps, c’est dans un excès touristique qui nous dérange un peu. Finalement, la nature décide pour nous : certains cols étant fermés à cause de la neige, le tour de 4×4 de trois jours se réduit à beaucoup de voiture avec plein de touristes pour aller dormir tous ensemble dans un hôtel. On fait donc un grand pied de nez à la foire aux touristes et on se sert de nos jambes pour découvrir les environs…

Et on ne sera pas déçus ; on a vu à San Pedro les paysages les plus fous de notre vie. Imaginez un désert à 2400 mètres d’altitude : tout est plat, la  végétation est rare (seuls quelques arbres poussent autour du río qui passe dans la ville), le soleil vous brûle en même temps que l’air est glacé. Quand on se balade aux alentours de la ville, les paysages changent à chaque virage. Dans la Valle de la Luna (vallée de la lune), on grimpe sur des immenses montagnes de roche claire ; le virage d’après, on aperçoit une dune de sable gigantesque, lissée par le vent, où quelques cailloux posés là donnent une esthétique lunaire ; quelques mètres plus loin, on est en face d’une étendue brillante de sel – car la région est pleine de salares (déserts de sel). Dans la Valle de Marte (vallée de Mars), la roche est plus rouge, le sol est argileux et saupoudré de sel, et on y trouve aussi des dunes sorties de nulle part. Arrivés en haut, on découvre une vue panoramique avec le désert et la roche tous proches, et les volcans enneigés au loin – d’ailleurs, l’un d’eux fume. Cette vallée est aussi appelée Valle de la muerte : la légende dit que Gustavo Le Paige, un prêtre belge passionné d’archéologie qui a vécu la majeure partie de sa vie à San Pedro de Atacama, confondait dans son espagnol balbutiant Valle de Marte et Valle de la Muerte : aujourd’hui, la confusion reste et les cartes utilisent l’un ou l’autre nom. Quand les locaux nous racontent l’histoire, ils ont la moquerie du Belge facile…

À San Pedro, entre le froid, l’altitude et nos marches infinies dans le désert, on passe des journées exténuantes : tout le monde est au lit à 21h.

Au bout de quelques jours on décide de continuer notre ascension vers le Nord : on saute dans un bus (à 3h du matin, ô joie des horaires fantaisistes), direction Uyuni en Bolivie… Au programme : sortie dans le salar, nourriture délicieuse, bandes de guerre et lutte contre le soroche…  À lire dans un prochain épisode !

  1. […] On vous avait quitté au Chili, dans un bus, en direction d’Uyuni, en Bolivie. À peine a-t-on passé la frontière qu’on est déjà dans un autre monde : les sept heures de bus prévues se transforment en 12 heures, et la route est jalonnée de petits stands de nourriture tous plus attirants les uns que les autres. Trop dommage, comme on est désorganisés jusqu’au bout, on a oublié de changer nos pesos chiliens en pesos boliviens : on se contente donc d’admirer, de humer, et de gargouiller. […]

    J'aime

  2. […] simple que de dénicher une bille dans un sac de billes – à Cuzco, on se croirait revenus à San Pedro de Atacama : il y a des agences de tourisme dans quasi toutes les rues. Billet acheté et synchronisation des […]

    J'aime

  3. […] le temps est magnifique, et on va voir notre copine Céline dans notre endroit préféré du Chili, la Valle del Elqui, youpi ! On sonne à l’hostel où elle travaille avec le coeur qui tambourine ; faire des […]

    J'aime

  4. […] Le mirador de Sajama Petit déjeuner de rêve Le campement de la joie #2 Chorillana gigante A peine franchie la frontière, Roro fonce au snack et mange un superpancho ! […]

    J'aime

  5. […] Leur article: Pal’ norte: Santiago, Valle del Equi et San Pedro de Atacama […]

    J'aime

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :