Que faire à Cuzco ?

Cuzco, c’est tout simplement l’ancienne capitale des Incas. Dans le texte, ça en jette, mais dans les faits, cette ville est loin d’avoir été un coup de cœur. C’est beau, plutôt tranquille, la nourriture y est excellente, mais cette ville pourrait tout aussi bien s’appeler Cuzco Land. Le fait qu’il s’agisse du « camp de base » pour aller au Machu Picchu y a entraîné un sur-développement de l’activité touristique. Après, à vous de juger, il y en a qui aiment et d’autres qui n’aiment pas.

Se rendre à Cuzco

La ville est très facile d’accès. De très nombreux bus y arrivent des quatre coins du pays, et de la Bolivie voisine. En ce qui concerne le terminal, il est quelque peu excentré du centre ville et donc de la grande majorité des hostels. Pour vous rendre dans le centre, vous avez deux options : le bus et le taxi. Les bus ne sont pas bien grands, donc en fonction de l’heure à laquelle vous arrivez, ça peut rapidement devenir galère avec toutes vos affaires. Préférez peut-être le taxi, et essayez de trouver d’autres mochileros pour partager les frais.

Où dormir à Cuzco ?

Au terminal, les rabatteurs d’hostels sont très nombreux. Les prix qu’ils affichent défient toute concurrence. Nous nous sommes laissés tenter par une offre à 10 sols la nuit. À ce prix là, ne vous attendez à rien d’exceptionnel. En ce qui nous concerne, une nuit nous à suffit…

Sur les bons conseils d’une amie rencontrée plus tôt dans le voyage, nous avons déménagé à l’Hospedaje Inka, dans le barrio San Blas. Et pour le coup, on n’a pas été déçus. Pour 15 sols la nuit, vous vous retrouverez dans un vrai coin de paradis. En gros, l’hostel possède une énorme terrasse qui domine la ville. Si c’est la saison, le propriétaire y fait sécher ses épis de maïs. Si ça ne suffisait pas, il y a un jardin où gambadent les oies, tranquilles. Quant aux dortoirs, il n’est pas ici question de lits superposés, mais de bons gros lits comme chez mémé… Nous ne pouvons que vous le conseiller. Cependant à l’heure où nous écrivons cet article, il est impossible de réserver par internet. À vous de voir si vous voulez tenter le pari !

Maïs séchant sur le terrasse de l'Hospedaje Inka à Cuzco

Maïs séchant sur le terrasse de l’Hospedaje Inka

1 – Arpenter la ville

Plan de Cusco au Pérou

Un bon début pour se rendre compte du côté majestueux de la ville, c’est de se rendre sur la Plaza Mayor. Pour faire simple, il s’agit sans doute de la plus belle place que l’on ait eut l’occasion de croiser durant notre voyage. Outre le fait qu’elle soit gigantesque, elle est entourée de bâtiments splendides. Et le petit bonus, c’est la présence en son centre de l’Inca de Oro.

 

Une fois passé le côté Wahoo, qu’est ce que c’est beau, partez vous perdre dans les ruelles du quartier San Blas. Ce sera sans doute pour vous l’occasion de croiser la fameuse pierre à 12 angles…

Pierre a douze 12 angles à Cuzco

La fameuse pierre à 12 angles (oui, nous aussi on a pris la photo)

2 – Acheter des souvenirs

À Cuzco, les magasins de souvenirs sont partout. Autant dire que ça peut donner une envie de consommer même au consommateur le plus réfractaire… Après, il est bon de savoir que les prix y sont beaucoup plus intéressants que ceux pratiqués dans d’autres villes péruviennes, type Arequipa ou Aguas Calientes. À titre d’exemple, le porte-clef lama vous coûtera un sol à Cuzco contre trois à Arequipa…

3 – La bonne nourriture péruvienne

Le Pérou est mondialement connu par sa gastronomie. Cuzco ne déroge pas à la règle. Les marchés et les restaurants  qui parsèment la ville sont là pour confirmer la qualité de la cuisine du pays. Petit tour d’horizons de nos coups de cœurs :

Le marché central de San Pedro

Le marché central de San Pedro se défend plutôt bien dans la catégorie marché sud-américain. D’une taille tout à fait honorable, il se divise en deux espaces distincts. D’un côté, les souvenirs et l’alimentation, de l’autre, le méga-comedor ! Outre le fait d’être le lieu parfait pour venir prendre le petit-déjeuner, il est incontournable pour le repas du midi. Le choix y est grand (Ceviche, almuerzo completo…) et la qualité garantie. Il s’agit tout simplement d’un lieu incontournable.

Entrée du mercado san pedro à cusco

Entrée du Mercado San Pedro

Le marché de San Blas

Situé dans le quartier San Blas, ce marché est beaucoup plus intimiste que le précédent. Là aussi, les petits-déjeuners et les repas y sont excellents. Attention cependant au vigile lama qui garde l’entrée des lieux !

Lama à l'entrée du marcado de San Blas à Cuzco

Lama faisant la sécurité à l’entrée du marché

Autres solutions

Il n’y a pas que les marchés dans la vie. Vous pouvez tout aussi bien vous laissez tenter par une brochette préparée par un des nombreux vendeurs de rues qui parsèment la ville. Sinon, si vous cherchez quelque chose de plus proche de la réalité quotidienne des Cuzquéniens, dirigez vous vers l’Est de la ville. De nombreux restaurants sont présents dans la zone. Les prix y sont beaucoup plus digestes que ceux pratiqués dans le centre, et la nourriture y est là aussi succulente.

4 – Prendre de la hauteur

Si vous souhaitez prendre un peu de hauteur, nous ne pouvons que vous conseillez de vous rendre au Cristo Blanco. Avant d’y aller, regardez bien le chemin à suivre sur une carte car vous aurez vite l’occasion de vous perdre et de grimper d’énormes escaliers pour rien (c’est du vécu…). Une fois arrivé au pied du christ, vous ne pourrez qu’être submergé par la vue, du moins si vous arrivez à vous frayer un passage jusqu’à la barrière. Car oui, c’est bondé de touristes et de perches à selfie, la faute à la ronde des minibus des agences touristiques qui déversent leur lot de smartphones ambulants… Autre point positif, vous pourrez observer de loin les vestiges incas de Saqsaywaman.

Vue depuis le mirador au pied du christo blanco à Cusco

Vue depuis le mirador

5 – Les vestiges de la civilisation Inca

Cuzco garde de nombreuses traces de son glorieux passé. Les vestiges Incas sont très présents et très bien conservés. Si vous souhaitez approcher de plus près cette histoire, vous pouvez vous rendre sur le site de Saqsaywaman. En ce qui nous concerne, nous n’y sommes pas allés car le prix de l’entrée nous a ralenti dans notre élan (bien aidé par les 50 euros lâchés un peu plus tôt pour acheter le ticket d’entrée du Machu Picchu…).

6 – Ollantaytambo et le Machu Picchu

Si vous vous rendez à Cuzco, c’est que vous avez une idée derrière la tête non ? À savoir vous rendre au Machu Picchu. Je me trompe ? Sans doute pas. Dans tous les cas, si vous souhaitez aller au Machu Picchu, vous avez de grandes chances de passer par la Valle Sagrado de los Incas. Sur le chemin, n’hésitez pas à faire une halte à Ollantaytambo, ancien site d’une forteresse inca.

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Que faire à Sajama ?

Sajama est sans aucun doute l’un de nos plus gros coups de cœur du voyage. Si on a atterri là bas, c’est grâce au hasard des rencontres. Alors que nous déjeunions tranquillement dans notre Hostel à Sucre, on a commencé à discuter avec un couple suisse. Ces derniers arrivaient de Sajama, et vu les étoiles qu’ils avaient dans les yeux en parlant de cet endroit, nous nous devions d’y aller. On ne connaît pas leurs prénoms mais on peut juste leur dire un grand MERCI ! À vous qui lisez cet article, on ne peut aussi que vous conseiller de vous y rendre !

S’y rendre

Accéder à Sajama est dans aucun doute la tache la plus difficile. Vous trouverez un tutoriel vous expliquant comment ça marche en suivant ce lien :

Place centrale de Sajama

Arrivée à Sajama

Où dormir ?

Une fois arrivé sur la place centrale du village, vous n’aurez plus qu’à trouver un hébergement. Plusieurs options s’offrent à vous. En ce qui nous concerne, nous avons dormi à l’Hostal Sajama. C’est le seul présent sur internet, ce qui laissait à penser que c’était le seul tout court. Mais dans les faits, c’est loin d’être le cas. Nous ne pouvons d’ailleurs que vous le déconseiller. Les prix pratiqués par ce dernier sont largement supérieurs à ceux que vous trouverez ailleurs. Autre point négatif, les prix de la restauration y sont deux fois supérieurs à ceux pratiqués dans le village. Nous n’avons pas goûté à leur nourriture mais d’après plusieurs retours, ça ne vaut vraiment pas le coup. Préférez donc arriver sur place et cherchez quelque chose de moins touristique. Qui plus est, ça permettra à d’autres gens de bénéficier de la manne du tourisme, car le propriétaire en accapare une bonne partie…

Carte du village de Sajama en Bolivie

1 – Aller observer les lamas

Sajama, c’est minuscule. Vous en aurez vite fait le tour. Si vous en sortez, vous n’aurez qu’à marcher quelques minutes pour vous retrouver seul au milieu de rien. Votre tranquillité sera cependant rapidement rompue par… des lamas. Il y a pire non ?

Lama traversant un rio à Sajama en Bolivie

Lama traversant le rio

2 – Où se restaurer ?

Vous pouvez très bien manger dans votre hostal. Cependant, il y a d’autres solutions. La majorité des petites épiceries font aussi restauration. Nous vous conseillons celle se situant sur la place de l’église, la petite dame qui la gère y est super gentille. L’almuerzo completo vous y coûtera entre 15 et 20 bolivianos. La soupe et le plat principal y sont succulent. En plus, cela vous permettra d’échanger avec les gens du village.  Point important : il vous faudra réserver pendant la journée et convenir d’une heure pour espérer avoir quelque chose à manger.

3 – Des beaux geysers…

Situé à environ huit kilomètres de Sajama, allez observer des geysers. C’est une bonne marche qui vous attend, mais ça vaut le coup : vous en prendrez plein les mirettes. Entre lamas, vicuñas (vigognes) et autruches (si vous avez de la chance) la route passe vite. Si vous y pensez, prenez des œufs, vous pourrez vous faire des œufs durs…

Les geysers de Sajama en Bolivie

4 – … et des belles lagunes

Les lagunes se situent dans la continuité des geysers. En gros, une fois aux geysers, vous avez fait la moitié du chemin. En ce qui nous concerne, nous n’y sommes pas allés car la marche pour nous rendre jusqu’au geyser nous avait déjà bien fatigué. Il est cependant bon de savoir que vous pouvez louer les services d’une voiture qui vous amènera jusqu’au geyser. On peut dire que ça coupe la poire en deux…

5 – Un petit bain dans des eaux chaudes naturelles ?

Décidément, ça en fait des choses à voir et à faire. Cette fois, direction les eux chaudes naturelles de Sajama. La route n’est pas la même que la précédente. La marche est encore relativement longue mais les eaux thermales constituent une belle récompense. L’entrée vous en coûtera 35 bolivianos, mais franchement, ça les vaut. Vous pouvez très bien passer la journée là-bas si vous le souhaiter.

nevado sajama depuis les eaux chaudes naturelles

Vue depuis le bain – les eaux chaudes naturelles…

6 – Le mirador

Le mirador de Sajama est aussi le camp de base pour tout alpiniste qui souhaite se rendre au Nevado Sajama (plus haut sommet de Bolivie). Depuis le village, le chemin qui y mène peut paraître simple, il suffit d’aller tout droit. Cependant, n’oubliez pas que vous êtes à plus de 4000 mètres d’altitude. La montée est relativement sèche et cette petite balade peut rapidement se transformer en un véritable chemin de croix… Mais la vue depuis le sommet vaut vraiment le coup !

La montée pour se rendre au Mirador de Sajama

Tutoriel : Comment se rendre à Sajama ?

Si je vous dis : troupeaux de lamas, geysers, lagunes, eaux thermales…ça vous laisse rêveur non ? Car oui, Sajama est un petit paradais terrestre situé à environ 4000 mètres d’altitude. Cependant, tout paradis se mérite et celui-ci particulièrement. La grosse difficulté ici, c’est de s’y rendre. D’où se petit tutoriel destiné à vous aider dans la quête du graal.

Carte de situation du village de Sajama en Bolivie

1ère Étape : Se rendre à Patacamaya

Ce nom plutôt difficile à mémoriser est un point essentiel dans votre pèlerinage (c’est de là que part LE seul bus qui se rend à Sajama…). Pour se rendre dans cette localité, ça n’a rien de compliqué. Il vous suffit de prendre un bus au départ de La Paz destination Oruro, et de bien préciser au chauffeur que vous souhaitez descendre à Patacamaya. Cela marche aussi dans le sens Oruro-La Paz. Il est important de noter que vous serez dans l’obligation de payer l’intégralité du trajet… Malgré nos tentatives de négociation, ça n’a pas marché. À vous de vous montrer meilleur…

2ème étape : Se rendre à Sajama

On pourrait penser qu’une fois à Patacamaya, c’est relativement simple de trouver un bus pour se rendre directement à Sajama. Détrompez-vous, c’est plus compliqué que vous l’imaginez. Il existe plusieurs solutions :

Réussir à faire Patacamaya-Sajama en un coup

Point très important : au terminal de La Paz, nous nous sommes renseignés au près de plusieurs compagnies pour savoir s’il y avait plusieurs bus pour se rendre à Sajama. La réponse fut toujours la même : « oui oui, toutes les heures », gros mensonge… Car comme vu précedemment, il n’y a qu’un seul bus par jour qui se rend à Sajama. Ce dernier part entre 10h et 13 heures. Pour faire simple, une fois qu’il est plein, il s’en va… Croisez les doigts pour qu’il n’y ait pas trop de monde. Cependant, en fonction du jour de la semaine, cela peut changer…

Le samedi, c’est marché à La Curahuara de Caranga

Un samedi sur deux, les choses ne sont pas tout à fait les mêmes. C’est jour de marché à La Curahuara de Caranga, ce qui signifie que le bus ne fait pas la liaison directe entre Patacamaya et Sajama. Vous serez obligé de changer de bus dans cette localité. Mais là aussi, il n’y en a qu’un… Qui plus est, les habitants de Sajama se rendent à ce marché en nombre ce qui ne vous garantit pas obligatoirement une place dans le bus. Si vous le loupez, sachez qu’il y a des hôtels dans ce petit bled… En gros, évitez de vous rendre à Sajama un samedi.

L’option taxi

Imaginons que vous n’ayez pas réussit à trouver un moyen de transport pour atteindre Sajama, il existe toujours l’option taxi. C’est vrai, ça va vous coûtez plus cher que le bus. Mais, si vous avez de la chance, ça pourrait très bien être un « avantage ». Pour faire simple, l’entrée dans le parc national de Sajama est payante (100 bolivianos). Si vous venez en bus, vous êtes quasiment sûr que le garde du parc sera dans sa petite cabane pour vous faire payer le ticket. Mais, si vous venez en taxi et que vous arrivez en fin d’après midi/début de soirée, vous avez de grandes chances de croiser une cabane vide et par conséquent de ne pas payer d’entrée (je préfère préciser que ce n’est pas à 100% sûr).

Et si vous arrivez du Chili ?

Vous pouvez aussi vous rendre à Sajama depuis le Chili. Des bus font en effet la liaison Arica-Oruro. Cependant, les prix des bus ne seront pas les mêmes que ceux pratiqués en Bolivie. Et par dessus tout ça, le bus vous déposera au bord de la route à plus de 8 kilomètres du village. Vous pouvez tout de même tenter de faire du stop, mais il n’y a pas beaucoup de voitures qui passent par là… Nous avons rencontré quelques personnes à Sajama qui s’étaient retrouvées obligées de faire ce trajet à pied, ils ont survécu (la preuve, on les a rencontré) mais ils n’en gardaient pas un super souvenir : 8 kilomètres à pieds à 4300 m d’altitude sous un soleil de folie, ça fait pas rêver les mouettes… Bonne chance !

Repartir de Sajama

Pour finir, comment repartir de ce village ? C’est pas compliqué, là aussi, il y a un seul bus qui fait le trajet Sajama-Patacamaya, et il part à 6 heures du matin de la place centrale… Essayez d’arriver un peu avant pour avoir la certitude d’avoir une place… Petit point important : il fait très très froid à cette heure là !

Ça donne quoi l’Argentine aux Jeux Olympiques d’hiver?

Camp d’été des skieurs français et d’une bonne partie des nations européennes, l’Argentine peine à briller dans les disciplines du cirque blanc. Dans un pays où le foot est presque une religion, ça peut se comprendre. Malgré cela, le pays a tout le même participé 18 fois aux Jeux Olympiques d’hiver. Au total, c’est 136 participants qui y ont tenté leur chance.

argentine-participant-jo-jeux-olympiques-hiver

Le pays de Fangio a fait ses premières armes aux Jeux Olympiques de 1928 à Saint-Moritz. C’est d’ailleurs l’année où le pays est passé le plus proche d’une médaille. L’Argentine est seulement engagée en Bob à 5. Les deux équipages argentins finissent respectivement 4ème et 5ème de l’épreuve, à sept dixièmes et une seconde de la médaille de bronze… (dommage). Au fur et à mesure des olympiades, l’Argentine envoie des concurrents dans d’autres disciplines : le ski alpin, le ski de fond, la luge…

argentine-jo-jeux-olympiques-hiver

Malgré cela, les résultats peinent à évoluer. Si l’on prend les deux disciplines dans lesquelles l’Argentine a le plus participé (le ski alpin et le ski de fond), le meilleur résultat pour les deux remontent toujours à 1960. Peu importe, comme le dirait le Baron Pierre de Coubertin : l’important, c’est de participer.

Cependant, il est intéressant de se pencher sur quelques uns des athlètes qui ont participé aux Jeux olympiques.

Justo del Carril : le skieur qui faisait du bob

Vous n’avez sans doute jamais entendu le nom de Justo del Carril. Ne vous inquiétez pas, le contraire me ferait peur. Il n’est autre que le skieur qui a fini 63ème de l’épreuve de descente aux Jeux Olympiques de 1948 (le meilleur des six argentins engagés sur l’épreuve). Mais notre Juste De La Voie (traduction littérale de son nom) possède une particularité : celle d’avoir aussi été concurrent en bob (il a terminé à une respectueuse 12ème place). On peut penser que l’équipe d’Argentine était en manque d’athlète, et que ce dernier devait posséder une belle pointe de vitesse pour lancer le bob. À moins qu’il n’ait suivit les traces de son père, 4ème des JO de 1928 en bob avec l’Argentine… Et qu’il se soit découvert plus tard des talents en ski alpin.

La famille olympique : les Birkner

Décidément, encore une histoire de famille : cette fois, celle des Birkner. Comme pour notre skieur-bobeur, ce nom ne doit rien vous dire, mis à part si vous êtes un fanatique de la coupe de ski alpin depuis des décennies. Penchons-nous un peu sur le portrait de famille :

arbre généalogique de la famille simari birkner

Comme vous pouvez le voir, on est face à une famille qui aime le ski et les Jeux Olympiques. Huit membres du clan ont déjà connu la joie de participer aux JO. Ce qui est considérable au vu du nombre d’athlètes argentins qui ont connu les Jeux Olympiques d’hiver. Pour vous faire une idée, durant les Jeux Olympiques de 2010 et de 2014, il y a chaque fois 7 athlètes argentins… Dont trois Birkner.

Cristian, qui n’a pas loupé une olympiade depuis 2002, a été trois fois porte-drapeau du pays. Seule sa soeur, Maria Belen, l’a empêché de faire le grand chelem en 2006. Malgré l’abnégation du clan Birkner, ils n’ont jamais eu de résultats probants (aucun top 15).

Bien que le pays soit doté de superbes montagnes et de quelques stations de ski, l’Argentine n’est pas le pays le plus compétitif dans les disciplines hivernales. Cependant, on peut légitimement penser que ses résultats pourraient s’améliorer dans les décennies futures. Qui plus est, les résultats ne sont pas seulement le fait des athlètes, tout dépend aussi de l’argent qui sera impulsé par les différentes fédérations de sport de neige dans les années à venir, car actuellement, un skieur ne peut pas se dédier à plein temps à ce sport… Affaire à suivre, donc !

Que faire à Arequipa ? 

Arequipa marque la fin de notre périple en Amérique du Sud. En sept mois de voyage, vous avez le temps d’accumuler énormément de fatigue avec vous et Arequipa fut pour nous une étape de transition avant de retourner en Argentine. En y allant, on ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais on a été agréablement surpris. Cette ville s’est finalement avérée être le lieu parfait pour récupérer, bien aidés par le fait qu’elle soit beaucoup moins touristique que Cuzco.

Comment se rendre à Arequipa ?

Se rendre à Arequipa n’est pas bien compliqué. La ville est un véritable carrefour largement desservi par les compagnies de bus, que vous veniez de Tacna, de Copacabana ou de Cuzco. Par contre, le terminal d’Arequipa est un peu excentré du centre ville. Pour vous y rendre, préférez l’option taxi car en bus, ça peut rapidement devenir infernal (c’est l’expérience personnelle qui parle…)

Où dormir à Arequipa ?

L’offre de logement à Arequipa est importante. En ce qui nous concerne, nous avons choisit le Friendly AQP. Nous ne pouvons d’ailleurs que vous le conseiller. Il est super clean, les lits des dortoirs possèdent chacun leur rideau individuel, il y a un énorme toit terrasse qui possède une superbe vue et le staff y est au top. Autre point important, le petit déjeuner est excellent avec notamment une crêpe à la banane et au chocolat qui vous lance plutôt bien dans votre journée…

Une fois installé, il ne vous restera plus qu’à partir à la découverte de la ville.

Arpenter la ville

Plan du centre ville d'Arequipa au Pérou

Comme la grand majorité des villes coloniales sud-américaines, Arequipa possède un joli plan en damier. Au centre de ce plateau d’échec se situe la Place aux Armes. Elle est magnifique car outre le fait d’être entourée de bâtiments splendides, la place est largement recouverte de végétation, ce qui n’est pas négligeable lorsque le soleil est au plus fort. Une fois le cœur du centre historique découvert, allez vous perdre dans les différentes rues qui l’entourent. Ça vous donnera l’occasion d’admirer l’architecture des bâtiments. Si vous souhaitez découvrir plus en profondeur le patrimoine architectural de la ville, allez visiter le monastère de Santa Catalina. Ce bâtiment qui occupe plus d’une cuadra vaut largement le détour. Enfin, il est possible de se rendre dans la Cathédrale d’Arequipa en fin d’après midi. C’est le moment où des concerts d’orgue sont donnés. Cependant, évitez le short car vous pourriez vous faire refouler assez rapidement du lieu…

Place aux armes d'Arequipa au Pérou

La Place aux Armes

Ps : attention aux voitures dans cette ville, il n’y a pas de feux de circulation…

1 – Un cafecito, ça vous dit ?

Il est toujours bon de se prélasser sur une terrasse pour observer une ville vivre. Nous vous proposons deux solutions pour combler votre manque de caféine

Dominer la place aux armes

Il existe aux abords de la Place aux Armes un bâtiment possédant un large balcon. Pour y accéder, il vous suffit de marcher sous les voûtes du bâtiments. Les rabatteurs sont nombreux. Allez dans celui qui vous inspire le plus, de toute façon ils sont tous pareil… Une fois les escaliers gravis, vous vous retrouverez sur un large espace ouvert qui domine la place. C’est plutôt sympa car c’est comme une rue en hauteur.

Terrasse pour boire un café sur la place aux armes d'Arequipa au Pérou

Petit café dans une ruelle

À une cuadra de la Place aux armes se trouve el Pasaje de la Catedral. Les terrasses y sont nombreuses. On va pas se le cacher, c’est super touristique. Mais peu importe, c’est plutôt sympa comme endroit.

2- Où manger ?

Arequipa (comme le Pérou en général) propose une profusion de solutions pour s’alimenter. Petit tour de nos coups de cœur :

El Mercado San Camilo

El Mercado San Camilo est juste une locura (folie en français). Outre le fait d’être beau et lumineux, il déborde d’endroits pour manger. Vous pouvez soit vous rendre au comedor, situé à l’étage, soit au rez-de-chaussée pour déguster de délicieux ceviches ou des rocotos. Qui plus est, n’hésitez pas à vous laisser tenter par les papas rellenas vendues à l’entrée du marché. À un peso, le prix est imbattable.

Marché central d'Arequipa au Pérou

Les salchippas

Si vous êtes un amoureux de bonne gastronomie, passez votre tour. Le concept de la salchipapa est simple : saucisse + patate + sauce. Ça n’a rien d’exceptionnel mais c’est tellement bon.

Salchipapa à Arequipa au Pérou

Miam miam

Un cuy (prononcer « couille »), ça vous tente ?

Si votre budget vous le permet, pourquoi ne vous laisseriez vous pas tenter par un petit cochon d’Inde (cuy en espagnol). Il paraîtrait que ces petites bêtes sont succulentes. Nous n’avons pas eu l’occasion d’essayer, mais si vous le souhaitez, rendez vous dans un des nombreux restaurants touristiques de la ville.

Les Chifas

Entre gastronomie péruvienne et gastronomie asiatique, les chifas sont très très nombreux à Arequipa. Ces restaurant très prisés des péruviens proposent des plats gargantuesques à très bons prix. À essayer absolument.

3 – Le mirador qui n’a de mirador que le nom

En gros, le mirador propose a peu prêt la même vue que le toit terrasse de l’hostel. Peu importe, ce sera l’occasion pour vous d’aller visiter le Arequipa de l’autre côté du río. Vous aurez la chance d’y trouver un petit parc dans lequel les lamas jouent le rôle de tondeuse à gazon, d’arpenter des ruelles plutôt sympa avec une activité touristique moindre et les abords du mirador possèdent un petit parc plutôt mignon pour se détendre.

4 – Les marchés artisanaux

Vous aurez vite le temps de vous en rendre compte, de nombreux marchés d’artisanats sont disséminés aux quatre coins de la ville. Cependant, si vous pensez aller à Cuzco, attendez d’être là-bas pour faire vos achats. Les prix y sont bien plus intéressants. À titre d’exemple, le cours du porte-clef lama est de 1 peso l’unité à Cuzco contre 3 pesos à Arequipa…

5 – Où sortir ?

À première vue, Arequipa ne semble pas être la ville la plus active pour sortir le soir. Donc, on fait avec ce qu’on a… Voici donc une idée de parcours tiré de notre expérience… Mais à suivre accompagné de bons copains qui pourront mettre un peu de onda dans tous ces endroits qui n’en ont pas beaucoup !

D’abord, allez donc acheter une petite bouteille de Cusqueña et sirotez la sur le toit terrasse de l’hostel en vous délectant du coucher du soleil. Une fois la bouteille vide, sortez, direction le Wild Rover (un party hostel). Sur la route, laissez vous tenter par une salchipapa ou par une brochette préparés par un des nombreux vendeurs de rue. Pour entrer au Wild Rover, vous devrez fournir votre numéro de passeport. Une fois à l’intérieur, regardez autour de vous : l’ambiance n’est pas géniale mais il s’agit d’une bonne expérience sociologique. Entre anglo-saxon complètement rond et partie de bière pong déchaînée, une bière devrait suffire. Une fois à bout de nerfs, sortez de cet enfer et trouvez vous un petit bar plus calme pour boire une autre bière. Une fois la soirée bien avancée, nous ne pouvons que vous conseillez d’aller en boîte. Le Deja Vu, t’as déjà vu ? Si ce n’est pas le cas allez y. La musique n’est pas géniale mais il y a foule. Laissez vous aller sur le dancefloor jusqu’au petit matin…

5 – Le volcan

Le volcan Misti domine la ville d’Arequipa. Si vous vous sentez l’âme sportive, vous vous devez de le gravir. Nous n’y sommes pas allés mais on peut imaginer que la vue depuis son sommet est juste splendide !

Volcan Misti depuis le mirador d'Arequipa au Pérou

Condor Cliff et La Barrancosa : deux monstres de béton

Patagonie, un mot qui laisse rêveur. Au même titre que le Machu Picchu, ses paysages trônaient fièrement sur les murs de ma chambre d’ado. Mais une de ces photos reste particulièrement ancrée dans ma tête, celle du glacier Perito Moreno. Le rendez-vous entre lui et moi n’a pas encore eu lieu, mais ojalá (un peu le Inch’Allah espagnol), ce n’est qu’une question de semaines. Et pour vous qui lisez cet article, il serait peut être bon que vous preniez aussi rapidement rendez-vous avec lui. Le changement climatique n’est pas la seule menace qui pèse sur lui. Un projet de deux méga-barrages est dans les cartons de l’État argentin, et ces deux colosses de bétons pourraient aussi avoir un rôle sur la liberté de penser (Florent Pagny-Patagonie, vous l’avez ?) de ce mastodonte de glace.

Situation et emplacement des barrages sur le rio Santa Cruz

Situés sur le Río Santa Cruz, Condor Cliff et La Barrancosa (le petit nom des barrages) (qui devaient initialement s’appeler  Presidente Néstor Kirchner et Gobernador Jorge Cepernic) seront destinés à la production d’électricité. La production attendue est de 5100 GWh/an, ce qui représente environ 5% de la consommation annuelle du pays. À première vue, c’est une bonne nouvelle pour ce pays où l’énergie est issue à plus de 85% de l’énergie fossile. En outre, ça rentrerait dans les plans du pays pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre des accords de Paris. Enfin, qui dit méga-chantier, dit méga-création d’emploi. À la clef, plus de 6 000 emplois crées dont 80% destinés uniquement aux habitants de la province de Santa Cruz, autant dire, le gros point positif défendu par les politiques (comme quoi, entre la France et l’Argentine, ça se passe de la même manière).

Provenance de l'énergie en Argentine

Cependant, le projet, estimé à environ 5 milliards de dollars, a du mal à se mettre en route. Initialement, les travaux devaient commencer en 2013, mais l’opposition de nombreuses ONG a entrainé un report du projet par la Cour Suprême. De nouvelles études ont été entreprises, ce qui a amené l’Etat à approuver le projet et à l’inscrire dans le journal officiel du 28 août 2017 ¹.

Le chantier qui va donner naissance à nos deux petits monstres est le fruit d’un accord entre la Chine et l’Argentine. Au coeur de ce méga-chantier, on retrouve un des leaders mondiaux des barrages, l’entreprise chinoise Gezhouba. Pour l’épauler, elle est accompagnée de deux entreprises argentines, Electroingeniería et Hidrocuyo. Quant à la question du financement, les 5 milliards de dollars nécessaires à la construction proviennent à 85% de la Banque chinoise de développement et les 15% restant du Trésor National argentin.

Cependant, de nombreuses zones d’ombres entachent la construction des deux barrages. Commençons par les questions de fraude et de conflit d’intérêt. Gezhouba est une très très grosse multinationale, et qui dit multinationale dit filiales. Pour faire simple, la Banque Mondiale prête de l’argent aux entreprises dans le cadre de projets. Le hic, c’est que certaines filiales de Gezhouba ont outrepassé les règles fixées par la Banque Mondiale lorsqu’elle alloue des financements. Notre méchant s’est défendu en affirmant qu’il ‘était pas au courant de l’activité de ses filiales, et que que ces dernières ne connaissaient pas bien les règles de la Banque Mondiale… Peu importe, la Banque Mondiale a décidé de placer Gezhouba sur une liste noire pour mauvaise pratique². En conséquence, elle ne reçoit plus aucun financement de la part de cette institution (ce qui ne doit lui faire ni chaud ni froid, vue que la Banque Chinoise de Développement a de quoi aligner…). Passons.

Intéressons nous désormais aux conflits d’intérêts. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, l’Argentine est une super star dans ce domaine. C’est là que, Jorge Hugo Marcolini, le sub-secrétaire à l’énergie hydraulique rentre en jeu. C’est lui qui a défendu l’étude d’impact devant le Sénat. Le problème, c’est que ce monsieur a plusieurs casquettes, il est aussi chef de l’entreprise EBISA. Le hic, c’est qu’il s’agit de la société qui a fait l’étude d’impact²… Et si ça ne suffisait pas, notre chenapan est un récidiviste. Remontons un peu le temps (quatre années devraient suffire). À cette époque, notre héros était déjà sub-secrétaire à l’énergie hydraulique, et c’est lui qui avait déjà défendu l’étude d’impact. L’entreprise chargée de cette mission était alors IATASA. Et surprise, il était chef du Département d’ingénierie sanitaire… et actionnaire de la boîte à hauteur de 657 017,53 pesos (environ 33 000 euros)³… Le temps passe mais les choses ne changent pas.

Jugé irrecevable par de nombreux opposants, elle est aussi fortement critiquée de par ce qui se trouve à l’intérieur. Pour beaucoup, l’étude aurait été bâclée et les conséquences environnementales n’auraient pas été suffisamment analysées. De nombreux spécialistes de glaciologie s’alarment de cela. Le point le plus sensible est le niveau d’eau du Lago Argentino. Toute modification de ce niveau pourrait entrainer des changements radicaux pour le glacier Perito Moreno4. Ce glacier n’est pas le seul menacé, on pourrait aussi citer les glaciers Uspala et Spegazzini. D’autres menaces planent sur l’ensemble la biodiversité de la zone située entre le lac et l’océan. Nestor et Jorge risquent aussi d’entrainer la submersion de nombreux trésors archéologiques, pour certains vieux de plus de 10 000 ans. Et si cela ne suffisait pas, c’est toute l’économie de la province qui pourrait aussi subir des dommages. Il a fallut un certains temps à cette zone pour devenir une destination touristique. Par conséquent, toute modification de la zone pourrait entrainer des changements brutaux pour les affaires… Enfin, les méga-barrages ne sont plus trop d’actualité dans le monde, surtout dans une zone que beaucoup n’hésitent pas à comparer à un possible Koweït du vent. On va pas se le cacher, ça fait quand même beaucoup de points négatifs…

C’est pourquoi, de nombreuses personnes pensent que l’état argentin a tout fait pour abandonner le projet entre la première et la seconde étude. Le problème viendrait en fait de la Chine. L’Empire du milieu mettrait la pression sur le gouvernement argentin. L’état chinois a déjà prêté près d’un milliard de dollar à l’Argentine dans le cadre de ce projet. Sauf que s’il devait y avoir abandon des constructions, la Chine demanderait la restitution intégrale de la somme prêté (on peu légitimement se poser des questions sur ce qui a été fait de l’argent)… d’où l’obligation pour l’Argentine de lancer le chantier.

Ça amène beaucoup de personnes à se questionner quant à la représentativité de leurs fonctionnaires. On peut ainsi citer un opposant au projet : « Toutes les voix entendues en faveur du projet correspondent à divers fonctionnaires d’organismes nationaux et provinciaux, alors que les personnes intéressées, citoyens de la Province de Santa Cruz et les représentants des organisations de la société civile se manifestent contre les barrages. D’où cette question, que représentent et défendent ces fonctionnaires s’ils contredisent les voix de la société civile ? » ³… Cependant, que les amis des animaux et des fleurs se rassurent, le projet a été revu à la baisse entre les deux études, la puissance des barrages passant de 1740 à 1290 Megawatts…

Acteur et institution impliqués dans la mise en place des barrages Kirchner et Coppernic

¹ «El Gobierno aprobó la construcción de las represas Presidente Néstor Kirchner y Gobernador Jorge Cepernic», Clarín. (28 août 2017)

² «Las represas de la vergüenza», La Nacion. (29 juillet 2017)

³ ANDRES, Roberto. «Represa Néstor Kirchner: conflicto de interés y daño irreparable al patrimonio natural y cultural», La Izquierda Diario. (25 juillet 2017)

4 PARRILLA, Juan. «Represa Néstor Kirchner: detectan datos adulterados y denuncian que está en riesgo el glaciar Perito Moreno», infobae. (19 juillet 2017)

Que faire à Sucre ?

Sucre, c’est l’autre capitale de la Bolivie, sa capitale historique et constitutionnelle. Mais c’est aussi un point de passage quasi obligé pour tout voyageur.

Sucre c’est doux comme du sucre. Plus chaleureuse que Potosi et moins asphyxiante que La Paz, c’est une ville dans laquelle il fait bon vivre.

Se rendre à Sucre

Qui dit capitale dit beaucoup de moyens de transports pour s’y rendre. Que vous veniez de Potosí, de La Paz ou de Santa Cruz, vous n’aurez aucunes difficultés à trouver un bus qui vous amène ici. Le Terminal de bus est un peu excentré du centre ville, donc du centre historique et par conséquence de la majorité des hostels. Pour vous rendre dans le centre, optez plutôt pour l’option taxi. En effet, selon l’heure à laquelle vous arriverez, les bus (pas bien grands) peuvent être très très pleins. Au tant dire que ça peut rapidement devenir une grosse galère avec les affaires…

Où dormir à Sucre ?

Sur la question du logement, ne vous faites aucun souci, il y en a un montón ! En ce qui nous concerne, nous avons opté pour le 7 Patas. Situé dans un bâtiment plutôt remarquable (avec patio s’il vous plait !), il est super bien situé et il possède un bon rapport qualité/prix (attention, le petit déjeuner n’est pas compris). Nous ne pouvons que vous le conseiller.

Une fois les sacs posés dans le dortoir et le lit défait pour marquer votre territoire, il ne vous reste plus qu’à partir à l’assaut de Sucre !

Carte de Sucre en Bolivie

 

1 – Se prélasser sur les différentes places de la ville

Les places permettent de palper le pouls d’une ville. Les nombreuses places de Sucre n’échappent pas à la règle. Petit tour d’horizon de nos trois places to be !

  • Plaza 25 de Mayo

Cette place est incontournable car inévitable. Située en plein coeur du centre historique, elle se démarque par la place laissée à la verdure. Alors autant dire que lorsqu’il fait chaud, un petit banc à l’ombre des arbres, ça fait bien plaisir. Qui plus est, ce sera l’occasion pour vous d’assister au balais des zèbres qui gèrent la circulation aux différents angles… (on vous laisse découvrir).

Zèbre faisant la circulation dans le centre ville de Sucre en Bolivie

NB : Son nom fait référence à La Revolución de Chuquisaca qui eu lieu le 25 mai 1809.

  • La Plazuela Santa Cruz

Située à proximité du marché centrale, cette place est très agréable. Elle est un lieu où se croisent touristes et citadins. Bien qu’il n’y ait quasiment pas d’ombre, les bancs sont presque tout le temps pleins. Qui plus est, il n’est pas rare d’y croiser des cholitas filer de la laine.

  • El Parque Simón Bolivar

Il s’agit simplement de l’endroit parfait pour faire une sieste. Mais ce parc regorge aussi de trésors. Le parc pour enfant est rempli de dinosaures ; c’est bien simple, on se croirait dans Jurassic Park. Le parc en lui même possède une miniature de la Tour Eiffel sur laquelle il est possible de grimper. Enfin, un comedor jouxte le parc. Les papas rellenas y sont juste succulentes ! Petit tips : n’hésitez pas à vous y rendre en début se soirée. C’est l’endroit idéal pour voir l’importance de la danse chez les boliviens, en particulier chez les jeunes générations, qui amènent un ampli et se déhanchent en groupe…

NB : Surnommé el Libertador, Simón Bolivar est l’un des principaux protagonistes de l’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique du Sud.

2 – Prendre de la hauteur

Quand vous arriverez à Sucre en bus, vous aurez l’occasion de vous rendre compte de la disposition particulière de la ville. Alors quoi de mieux que de prendre un peu de hauteur pour analyser un peu mieux l’organisation spatiale du lieu. Nous vous conseillons donc de vous rendre à la Plaza Pedro de Anzúrez dans le quartier de Recoleta. Cette place est super agréable et si vous êtes recruteur de football, le futur Messi ne cache peut être ici !

Vu de Sucre depuis le quartier de Recoleta à Sucre en Bolivie

NB : Pedro de Anzúrez est tout simplement le fondateur de la ville…

3 – Les marchés

Si vous aimez les marchés, vous allez être gâtés à Sucre. Il en existe de nombreux. Petit tour d’horizon de ceux que nous avons préférés :

  • Le marché central

Si vous ne deviez en voir qu’un seul, c’est vers lui que vous devez vous tourner. Le rez-de-chaussé est un mélange de couleurs : fruits, légumes, pain, fromages de toutes sortes… Tout y est très bon marché. L’étage quant à lui est dédié aux comedors (c’est juste le paradis). En gros, il y a un comedor de jour et un comedor de nuit. Il n’y a donc pas d’heure pour se laisser tenter par un bon petit plat. Petit conseil culinaire au passage, n’hésitez pas à vous laissez tenter par le mondongo

Comedor du marché central de Sucre en Bolivie

  • Le marché campesino

Beaucoup moins touristique que le marché central, ce marché est situé à quelques cuadras du terminal de bus. Pour se rendre à ce marché GIGANTESQUE, ce n’est pas bien compliqué. Il vous suffira de prendre un bus sur lequel il est écrit mercado campesino (logique, quoi)Une fois sur place, perdez vous dans les différentes rues du quartier, allez visiter le marché à proprement parler, mais surtout n’oubliez jamais où se situe le comedor

  • Le marché El Morro

Un peu plus excentré, on est tombé complètement par hasard sur ce marché. Pour dire vrai, on a prit le bus dans la mauvaise direction… Il s’agit en fait d’un gros marché extérieur où de nombreux grossistes sont présents. Il y a ainsi de nombreux camions remplit d’agrumes…

Marché el Morro à Sucre en Bolivie

4 – La Casa de la Libertad

Si vous cherchez à vous initier à l’histoire bolivienne, la Casa de la Libertad est le lieu parfait. Ce musée sera l’occasion pour vous de découvrir les figures les plus importantes du pays (Simón Bolívar, Juana Azurduy…), mais aussi l’évolution du drapeau bolivien à travers l’histoire. Et de comprendre que les habitants de Sucre (sucrais ? sucrois ?) y tiennent, à leur titre de Capitale !

Que faire à San Pedro de Atacama ?

On va pas se le cacher, la ville de San Pedro de Atacama ne fait pas trop rêver. Le centre ville est dédié au tourisme. Tout est squatté par des agences de tourisme, des hôtels, des bars, des restaurants ou des magasins de souvenirs. En bref, quasiment aucun habitant n’y vit. Si vous souhaitez voir de vrais Sampedrinos, vous devrez vous rendre en périphérie du centre, mais il n’y a pas grand chose à voir. Par contre, les alentours de San Pedro de Atacama sont une vraie merveille. Vous l’aurez compris, côté logement, ne vous faites pas de soucis. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. En ce qui nous concerne, nous étions à l’hostal Laskar. Rien de bien exceptionnel, mais bon rapport qualité prix.

Une fois votre hostel déniché, il ne vous restera plus qu’à partir à l’abordage de la ville (à noter qu’il y a un tour quotidien organisé par Tour 4 Tips pour en apprendre plus sur l’histoire du lieu).

Attention ! A San Pedro de Atacama, vous êtes dans le désert : il caille la nuit, et la journée, le soleil tape. Quand vous partez en balade, pensez bien à prendre au minimum de l’eau, un couvre-chef, de la crème solaire et un pull pour le moment où le soleil se couche !

Carte de San Pedro de Atacama au Chili

1 – La Valle de Catarpe

Pour découvrir la beauté des alentours de San Pedro, nous vous conseillons de commencer par une petite (enfin…) balade. L’idée est simple : suivez la route qui mène jusqu’à la Pukará de Quitor (que vous pouvez visiter), puis traversez le río pour vous aventurer plus loin dans la vallée. Ça permet de se faire une bonne idée de ce qui vous attend dans les prochains jours. Qui plus est, vous aurez peut être la chance de tomber sur un fer à cheval au hasard de la route…

La Vallée de Catarpe à San Pedro de Atacama au Chili

2 – La Valle de la Luna

En un mot : Incontournable. Des paysages de fous ! Comment se rendre sur place ? Il existe deux solutions. Soit vous prenez les services d’une agence qui vous amènera là bas en mini bus, soit vous louez un vélo. En ce qui nous concerne, nous avons préféré l’option vélo, histoire de pouvoir profiter hors des hordes de touristes. Si on excepte une montée qui est vraiment très très raide et relativement longue, c’est pas trop compliqué. Pour trouver votre monture, rendez-vous dans le centre ville, de nombreux magasins en propose à la location. En ce qui nous concerne, ça nous est revenu à 3500 pesos la location (soit 5 euros en mai 2017) pour la demi journée. Il vous faudra ajouter 3000 pesos pour rentrer sur la zone.

A vous de voir si vous souhaitez y aller le matin ou l’après midi. Le matin, c’est bien car les températures sont agréables et qu’il n’y a pas trop de monde. En fin d’après midi, l’avantage est que vous pourrez profiter du coucher du soleil, qui parait-il ajoute des couleurs merveilleuses aux paysages. Une fois sur place, allez à votre rythme et profitez bien de ces paysages surréalistes.

La Vallée de la Luna à San Pedro de Atacama au Chili

3 – La Valle de la Muerte ou Valle de Marte

Comme la Valle de la Luna, différentes options s’offrent à vous pour y aller. Le vélo, les services d’une agence de tourisme ou tout simplement vos pieds. On a opté pour la marche car nos petites fesses ne pouvaient pas accepter un nouveau tour de vélo… Il existe cependant une quatrième option, le cheval. Une amie l’a fait et il parait que ça vaut vraiment le coup.

Pour s’y rendre, il suffit de longer la route principale jusqu’à la petite cabane qui sert d’entrée au parc. Là aussi, le tarif d’entrée est de 3000 pesos. Il vous suffit ensuite de suivre le canyon qui vous mènera jusqu’à une énorme dune (où vous pouvez faire du sand board). Une fois à la dune il ne vous restera plus qu’à grimper environ un kilomètre sur un chemin de sable. Et hop, vous voila arrivés au mirador. La vue y est époustouflante (pensez au pique-nique). Pour revenir à San Pedro, il vous suffira de faire le même chemin dans l’autre sens. Nous vous conseillons cependant d’emprunter la route à gauche à la sortie de la zone. Ça permet de faire une petite boucle et de ne pas marcher le long de la route principale.

Vue depuis le sommet de la dune dans la Vallée de la Muerte à San Pedro de Atacama au Chili

4 – Profiter des excursions

À San Pedro, les rythmes dans les hostels sont très particuliers. Entre les gens qui se lèvent à 2 heures pour prendre le bus de 3 heures qui se rend à Uyuni ou ceux qui se lèvent à 5 heures pour aller faire une des différentes excursions, il n’est pas rare de se lever le matin à 7 heures et de voir le dortoir de dix quasiment vide. De nombreuses excursions sont proposées au départ de San Pedro : Lagune, Geyser… Pour toutes, vous devrez louer les services d’une agence de tourisme. Nous ne pouvons malheureusement pas vous faire de retour car au moment où nous étions à San Pedro, toutes les excursions étaient impossibles du fait des fortes chutes de neige de la semaine précédente.

5 – Un petit tour de 4×4, ça vous tente ?

Comme pour les excursions, nous n’avons pas pu faire cela. La frontière entre la Bolivie et le Chili était fermée, et surtout, tout le Sud Lipez était inaccessible… Mais si vous avez l’occasion de le faire, allez-y ! Il parait que ça vaut vraiment le coup. En ce qui nous concerne, nous avons trouvé une bonne alternative en Bolivie pour compenser cela : Sajama, où vous pourrez vous installer dans un petit village et faire des balades pour aller voir des geysers, des eaux chaudes naturelles, des lamas en liberté…

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Que faire à Aluminé ?

Le hasard des volontariats effectués durant notre périple nous a mené à la jolie petite ville d’Aluminé. Située à l’extrême Nord de la province de Neuquen, et par conséquent au Nord de la Patagonie, elle est quelque peu méconnue des touristes européens, mais très appréciée par les touristes argentins. Cette zone est un véritable havre de paix… On ne peut que vous conseiller d’aller y faire un tour.

Comment s’y rendre ?

Ce n’est pas le coin d’Argentine le plus facile d’accès mais c’est pas bien compliqué de s’y rendre. Deux compagnies desservent la commune d’Aluminé. Il vous faudra soit arriver de la ville de Neuquen, soit de San Martín ou Junín de los Andes. Le seul vrai problème, ce sont les horaires de bus. En ce qui nous concerne, on a débarqué à 6 heures du matin au « terminal » de bus d’Aluminé. Et en mars, il fait vraiment pas chaud… Qui plus est, rien n’est ouvert à cette heure là, et ils ferment aussi le terminal… Donc, si vous vous retrouvez dans cette situation, il vous faudra prendre votre mal en patience. Blottis dans votre duvet, cette attente vous permettra de vous rendre compte du nombre hallucinant de chiens dans la ville (pas du tout méchants rassurez-vous). Une fois 7 heures à votre montre, vous pourrez vous diriger vers la station service YPF située en contrebas du terminal. C’est là que vous pourrez trouver du café. D’ailleurs, méfiez vous des horaires des cafés de la ville : ils ne sont jamais les mêmes…

Où dormir ?

Pour dormir, vous n’avez pas trop de soucis à vous faire. Il y a beaucoup d’hôtels et de campings à Aluminé. Cependant, en fonction de l’époque de l’année à laquelle vous vous rendez dans le coin, type vacances d’été en Argentine (de décembre à février), il est possible qu’il y ait beaucoup de monde… Le plus simple de toute façon est de se rendre à l’office du tourisme située sur la Plaza Ciudad De Aluminé. Le personnel pourra vous fournir une feuille avec l’ensemble des infrastructures d’hébergements située dans la zone (le tout avec les prix). En ce qui nous concerne, nous avons penché pour le camping, la solution la plus économique. Vous pouvez trouver des campings à 100 pesos la nuit (en mars 2017) par personne. Ça peut paraître cher, mais comptez au minimum 300 pesos par personne pour les hôtels. N’oubliez pas que vous êtes en Patagonie… Par contre, soyez vigilant car il peut faire très très froid la nuit. Qui plus est, si vous pouvez anticiper sur certaines courses, faites le…

Une fois le dilemme résolu, que faire dans cette petite ville ?

1 – Se balader

Carte de Alumine en Argentine

 

Vous aurez vite le temps de vous en rendre compte, Aluminé c’est vraiment pas grand. La ville s’articule surtout autour de la rue R.I.M. 26 (référence au Régiment d’Infanterie de Montagne 26). Longez la et allez vous perdre dans les rues perpendiculaires, et surtout, n’hésitez pas à prendre un peu de hauteur. Une fois les jambes un peu lourdes, deux solutions s’offrent à vous. Vous pouvez soit aller faire une sieste sur la Plaza Ciudad De Aluminé (et si la forme est encore là, profitez des infrastructures pour faire un peu de sport), soit aller vous prélasser le long du Rio Aluminé (après avoir fait un petit saut au monument des Malouines).

parc d'alumine dans la province de Neuquen en Argentine

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Un cafecito, ça vous dit ?

Comme déjà vu précédemment, vous pouvez aller boire un café à la station service YPF. Mais bon, c’est pas l’endroit qui fait le plus rêver les mouettes. Heureusement, d’autres options s’offrent à vous. Notre gros coup de coeur revient à La Sangucheria, Ce café bar situé Av. 4 de Caballería, où vous pourrez déguster votre café sur une toute petite terrasse très très mignonne. Le café y est excellent mais surtout, les médias lunas y sont délicieuses. Enfin, la décoration du local est au top avec des murs recouverts de cartes murales.

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Café bar la Sangucheria à Aluminé en Argentine

Où sortir ?

C’est pas bien compliqué de rencontrer des gens à Aluminé. Il vous suffira de vous rendre à La Sangucheria en fin d’après midi/début de soirée. La bière y est excellente, les propriétaires au top et les aluminense y sont super sympa. En ce qui nous concerne, on y a passé une soirée mémorable…

Pêcheur ?

Si vous êtes pêcheur, n’oubliez pas votre canne à pêche. Il paraitrait que les rivières du coin regorgent de poissons. Un touriste suisse croisé au camping nous l’a affirmé. C’est pourquoi il vient à Aluminé tous les ans…

Rio Alumine dans la province de Neuquen en Argentine

Faire un petit détour par Ñorquincó

Situé à environ 50 km d’Aluminé, Ñorquincó et ses alentours méritent largement un détour. Ce petit village, situé en bordure du Parc National Lanín, est the place to be pour croiser des Pehuens, ces arbres si bien connus dans la région ! Si vous cherchez un camping où dormir, nous ne pouvons que vous conseiller l’Ecocamping. Daniela, la propriétaire du lieu, vous accueillera les bras ouverts… On y a été volontaires deux semaines : deux semaines de rêve !

Lac de Norquinco dans la province de Neuquen en Argentine

 

Le rock argentin #1 : Eddie Pequenino, le Bill Haley argentin

À l’oreille d’un européen, le mot « Argentine » rime surtout avec tango. Mais attention à ne pas tomber dans les généralités…. L’Argentine est aussi une terre de Rock !

Cet article est le premier d’une longue série. Série qui va s’ateler à faire découvrir ce genre, sa naissance, son évolution, ses anecdotes, ses lieux cultes, ses groupes cultes, ses chansons cultes…

Le Rock’n’roll est né aux Etats-Unis dans les années 50. Pris dans la globalisation, et bien aidé par l’évolution des techniques de communication, le rock’n’roll s’est diffusé à travers les ondes et a ainsi pu lâcher ses notes aux quatre coins de la planète. L’Argentine n’échappe pas à cette vague. Des artistes comme Elvis Presley ou Bill Haley, et des films comme Blackboard jungle ou Rock around qui sortent dans les salles obscures, donnent un bon coup de fouet au genre. La jeunesse se prend au jeu, se fait hypnotiser par le rythme. Des ados (les mêmes qui aujourd’hui essaient d’imiter le solo de James Hetfield dans la chanson Nothing Else Matters) tentent d’imiter ses musiciens, de dompter cette danse…

Eddie Pequenino, le premier rockeur argentin, est l’un d’entre eux. Bercé par la musique durant toute son enfance, il se lance très jeune dans le jazz avec son groupe Jazz Los Colegiales. Mais petit à petit, les notes du rock’n’roll commencent à occuper de plus en plus son esprit… Au milieu des années 50, il s’essaie à ce nouveau genre. Le succès des films portés par une BO rock dans les cinémas fini de le convaincre : il doit se dédier à ce genre. C’est de là que nait Mr Roll y sus Rockers (qui deviendra plus tard Eddie y sus Rockers). Leur créneau : reprendre des chansons Bill Haley. Le succès est tel que leurs reprises se vendent plus que les versions originales de Bill Haley en Argentine. Le genre a pris ses marques. Le film Venga a bailar el rock confirme la montée en puissance du genre. Extrait du film :

En 1958, Bill Haley annonce qu’il vient faire quelques dates à Buenos Aires, et c’est sans surprise qu’Eddie et sa bande sont choisis pour assurer la première partie du show. Cependant, la nouvelle ne fait pas plaisir à tout le monde. Certains médias s’offusquent de la venue de la star US : le rock serait un pêché qui pervertirait la jeunesse… Bill Haley décide de calmer le jeu. Pour cela, il décide de poser en poncho, le maté a la main, pour séduire les Argentins… Il finit tout de même par effectuer ses dates au théâtre municipal de Buenos Aires (on ne sait pas si la photo en poncho y est pour quelque chose). Vous noterez a passage la finesse de la stratégie de séduction… Dont Kim Jong-Un pourrait peut-être s’inspirer, en faisant un selfie, chapeau texan sur la tête et hamburger à la main ? (Ne nous remerciez pas, gens de la stratégie géopolitique nord-coréenne, pour le tuyau).

Bref, on est en 1958 et le rock est en pleine explosion : ça ne va tomber dans l’oreille d’un sourd. Quelques maisons de disques flairent le bon coup. Après tout, il s’agit d’un produit intéressant…

A suivre !

Que faire dans la Valle del Elqui ?

La Valle del Elqui est un de nos gros coups de coeur du voyage (on a tellement aimé qu’on n’y est allé deux fois…). Située entre La Serena et l’Argentine, cette vallée est l’endroit idéal pour se reposer. Le tourisme n’y est pas légion. Il est certes un secteur écomomique important, mais ici, c’est l’agriculture qui est reine. Pour s’y rendre, ce n’est pas bien compliqué. Une fois au terminal de bus de La Serena, il suffit de trouver l’un des petits bus qui vous emmèneront vers le bonheur. Compter un départ toutes les 20-30 minutes pour un trajet d’environ 1h30. Autre solution (pour ceux qui compteraient s’y rendre depuis Santiago), des bus Turbus font le trajet Santiago-Vicuña. Ça mérite tout de même une photo ! (cf : Le revoyage)

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Une fois à Vicuña il ne vous restera plus qu’à vous loger. Pas de soucis, l’offre hotelière y est importante.  Cependant, on ne peut que vous conseillez l’Hostel Colibri. Richard, le propriétaire est un hôte au grand coeur, ce qui se retrouve sur le petit déjeuner. En un mot : GARGANTUESQUE ! Si vous cherchez un logement plus « nature », toutes les autres villes de la vallée en proposent. Mais pareil, on ne peut que vous conseillez de vous rendre dans l’autre hostel de Richard : Al Yaras dans le petit village de la Campana. Attendez vous à un réveil en douceur au milieu des montagnes (à bon entendeur). Une fois installé, il ne vous restera plus qu’à profiter des joies de la vallée. Voilà quelques pistes à suivre.

1 – Flaner à Vicuña

Vous aurez vite le temps de vous en rendre compte, Vicuña, c’est pas bien grand (peu importe, c’est ce que vous êtes venus chercher). Quoi de mieux qu’une petite balade (elle ne pourra pas être bien grande de toute façon) pour palper l’ambiance de la ville. Mais pour mieux appréhender son pouls, le mieux est de se poser un long moment sur un des bancs de la place centrale. C’est le coeur de la ville et le terrain de jeu favori des chiens (très très nombreux mais très très gentil rassurez vous).

Plan de Vicuña dans la Valle del Elqui au Chili

2 – Prendre de la hauteur

Quoi de mieux que de prendre de la hauteur pour mieux appréhender un territoire ? Mis à part la lecture, pas grand chose. D’où l’obligation de vous rendre au mirador de la Vierge. Ce sera en plus l’occasion pour vous de faire une petite balade en périphérie de la ville. Cela vous permettra de vous rendre compte de l’importance de la culture de l’orange dans la zone.

3 – Découvrir la beauté de la vallée.

Pour découvrir la vallée, vous n’avez pas 10 000 solutions. Soit vous prenez le bus, soit vous faites du stop. Cette deuxième option marche très très bien (sauf pour une zone, mais nous reviendrons dessus plus bas). Que faire ? Que voir ?

Carte de la Vallée del Elqui au Chili

 

  • Pisco Elqui

Situé quasiment au fond de la vallée, Pisco Elqui (qui tire son nom de la boisson du même nom, et qui fut baptisé ainsi pour donner plus de légitimité au Pisco chilien face à son adversaire péruvien) est un charmant petit village. Il est bon d’y flaner. Surtout, n’hésitez pas à arpenter les alentours. Trouver une piste et suivez la…

place centrale de pisco elqui au chili

  • Vallée de Cochiguaz

Pour beaucoup, cette vallée est l’un des centres magnétiques du monde (vous en jugerez par vous-même). Quoiqu’il en soit, la vallée est juste magnifique. Beaucoup moins habitée que ses voisines, elle regorge de paysages splendides. Pour s’y rendre, il vous faudra faire du stop depuis Monte Grande. Soyez patient car très peu de voitures passent par là… Soyez donc attentif pour le retour…

paysage de la vallée de cochiguaz au chili

  • Monte Grande

Si vous faites du stop pour vous rendre dans la vallée de Cochiguaz, profitez en pour visiter ce village. Vous devez absolument vous délecter du graffiti où un condor kidnappe une vache.

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  • La Campana

Que vous logiez ou non à la Campana, vous devez vous y rendre pour aller faire la balade qui mène à un gros caillou, le pétroglyphe. Car ce gros caillou possède des gravures très anciennes, et est soit disant rempli d’énergie. La balade est plutôt sympa et vous permettra de longer de larges cultures d’orangers. Et il y a même une chaise pour vous reposer sur le chemin.

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  • Diaguitas

A 8 km en amont de Vicuña se trouve le village de Diaguitas. Le mieux est de s’y rendre en bus ou en stop pour ensuite revenir à pied jusqu’à Vicuña. A Diaguitas, pour pourrez arpenter la rue centrale et prendre en photo quelques fresques murales typiques de la vallée. Vous aurez aussi la possibilité de visiter une fabrique de bière artisanale. Une fois le tour de la ville fait, il vous suffira de trouver l’ancienne ligne de chemin de fer et de la suivre jusqu’à Vicuña. Vous verrez, la balade est très agréable et on ne sent pas passer les 8 kilomètres. Cette balade sera aussi pour vous l’occasion de gouter au trésor de la vallée : le Pisco.

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6 – Que viva el Pisco

Marcher, ça fatigue ! Si vous faites le trajet Diaguitas-Vicuña, vous aurez l’occasion de passer à côté de la Pisquera Aba. Sinon, elle se situe à environ 45 minutes de marche de Vicuña. La visite et la dégustation y sont gratuites. Ce sera ainsi l’occasion pour vous de mieux comprendre comment est élaborée cette boisson. Surtout, n’hésitez pas à demander à votre guide : « Alors, le Pisco, c’est du Chili ou du Pérou ? », histoire de mettre un peu d’ambiance. Il existe d’autres producteurs dans la vallée. Mais s’il ne fallait en visiter qu’un seul, se serait El Pisquero Loco. Il s’agit d’un producteur artisanal de Pisco. Je ne vous dirai pas où il se cache, à vous de le découvrir. En posant la question, vous devriez rapidement trouver sa trace. Un indice : sa maison est au bord de la route…

 

Vigne de la Pisquera Aba dans la vallée del elqui au chiliPisquera artisanale dans la vallée del elqui au chili

Vous aurez vite l’occasion de vous en rendre compte que le Pisco n’est pas la seule étoile de la vallée. Qui est donc la deuxième ?

7 – La grande Gabriela Mistral

En arpentant la vallée, vous aurez vite le temps de vous apercevoir de l’omniprésence de Gabriela Mistral. Dans chaque ville trône un portrait d’elle. Prix Nobel de littérature en 1945 (première femme à l’avoir obtenu !), il vous faudra visiter le musée qui lui est dédié à Vicuña. Vous y découvrirez sa vie, son oeuvre. En outre, pour les amoureux de lecture, il y a une bibliothèque aux abords du musée, ainsi qu’un petit parc tres charmant, dans lequel vous pourrez trouver du romarin (à bon entendeur).

7 – Se rapprocher de la voie lactée

Le Pisco et Gabriela Mistral ne sont pas les seules étoiles de la vallée. Les autres se situent au-dessus de vous. La Vallée del Elqui est un haut lieu de l’astronomie mondiale. En effet, la zone bénéficie de conditions météorologiques optimales pour observer les étoiles : très peu d’humidité, et de grandes zones inhabitées. Il vous faudra donc vous rendre dans un observatoire pour en juger par vous même. Les observatoires sont nombreux. En ce qui nous concerne, nous sommes allés au Centro Astronomico Alfa Aldea. La soirée coute 10 000 pesos (environ 13 euros), mais c’est du all inclusive. L’observatoire vient vous chercher en voiture à votre hostel, une fois sur place vous aurez le droit à un verre de vin (produit sur place) et à quelques trucs à manger. Après c’est parti pour une petite révision sur le fonctionnement du système solaire (avec lunettes 3D!), avant de se diriger vers le clou du spectacle : le télescope. De là, observation de la voie lactée, petit cours sur les constellation et observation de Jupiter ! En un mot : INCROYABLE !

NB : pour ceux qui conteraient le faire dans la région de San Pedro de Atacama, il est bon de savoir qu’ici les prix sont beaucoup moins chers.

Sept choses à faire à Mendoza

Pour tout amateur de vin, la province de Mendoza est sans doute un point de passage obligé. Avec ses 110 000 habitants, Mendoza est la capitale de la province. Porte d’entrée des Andes, cette ville connaît de fortes variations de températures durant l’année. Alors toi, ami voyageur, soit bien attentif à la période de l’année à laquelle tu t’y rends.

  • Quand y aller ?

En ce qui nous concerne, nous y sommes allés à la fin du mois de janvier, ce qui signifie en pleine été. La chaleur à ce moment là ne fait pas trop rigoler. D’ailleurs, elle se répercute directement sur l’activité de la ville. Ainsi, entre 13h et 17h, la grande majorité des commerces sont fermés, sieste estivale oblige. Qui plus est, si vous ne comptez passer qu’une seule journée à Mendoza, n’y allez surtout pas un dimanche. Je crois qu’il s’agit de la ville la plus morte que j’ai eu le malheur de croiser durant mes 30 années de vie. Mais s’il on exepte ces différents facteurs, Mendoza et ses alentours sont un territoire plutôt agréables.

  • Où loger ?

Une fois débarqué à Mendoza, il vous faudra régler la question du dodo. Mais ici, rien de bien compliqué. Les hostals sont légion et leurs prix sont très raisonnables. Il n’est pas compliqué de trouver quelque chose à moins de 10 euros la nuit par personne. Dans notre cas, on a opté pour l’Hostel International Avenida España (car il y en a deux). Bien qu’un chouilla excentré, on ne peut que vous le conseiller. C’est d’ailleurs le seul des 25 hostels qu’on ait croisé durant ces six mois de voyage pour lequel on ait laissé un commentaire sur Hostelworld. Outre le fait qu’il soit équipé d’une piscine (ce qui n’ait pas négligeable lorsqu’il fait 40°C), le staff est au top. Grosse pensée pour Gaston (chargé de la bonne humeur du lieu) et Miguel (le réceptionniste de nuit). Une fois installé, il ne vous restera plus qu’à profiter de la tranquilité de la ville et de ses alentours. Voilà donc quelques pistes que vous pouvez suivre si vous le voulez !

– Arpenter le centre ville

Carte de Mendoza pour s'orienter

Le centre de la ville n’est pas très grand. Il est organisé autour de cinq places. Une chose à faire est de se rendre sur chacune d’entre elles afin d’avoir une idée de l’urbanisme de la ville. La plus grosse (la Plaza Independencia) est très agréable en fin d’après midi et en début de soirée. Outre un marché d’artisans, de nombreux spectacles et concerts s’y déroulent. Les autres peuvent aussi réserver des surprises. On a ainsi eu la chance de pouvoir assister à l’élection de miss Mendoza sur la Plaza España. Show accompagné d’un spectacle de danse traditionnelle, avec la très impressionnante Chacarera ! Spectacle découvert grâce au site de la municipalité.

– Prendre un peu de hauteur

Vous aurez l’occasion de vous en rendre compte, mais quand vous vous baladerez dans la ville, vous n’apercevrez les montagnes que très rarement. Pour remédier à ça, rien de plus simple, il vous suffit de vous rendre au mirador qui se situe sur le toit de la mairie (au 500 de la 9 de Julio). Il vous permettra d’apercevoir les Andes et de dominer la ville de Mendoza. L’accès y est gratuit et il ferme relativement tard. Vous pourrez donc aussi profiter du coucher du soleil.

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La vue depuis le Mirador

– Un peu d’air pur au parc San Martin

Mendoza est une ville très verte. Chaque artère possède sa rangée d’arbres, tous alimentés par un système d’irrigation très bien pensé (je vous laisserai en juger par vous même). Mais si vous voulez plus de verdure, vous devez vous rendre dans ce parc. Petit conseil : n’y allez pas à pied au moment où la chaleur est au plus fort. Car une fois arrivé sur place, vous vous coucherez sur la première pelouse croisée et vous n’en bougerez plus… Autre conseil, évitez d’y trainer trop tard le soir…

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– Légume et super-pancho au marché

Le marché de Mendoza n’a rien avoir avec les marchés qu’il est possible de rencontrer au Pérou ou en Bolivie. Cependant, les prix des légumes y sont très intéressants. Et si vous avez une petite faim, de nombreux stands vendent des super panchos.

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– Mendoza rime avec Bodega

Ahlala la Bodega…(pardon). Mendoza est connue à l’échelle internationale pour ses vignobles. Alors impossible de passer à côté des bodegas. Le plus simple pour en visiter une est de se rendre dans la commune limitrophe de Maipu. Le mieux pour s’y rendre est d’utiliser le train. Point important, il vous faudra étre muni d’une carte de transport (à acheter dans un Kiosco) pour pouvoir l’emprunter (il n’est pas nécessaire d’en avoir une par personne). Ensuite, rendez-vous sur la Avenida Belgrano afin de trouver un arrêt. Après, laissez vous guider jusqu’au terminus et vous voilà à Maipú. Une fois sur place, vous pourrez soit marcher de bodega en bodega, soit louer un vélo pour faire le tour des caves. Julie étant malade le jour où l’on s’y rend, on choisit l’option pédestre et on n’en visite qu’une seule. Notre choix est vite fait. On s’arrête à la première que l’on croise, à savoir la Bodega Lopez. Les deux bons points sont que la visite et la dégustation y sont gratuites. Le contre point est qu’il s’agit d’une véritable usine à vin. Malgré cela, la visite est très intéressante et le vin se laisse bien boire. Avec du recul, si nous devions y retourner, nous prendrions plutôt l’option vélo et visiterions au moins deux bodegas. La Lopez parce que c’est impressionnant, et une autre à échelle plus humaine, où il est possible d’échanger avec le producteur.

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– Direction l’Aconcagua

Si vous avez plusieurs jours à passer à Mendoza, vous vous devez d’aller à Puente del Inca, une petite commune située sur la route reliant Mendoza à Santiago du Chili. Pour s’y rendre, il n’y a pas 10 000 solutions, soit vous louez une voiture, soit vous prenez le bus. Attention cependant, il vous faudra être matinal si vous souhaitez en profiter toute la journée. Le bus décolle à 6 heures du matin de Mendoza… Après 4 heures de route, vous vous retrouverez dans un autre monde. Point très important, précisez bien au chauffeur que vous souhaitez descendre à l’entrée du parc de l’Aconcagua. Une fois arrivée a destination, il ne vous restera qu’à payer l’entrée du parc (20 pesos en février 2017). S’en suit une balade relativement courte qui permet de se rendre à un point de vue faisant face à l’Aconcagua. Rien ne vous empêche cependant de poursuivre un peu la route pour vous approchez un peu plus du géant sud-américain. Ne soyez pas trop ambitieux, car n’oubliez pas qu’il vous faudra prendre le bus pour rentrer à Mendoza. Pour revenir à Puente del Inca depuis le parc, nous vous conseillons de suivre les rails de l’ancienne ligne de chemin de fer (situé en contrebas de la route). C’est bien plus sympa que la route… Une fois revenu à Puente del Inca, il ne vous restera plus qu’à admirer l’ancien hôtel de la ville, et à profiter du marché artisanal, d’un petit café, et si vous avez de la chance de la voiture méga-tuné….

– Uspallata, oasis au milieu des montagnes

Si vous disposez d’un peu de temps dans la province de Mendoza, nous ne pouvons que vous conseillez de vous rendre à Uspallata. En gros, cette ville (située à deux heures de bus de Mendoza) est un peu comme une oasis au milieu du désert. Par contre, n’attendez rien d’exceptionnel de la ville en elle même, c’est juste un lieu sympa pour se reposer et se balader. Par contre, si vous disposez de temps (au moins deux semaines), de nombreuses offres de volontariats sont présentes dans la zone. Alors à vos moteur de recherche pour trouver votre bonheur !

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Un peu de poésie portègne : Angelito, le capitaine de l’espace

On oublie parfois pourquoi c’est si merveilleux de s’installer dans une ville étrangère. Il y a ce moment où vous prenez vos marques sans vous en rendre compte, transformant inconsciemment l’étrangeté en habitude – et voilà, on fait désormais la queue pour prendre le bus sans même y penser, et le che sort instinctivement quand on interpelle quelqu’un.

Petit à petit, cette routine urbaine permet de rentrer dans les secrets d’une culture : on est prêts à découvrir les histoires de l’Argentine, celles dont personne ne parle dans les guides mais que tout le monde connaît. L’équivalent français de “le mardi c’est ravioli” (ou serait-ce le lundi?) ou du billet brûlé de Gainsbourg, si vous voulez.

C’est une histoire comme celle là que je vais vous raconter aujourd’hui. Je l’ai découverte en écrivant cet article sur les alfajores (allez donc vous briefer sur ce qu’est un alfajor avant de vous lancer dans la lecture) : c’est l’histoire du capitaine de l’espace. 

Je vous invite à lancer la musique ci-dessous pour vous mettre dans l’ambiance…

 

1961. En top du juke box, c’est Johnny Tedesco avec Rock The Tom Tom. Nous sommes à Quilmes, une petite ville de la province de Buenos Aires, et la musique comme les temps politiques sont agités (pour changer), entre péronistes déchus, radicaux, et coups d’état.

Ángel Lineo de Pascalis, dit “Angelito” – tout ce qui est agréable finit en “ito” ici – a 37 ans. Il travaille dans un abattoir et il en a un peu ras le chapeau. Alors quand il apprend qu’une fabrique de gâteaux est à vendre dans le coin, il saute sur l’occasion : il met son ami Arturo Amado dans le coup, et ils achètent la fabrique, dans l’idée de créer des alfajores.

Faire des gâteaux n’est pas leur métier, mais peu importe, ils font ça artisanalement : ils achètent des alfajores de 20 marques différentes, les comparent, testent des recettes… Jusqu’à trouver LA saveur qui leur plaît. L’alfajor Capitán del espacio (traduisez « capitaine de l’espace ») est né.

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Pourquoi ce nom ? Les créateurs ne l’ont jamais dévoilé, mais on les soupçonne d’avoir voulu mettre leur nez dans les affaires internationales. A l’époque, nous sommes en pleine guerre froide, et la Russie et les Etats-Unis s’affrontent pour savoir qui atteindra la lune en premier.  Avec leur marque, Angelito et Arturo semblent répondre amusés : ni l’un ni l’autre, ce sera l’alfajor Argentin…

Les débuts sont difficiles ; on dit qu’à l’époque, Angelito dort même dans l’usine… Alors une fois leurs alfajores fabriqués, ils les vendent à la force des bras : il font du porte à porte. Le public découvre leur recette originale, et apprécie. Le bouche-à-oreille fonctionne ; très vite, ils arrivent à vendre tout ce qu’ils produisent. Un exemple de start-up qui roule ! Notre cher président aurait été tellement fier d’eux…

Sauf que (et c’est la que Macron se désolidarise), quand la logique économique libérale voudrait étendre la production, Angelito refuse : car si la fabrique s’agrandit, il ne pourra plus contrôler la qualité de son produit de A à Z. Petit à petit, le produit devient donc de plus en plus difficile à trouver, écoulé chez tous les distributeurs… Et comment le client réagit quand un produit est écoulé ? Il le veut ENCORE PLUS. 

Et que fait notre Angelito face à cette demande croissante ? Rien. Rien de rien. Il continue à produire son alfajor, heureux comme un pinson (bon, là, j’extrapole un peu, mais je l’imagine bien du genre à siffloter en allant au boulot, Angelito) : pas d’augmentation de prix, pas d’augmentation de la production. Il prend même un malin plaisir à ne pas communiquer : pas de publicité, pas d’interviews, le chef de l’alfajor devenu légende est un homme quasi inconnu.

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Oui, le Capitán del Espacio est précieux à ce point : si on en vend, on le met en gros sur la pancarte ! (Vu à Buenos Aires en septembre 2017)

La légende Capitán del Espacio continue donc son chemin. En 2006, c’est face à des grandes marques de l’industrie de l’alfajor (Terrabusi, Jorgito) que l’humble petit Capitaine est sacré champion au Mondial de l’Alfajor (bon, une compétition organisée par un blog, mais quand même). En 2014, une photo circule dans les journaux italiens :  le Pape a reçu avec émotion un carton d’alfajores Capitán del Espacio d’une délégation de jeunes argentins venus au Vatican… Même Dieu est conquis !

Angelito est mort en 2012, célébré par les journaux argentins. Je ne saurais trop dire si cette jolie histoire anti-libérale tient du génie marketing ou de la pure poésie portègne. En tout cas, en temps de “mets ton costard et lance ta start-up”, je trouve ça très sympa de voir qu’on peut à la fois être un entrepreneur à succès, nationalement célèbre, être capitaine de l’espace reconnu jusqu’au Vatican… et rester tranquillement décroissant.

Qui êtes-vous Don Pedro de Mendoza ?

Quand vous arrivez à Buenos Aires, une des premières choses qui vous saute aux yeux (outre l’urbanisation quasi discontinue sur des dizaines de kilomètres), c’est la Avenida 9 de Julio. C’est une grande rue, une très très grande rue. Mais elle est surtout méga large. Pour vous faire une idée, elle fait 140 mètres de large. C’est bien simple, c’est comme si une 2×7 voies traversait la ville. J’ose même pas imaginer les qualificatifs que pourraient utiliser les marseillais pour la décrire. Une fois passé le côté : « Wahoo, c’est quoi cette avenue !! », vous vous en lassez vite. Car elle est impossible à traverser en une fois : le petit bonhomme vert n’est pas adapté au ryhtme des piétons, et vous êtes sûrs de vous retrouver à un moment donné immobilisé sur le terre plein (au milieu de la 2×7 voies, donc).

Ce qui nous amène à la deuxieme chose qui saute au yeux. Au milieu de l’avenue se dresse une énorme obélisque (que vous avez largement le temps de regarder en attendant le bonhomme vert…) sur laquelle des noms sont gravés. Un des cotés est réservé a un homme. Voici l’inscription :

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Bon, ça vous pose le personnage. En gros, c’est pas le premier clampin du coin. Mais au bout d’un moment (on va pas se le cacher) l’obélisque vous n’y faites même plus attention et en parallèle, le nom se dissous dans les méandres du cerveau. Jusqu’au jour où il vous prend l’idée d’aller boire le maté un dimanche ensoleillé dans le parc Lezama.

Ce parc se situe en bordure de San Telmo, et à une de ses entrées, une statue vous accueille. Et voilà que ce nom ressurgit : Pedro de Mendoza. Et oui, un nouveau monument en l’honneur de notre personnage principal. Sauf qu’après avoir passé l’après midi au parc, ce nom a de nouveau disparu dans les tréfonds du cerveau.

Statue de Pedro de Mendoza à Buenos Aires

Mais cette fois, son nom réapparait dès le lendemain matin. Alors que vous allez  tranquillement acheter du pain pour le petit déjeuner, un bus vous passe à coté avec cette inscription : E de T. Pedro de Mendoza CISA. Car oui, si vous habitez San Telmo, vous connaissez forcemment la ligne de bus n°29. Cette ligne si pratique pour se rendre jusqu’à Palermo est en fait la propriété de l’entreprise Empresa De Transporte Pedro De Mendoza… Voir trois fois ce nom ne doit rien au hasard. D’où cette question et cet article : ¿ mais qui êtes-vous donc Don Pedro de Mendoza ?

Don Pedro est né vers 1487 dans la ville de Guadix en Espagne (en gros, c’est vers Grenade). Ce fils de bonne famille va rentrer très jeune dans la cour du roi Charles Ier des Espagnes (mieux connut sous le nom de Charles Quint). C’est grâce à ça qu’il va acquérir le goût du voyage. Alors qu’il a un peu plus de 30 ans, il accompagne le roi en tant que page (sorte de serviteur) dans un voyage en Angleterre. Plus tard, c’est vers de nouveaux horizons qu’il se rend. Il part cette fois en Italie pour participer aux Guerres d’Italie contre les français. Ce voyage l’amène à participer au Sac de Rome en 1527, d’où il réussit à tirer quelques bénéfices personels (la richesse des voyages…). Mais tout cela ne fut qu’un prémice de son futur.

Pour aborder la suite, il est bon de re-contextualiser un peu l’époque à laquelle il vivait. Don Pedro est né sept ans après la découverte des Amériques par Cristóbal Colón. Alors qu’il n’a qu’un an, c’est au tour des Portuguais de découvrir le Brésil avec (le trop méconnu à mon  goût) Pedro Álvares Cabral. Cette découverte représente alors une menace pour les intérêts espagnols. En gros, les Espagnols avaient très peur des Portuguais et de la menace que ceux-ci constituaient pour leurs territoire… Le hic, c’est que Charles Quint ne disposait d’aucunes ressources humaines et financières pour entreprendre quoi que se soit pour contrer la menace portugaise. Sa seule solution était de compter sur certains individus prêts à tout investir pour aller faire richesse en Amérique (le rêve américain avant l’heure), et notre personnage principal en fait partie. De part sa motivation, ses richesses et son réseau personnel, don Pedro réussit à acquérir le statut d’Adelantado.

En gros, être Adelantado c’était devenir le gouverneur, juge et chef militaire des terres que vous serez amené à découvrir. Autant dire, que ça pouvait rapidement devenir intéressant. En outre, des légendes indiennes racontaient que la zone où s’apprêtait à se rendre don Pedro débordait de richesses en or, argent et pierre précieuse… Quand on sait que l’Adelantado pouvait garder 50% des richesses découvertes, ça pouvait signifier un bon retour sur l’investissement initial… Avec ce nouveau statut sur son CV, il pouvait désormais se rendre en Amérique du Sud pour y faire richesse. Cependant, il y avait des contreparties à ce poste. Vous vous deviez de remplir certaines missions confiées par le Roi. Et l’une d’elle était particulièrement intéressante. Le Roi demanda à don Pedro qu’une fois sur place, il construise un chemin reliant le Río de la Plata à l’Océan Pacifique… La Cour n’était à priori pas encore au courant de la largeur séparant les deux points, ainsi que de la taille de la cordillère des Andes. Au tant dire que même Tom Cruise aurait eu du mal à remplir cette mission impossible.

C’est donc avec cette mission en poche que Pedro de Mendoza met les voiles le 24 août 1535. Pas moins de 14 navires composent sa flotte, ce qui permet de transporter près de 3000 hommes. Il n’emmène cependant pas que des inconnus avec lui. De nombreux membres de sa famille sont du voyage, dont un qui aurait pu changer profondément le cours de cette histoire : son cousin, Jorge Mendoza.

Pour faire court, alors que les navires font halte vers l’île de Las Palmas dans l’attente de conditions météorologiques meilleures, Jorge Mendoza à la bonne idée de découcher pour se rendre sur la terre ferme. Il reviendra le lendemain (jour du départ) accompagné d’une des filles d’un des habitants de l’île. Tout aurait pu bien se passer si les vents violents n’avaient pas forcé les navires à faire demi-tour pour attendre de nouveau à proximité de Las Palmas. Le problème, c’est que les hommes du village n’étaient pas super contents de la manière dont la fille était partie. Pour montrer leur mécontentement, ils sortirent les canons dont ils n’hésitèrent pas à faire usage. Verdict, quelques trous dans un bateau, un mât arraché… Une délégation de l’île menée par le maire vint finalement sur le bateau. Le père de la fille en faisait aussi partie et vint clamer son mécontentement. Mais les deux tourteraux expliquèrent qu’ils étaient déjà mari et femme de corps… Il fut donc décidé de les marier. Le père, très triste, rentra sur l’île et les hommes des bateaux réparèrent les dégâts… Tout est bien qui finit bien.

Une fois les réparations effectuées, le trajet de deux mois pour traverser l’Atlantique put commencer. C’est au milieu du mois de janvier 1536 que les 14 navires pénétrèrent dans le Río de la Plata. Ils firent une premiere halte à proximité de l’île San Gabriel, mais la présence de nombreux indiens Cherúas les poussèrent à trouver un autre spot. Le choix se tourna vers la rive Sud du fleuve. Ils découvrirent alors un site qui paraissait (à première vue) bénéficier d’une bonne situation. C’est là que Buenos Aires fut fondée.

Près de 3000 indiens Queradís vivaient à proximité de la toute nouvelle ville. Les deux groupes vécurent cordialement durant 14 jours… Alors qu’ils amenaient quotidiennement de la nourriture aux Espagnols, un beau jour, ils cessèrent de venir. Ce changement dans les relations était dû au comportement que pouvaient avoir certains Espagnols envers eux.

En manque de nourriture depuis leur départ, don Pedro envoya donc des émissaires pour « arranger » la situation. Mais ce fut le contraire qui se passa, la situation s’envenima. À tel point que ça déboucha sur un conflit entre les deux parties. Et alla encore plus loin en débouchant sur une grande bataille. Les troupes espagnoles, menées par le frère de don Pedro, Diego de Mendoza, se retrouvèrent face une troupe de près de 4000 hommes. Les Queranís avaient en effet fait appel à quelques amis. Les sources sur la conclusion de la bataille diffèrent. Mais si elles divergent sur le vainqueur final, les constats sont les mêmes. Le frère de don Pedro fut tué lors de la bataille, il y eut de nombreux morts des deux côtés et les Indiens se battirent valeureusement. Cette bataille (qu’ils l’aient gagnée ou perdue) leur donna une grande confiance pour la suite des évènements.

En fin de compte, le site sur lequel s’était établie Buenos Aires ne jouissait pas tant d’une bonne situation. L’endroit était en faite une zone inondable envahie par les moustiques. Autant dire, le rêve… Qui plus est, la faim commencait à faire des ravages parmi les habitants. Les gens se battaient pour un rat, mangeaient le cuir de leurs vêtements et de leurs chaussures, et certains allaient jusqu’à tuer les chevaux pour leur viande, voire à manger les cadavres des gens morts de faim. Autant dire, le cauchemar…

Don Pedro prit donc la décision d’envoyer des hommes explorer le Nord du Rio en bateau afin de trouver une solution à cette crise alimentaire. Mais le voyage tourna lui aussi au cauchemar. À la vue des bateaux, les Indiens mettaient le feu à leur stock de nourriture. Près de la moitié de l’équipage mourut de faim. La décision fut donc prise de faire demi tour. Durant l’expédition, la situation au village s’était elle aussi aggravée. Pleins de la confiance qu’ils avaient acquis durant la bataille, les Indiens s’étaient rassemblés en nombre (les 4000 s’étaient transformés en 23000) et avaient assiégé la ville. Ils en profitaient pour attaquer régulièrement les défenses de la ville et n’hésitaient pas à tirer des flèches enflammées sur les maisons…

Découragé et à bout de forces, Pedro de Mendoza décida donc qu’il était tant de déménager. Tout le monde (les 500 survivants) partit vivre sur les bateaux… En parallèle, il céda son pouvoir de gouverneur à Juan de Ayolas, qui prit l’initiative de partir vers le Nord pour trouver une solution à cette situation. 400 personnes s’en allèrent (dont Pedro de Mendoza) et les autres restèrent au large de Buenos Aires pour surveiller les navires. Au bout de deux mois de navigation, ils tombèrent sur les Timbús, une tribu d’indiens qui leur offrirent le couvert. Pour la suite, les sources diffèrent. Pour certains, ils seraient restés quelques temps avec les Timbús, pour d’autres, ils se seraient installés dans le Fort Sancti Spiritu (premier foyer de peuplement espagnol sur l’actuel territoire argentin) mis en place par l’explorateur vénitien Sebastien Cabot en 1527. Quoi qu’il en soit, ils trouvèrent le repos quelques temps dans l’un de ces deux endroits.

Mais, souffrant du mal français (ou syphilis…), Pedro de Mendoza décida qu’il était temps pour lui de rentrer en Espagne. Malheureusement pour lui, il mourut au large des Îles Canaries, terassé par la maladie. Son corps ne retrouva même pas sa terre natale car il fut jeté à l’eau.

Ce qui nous ramène aux origines de son voyage. Les sources diffèrent sur les raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette aventure. Le « rêve américain » ? Pas seulement… Car selon certains, Pedro de Mendoza souffrait en fait du mal francais depuis bien avant son voyage. Il pensait pouvoir trouver le remède de sa maladie sur le nouveau continent, et c’est ça, qui l’aurait poussé à investir tant d’argent.

Au final, il n’a pas fait fortune et il est mort de la syphilis… Mais qui ne tente rien n’a rien !

Sprite et pantoufles à Buenos Aires : fin d’un voyage, début d’un autre

Après 199 jours de voyage (ça s’invente pas), 4 pays, 5 volontariats, des dizaines de nouveaux copains… Retour à la case départ, j’ai nommé la belle Buenos Aires, à qui l’on doit le nom de notre blog (Buenos aires, le bon air, tu l’as ?). On commence un autre genre d’aventure, celle de l’installation dans cette grande ville bouillonnante, vivante, attirante. Après six mois de vadrouille, on est ravis de troquer nos baskets contre des chaussures de ville.

Ce qui devait être un petit tour de deux mois s’est transformé en grand voyage plein d’aventures, de rencontres, de paysages merveilleux, de volcans, de lamas, d’insectes plus ou moins venimeux, de tremblements de terre, de longues marches, de déserts, de fêtes, de sandwichs queso-palta, de trajets en bus… On a dormi dans des cabanes, des tentes, des maisons plus ou moins sur pilotis, on est allés de 0 à 4550 mètres d’altitude, et de -10 à 40 degrés. On a été réceptionnistes, paysagistes, commis de cuisine, tenants d’épicerie, barmans, constructeurs de barrières et gestionnaires d’hôtel. On a mangé des salchipapas, des completos, des papas rellenas, du lama, des chorillanas, des empanadas en pagaille, un millier d’avocats. On a probablement entendu Despacito 1300 fois. On a été tristes, contents, on a rit et on s’est disputés. On a lu des livres et vu pleins de couchers de soleil. On a développé notre connaissance du monde mais par la même, notre cynisme face au tourisme effréné en Amérique du Sud. C’est quand le cynisme prend le dessus qu’il faut rentrer… Mais c’est aussi avec bonheur qu’on raccroche avec avec notre vie de mochileros en ayant l’impression d’avoir fait le tour de nos envies de vadrouille (pour l’instant, on vous rassure). D’avoir bouclé la boucle, en somme.

La vie de sédentaire nous attire à nouveau pour tout le confort qu’on va y retrouver : un espace à soi, une intimité… des pantoufles, des photos sur les murs, un café préféré. Les bases. En outre, cesser de voyager signifie ne plus avoir la chanson Voyage-voyage collée dans la tête, ce qui est un avantage certain en termes de santé mentale.

La théorie de la bouteille de Sprite

Laissez-moi vous exposer ma dernière théorie. Un voyageur, c’est comme une bouteille  de Sprite : si on la secoue trop, il faut qu’elle repose un peu avant qu’on puisse l’ouvrir. Donc, comme une bouteille de Sprite trop secouée, il nous faut rester immobiles quelques temps pour pouvoir de nouveau s’ouvrir au monde. On doit digérer ce que nous avons vu, senti, entendu, pour pouvoir se construire des souvenirs cohérents, et non le kaléidoscope chaotique que sont ces six derniers mois, une sorte de grand melting pot de lamas, de nouveaux mots, d’insectes, de peurs, de rires, de copains… Sans queue ni tête.

Car oui, le voyage c’est beaucoup de bonheur et de merveilles mais, scoop, personne ne peut être SUPER HEUREUX sans discontinuer pendant six mois, ça n’existe pas. Autre scoop, on l’écrit rarement sur son blog et encore moins sur les réseaux sociaux, c’est pas très vendeur. Alors il me parait nécessaire de développer ici ce que beaucoup sentent tout bas mais ne disent pas, parce que, quand tu es au milieu d’un désert avec des lamas, il parait difficile d’aller expliquer au copain planté au boulot devant son ordi pourquoi tu n’est pas surexcité 24 heures sur 24…. 

Plusieurs fois pendant le voyage, j’ai eu envie de revoir deux films qui m’ont énormément marqués ces dernières années et ont contribué à me donner de grandes envies d’air et de liberté, à savoir Wild (a ne pas confondre avec Into the wild, même point de départ mais rien à voir) et Tracks. Deux films qui retracent un voyage à pieds, mais qui questionnent surtout ce qui nous anime : pourquoi irait-on traverser un désert à pied pour faire un plongeon dans l’océan alors qu’on a des bagnoles (enfin… bref) et des piscines municipales ?

Même si on est loin de s’être mis dans des conditions similaires (un voyage à deux en PVT, avec un compte en banque correct et notre équipement made in Quechua, je ne confondrais peut-être pas ça avec une traversée du désert de 2 700 kilomètres seule avec des chameaux), ce voyage avait pour moi le même but initiatique : couper pour faire le vide, pour penser, pour revenir aux essentiels, pour comprendre qui suis-je et surtout où vais-je et que fais-je et autres questions existentielles qui surgissent en temps de crise elle aussi existentielle. Il me faut donc être honnête et me dire que, même si je trouverais ça vachement plus classe d’avoir été animée par une pure et louable curiosité de l’autre, je rentre bien malgré moi complètement dans l’article récent du Monde : l’ouverture aux autres cultures, c’est avant tout une recherche de moi au milieu du monde.

Sauf que, quand on est pas Reese Witherspoon et qu’il n’y a pas 50 caméras braquées sur vous, cette recherche individuelle est vachement moins romantique ; et surtout, on est jamais tout à fait sûrs que le type du scénario a prévu un dénouement à toutes les questions qu’on se pose. Ni même qu’il y a un type du scénario et qu’on ne navigue pas complètement à vue, d’ailleurs.

En voyageant, vous perdez vos repères, votre langue, votre culture, votre routine. Vous êtes dans des pays où les bases économiques, politiques, culturelles diffèrent de tout au tout. Et en plus, vous êtes européen – c’est un peu de votre faute, salaud de riche colonisateur, si Potosi est aussi triste et sinistrée aujourd’hui : vous êtes celui qui l’a pillée. C’est passionnant mais c’est aussi perturbant : c’est comme un grand spectacle de l’injustice, un spectacle où vous ne faites rien de plus que regarder, puisque voyager, quasi par définition, c’est n’avoir aucune attache, aucune action sur le monde si ce n’est la consommation.

Vous êtes donc là avec votre sac à dos, à tenter de rythmer votre vie par les repas que vous allez prendre, et votre famille et vos amis sont à 13000 kilomètres. Votre meilleure amie est en cloque, vous envoie des photos de son bidon et vous êtes en train de prendre un lama en photo (encore lui). C’est très, très bizarre.

Voyager c’est voir l’infini du monde mais aussi l’infini angoissant de toutes les vies possibles, et par la même la limite de sa propre vie. C’est avoir un espace pour penser – et ça, c’est pas toujours très agréable, car si on reprend la base de la base, on finit toujours par se demander pourquoi déjà on n’a pas essayé d’être astronaute – enfin j’ai jamais voulu être astronaute mais plutôt journaliste-photographe le jour, dessinatrice-liseuse de livres la nuit, et chanteuse de gospel pendant les vacances, mais voyez l’esprit, quoi. 

Retour à la case autre départ

Pour ma part, le voyage à fait son job : il a bien secoué mes certitudes… Tout en douceur, avec une présence calme comme un lac de montagne à mes côtés, j’ai nommé Roro le bienheureux.

Alors au final, après six mois de vadrouille et tant de chamboulements internes comme externes, et malgré ce billet un peu négatif peut-être… Le bilan est sans appel : on le refera encore et encore. Pour comprendre ce que l’on fuit et ce que l’on aime, et faire le tri dans toutes les possibilités qu’offre le monde. Une parfaite thérapie de pré-trentenaire, en somme, pour réajuster le cap, capitaine, ranger tout ce vrac mental, ou du moins l’étaler devant soi et passer à l’étape suivante, le rangement. Ca tombe bien, ici, c’est bientôt le printemps.

On est donc pas de retour à la case départ, ni même à la case « nouveau départ » parce qu’on n’est pas des hommes nouveaux et on trimballe toujours notre vieille carcasse avec nous, mais plutôt à la case « autre départ » : un démarrage avec les mêmes paramètres mais un peu plus de connaissances. On s’installe à Buenos Aires plus riches (enfin, seulement spirituellement hein, matériellement on serait plutôt dans l’inverse), plus forts (on manipule désormais la machette comme des chefs), bref, moins cons, alors disons qu’on a rempli notre objectif : continuer à apprendre et à découvrir tous les jours… Et ça, ça peut s’appliquer autant en sac à dos ou qu’en pantoufles.

Un concept révolutionnaire : le revoyage

On avait déjà eu une alerte au Machupichu. Alors qu’on marche tranquillement derrière un couple accompagné de deux enfants, la petite fille s’arrête, boudeuse, lève les yeux vers sa mère et lui dit d’un air suppliant : “Quiero regresar a mi caaaaaasaaaa !” (“Je veux rentrer à ma maisooooon !”). Romain et moi rigolons doucement, la mère nous regarde avec un sourire, entre amusement et désespoir de cette journée qui s’annonce longue. Lorsqu’ils s’éloignent, je finis par rompre le silence et murmurer à Romain : “Yo también !” (“Moi aussi!).

C’est à cet instant que le “quiero regresar a mi casa!” est devenu le nouveau leitmotiv de notre voyage : la fin était venue. Élisa, notre acolyte belge, qui était elle aussi à Cuzco à ce moment là, partageait notre nouvelle philosophie ; en fait, les frites lui manquaient tellement qu’elle a fait un aller retour estival en Belgique. Comme des vacances du voyage, si vous voulez.

En fait, on ne veut pas rentrer dans notre casa, ça peut être n’importe quelle casa, tant qu’elle a un lit et une cuisine et qu’on peut y mettre ses livres sur une étagère, y étendre une lessive, y préparer une soupe en écoutant la radio, y laisser sa brosse à dents sur le lavabo, connaître le boulanger à côté et pouvoir fournir une réponse à la question “t’habites où ?” qui ne soit pas “dans mon sac à dos”.

Le clap de fin du voyage se précise à Arequipa. Roro se lève un matin : “Moi, de toute façon j’arrête de voyager donc je m’en fous, je fais rien.” C’est la grève du voyage. Ça tombe bien, Arequipa s’y prête : c’est joli et tranquille, parfait pour préparer la seconde partie de notre année, à savoir notre installation à Buenos Aires.

Venons-en à l’aspect pratique de l’affaire. Certes, on veut rentrer à Buenos Aires, mais on est à quelque chose comme 3300 kilomètres. On a donc deux choix : rentrer à La Paz puis monter dans un bus qui, en moins de 58h, nous dépose à Buenos Aires. Jamais fait 58h de bus (on est allés jusqu’à 38h, pas plus), mais ça fait peur, surtout si la compagnie est bolivienne : horaires aléatoires, pauses pipi aléatoires, repas aléatoires, conduite aléatoire. Beaucoup trop d’aléas pour nous – une peur qui nous sera confirmée : on a rencontré quelqu’un qui avait fait ce trajet, et les 58 heures se sont transformées en 72 heures, avec évidement une arrivée à 1h du matin au Terminal Retiro de Buenos Aires, et je te garantis que tu n’a aucune envie d’être à Retiro à une heure du matin.

Autre possibilité, profiter d’être à seulement 1 600 kilomètres de La Serena, au Chili, pour y faire un crochet et voir nos copains. Évidemment, depuis La Serena, on ne sera plus qu’à sept heures de bus de Valparaiso, on pourra donc faire un crochet et aller voir l’autre partie de la famille.

Je crois que nos six mois de voyage en bus nous ont légèrement distordu la notion de « crochet », mais peu importe : la famille Nomade nous manque, alors on va aller les voir. D’où la création d’un concept révolutionnaire : le revoyage.

Dans « re-voyage », il y a “voyage”, soit déplacement, soit “au secours”

Comme on est des petits filous, on décide de faire des surprises. Nous voilà donc partis pour 38 heures de bus – quatre bus différents, avec des correspondances trop chouettes, du genre à sept heures du matin dans le terminal d’Express Norte à Calama, soit le terminal le plus glauque dans la ville la plus glauque du Chili.

A ce jour, on n’a toujours pas compris quel a été le problème du destin dans notre concept de re-voyage, mais on a cumulé les retards et les contrôles qui retardent encore plus. Ça a commencé entre Arequipa en Tacna – la dernière ville péruvienne avant le Chili. On y a découvert l’existence d’une frontière régionale : tout le monde doit descendre, et livrer aux douaniers les fruits et légumes susceptibles d’être porteurs de je ne sais plus quelle mouche relou pour l’agriculture. Manque de bol, nos seules vivres pour ce voyage, ce sont un kilo de mandarines, et les mandarines, on l’apprendra à nos dépens, c’est super dangereux.

Romain descend en premier, les mandarines à la main. Je le rejoins alors qu’il parle avec les douaniers. Il se tourne vers moi, énervé : “Je comprends rien !!”. Non, Romain, on ne crie pas sur les douaniers, ça ne se fait pas trop, et, perso, j’ai pas trop envie de rester là dans une cabane de tôle au milieu du désert. Je prends les choses en main, et essaie de poser une question claire : les mandarines, ça passe ou ça passe pas ? Le douanier :
“Oui, ça peut passer, si vous les mangez. (absurdité)
_Oui, je vais les manger.
_ Ha, il faut les manger maintenant alors.”
Donc, monsieur le douanier agricole, tu veux qu’on s’enfile un kilo de mandarines là, dans le sas du ministère de l’agriculture, en à peu près trois minutes – le temps qu’il faut à trente passagers pour remonter dans le bus ? Tu as le sens du challenge, monsieur le douanier agricole.

Une fois qu’on a décidé de laisser tomber le challenge mandarines, on tend les mandarines au monsieur.
“Non, pas ici, il faut les laisser en dehors du poste frontière.
_ Mais il n’y a rien dehors.
_ Vous n’avez qu’à les poser par terre à côté de la porte.”
Tu m’étonnes qu’on ne comprenne rien, ça n’a pas de sens, monsieur, je repète, aucun sens. On s’exécute et on laisse nos mandarines par terre, dehors. Comme ça, la mouche peut tranquillement aller se dégourdir les pattes en plein-air, mais seulement du côté d’Arequipa parce que tout le monde le sait, la mouche, c’est un insecte super strict niveau frontières. Un peu comme le nuage de Tchernobyl.

Même trajet, nouveau contrôle ; cette fois, on n’est plus dans le domaine agricole mais plus dans les douanes du genre police, celles qui veulent savoir si tu ne gagnes pas ta vie en faisant du traffic international de porte-clefs lama, ou en te fourrant de la cocaïne dans le derrière. Donc, les douaniers fouillent la soute et trouvent quatre cartons de marchandises… Rien d’illégal mais manque de bol, le monsieur qui les transporte a oublié-perdu-ignoré les papiers qui vont avec. Nouvel arrêt, donc. Au bout de quelques minutes, on sent un frémissement d’énervement dans le bus… Et petit à petit, la Révolution du Bus commence : les gens tapent sur les vitres, par terre avec les pieds, crient “Vamos !”.

Certains descendent pour engueuler les douaniers : je retire ce que j’ai dit, Romain, apparement ça se fait de crier sur les autorités, ici. Pendant un moment, on se demande si les gens s’énervent pour qu’ils laissent le jeune tranquille ; mais en fait, non, les Péruviens sont pas meilleurs que les autres êtres humains niveau solidarité, ils crient pour qu’on laisse le jeune ici avec ses cartons et qu’on n’en parle plus.

On comprendra plus tard que les passagers étaient nerveux car nous étions dimanche et que la plupart devaient prendre une correspondance qui les amenait au travail pour le lundi matin…

On finit par arriver à Tacna avec quelques heures de retard. On prend un petit bus qui nous amène à Arica, la ville chilienne en face de Tacna. C’est long, mais organisé et sans coup de théâtre. Bien qu’on (enfin, Roro) ait oublié les sandwichs achetés dans le terminal par terre dans le terminal, on est plutôt soulagés.

On arrive à Arica vers 22h. Ça fait déjà une douzaine d’heure qu’on voyage. On prend un nouveau bus pour La Serena : c’est parti pour 24 heures de voyage ! Au terminal, on redécouvre l’organisation chilienne (c’est-à-dire, inexistante) : on a beau demander à tous les employés, aucune source ne se recoupe sur l’endroit où nous devons prendre notre bus.

On finit quand même par le trouver… Et là, multiplication des correspondances chiantes. Ca commence au terminal d’Express Norte de Calama, le terminal le plus glauque du Chili (probablement, ou du moins, je l’espère). On y arrive à 7h du matin, youpi, et nos instructions sont d’attendre ici : on ne peut pas sortir, même pour aller  s’acheter un café ou manger quelque chose, parce que dehors c’est “super peligroso” (“super dangereux”), aux dires d’un chauffeur de taxi croisé ici. On le soupçonne de vouloir nous vendre une course en taxi, mais on doit admettre que ça a pas l’air terrible comme quartier : quand on voit passer les gens en dehors du terminal, ils ont l’air déjà sacrément attaqués pour l’heure matinale.

Heureusement, on est protégés par le monsieur de la sécurité et un berger allemand à dreadlocks, qu’on a appelé Jack. Le personnel est tellement sympa qu’il donne des sandwichs au jambon-fromage à Jack – en passant, on aurait bien aimé des sandwichs nous aussi. Mais je crois que Jack a trop traîné dans ce quartier et a eu le cerveau attaqué par l’air chargé de drogues : il passe environ une heure à déplacer son sandwich d’un bout à l’autre du terminal, SANS le manger. Jusqu’à ce qu’une employée passe, voie un sandwich par terre, le mette à la poubelle… Au grand désespoir de Jack qui passe l’heure suivante à fixer la poubelle. Quand nos ventres – et notre mental, Jack nous rend dingue – commencent à craquer, Romain brave le danger… Et sort du terminal. Il en revient victorieux avec un paquet de FRAC (notre coup de coeur chilien catégorie biscuits) et un peu de pain. Youpi !

Une fois qu’on a enfin réussi à prendre le bus suivant, on continue dans la thématique « trajet de la loose » avec une tripotée de contrôles : contrôles de polices avec ou sans chien (il y a l’équipe “centure de sécurité”, l’équipe “drogue”, l’équipe “contrebande”…), à toute heure du jour et de la nuit, évidemment. Il y a aussi les frontières régionales, à quatre heure du matin sinon c’est pas rigolo, où il faut sortir du bus dans le froid, vider tes sacs des soutes, passer dans une machine à rayon X dont personne n’a rien à carrer, et bien sûr, attendre que le mec qui s’est fait fouiller intégralement (pas de chance) remonte dans le bus.

Vous avez déjà vu Romain de mauvaise humeur ? Essayez de le réveiller à quatre heures du matin : c’est vulgaire. “PTAIN il font CHIER avec leurs contrôles à la CON !”, dit-il en jetant rageusement son sac dans la machine à rayons X. Les passagers et moi nous éloignons un peu. Comme je suis de mauvaise humeur aussi, j’en profite pour lancer une dispute, ça nous occupe, on en rigole souvent et on se réconcilie en principe trois minutes plus tard.

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Sur la route

On finit par arriver à La Serena avec cinq heures de retard, soit à deux heures du matin, sains pas sûre, mais en tout cas saufs. Pour arriver au coeur de la Valle del Elqui, à la Campana, là où on va faire la surprise à Céline, il faut encore faire une heure et demi de bus. On caresse l’idée de dormir dans le terminal pour prendre le premier bus du lendemain, mais le problème, c’est qu’on a pas envie. On sonne donc dans le premier hostel qu’on trouve pour demander les prix. Elle auto-négocie : “Normalement c’est 15 000 mais je vous la fait à 10 000”. Vendu. Je précise, des fois que vous nous preniez pour des dingues, que la monnaie en en pesos chilenos : 15 000 pesos sont environ 20 euros, 10 000 environ 13 euros.

Le come-back des jours heureux

Le lendemain, on est rephasés – si on peut être déphasés on peut bien être rephasés non ? – : on a bien dormi, le temps est magnifique, et on va voir notre copine Céline dans notre endroit préféré du Chili, la Valle del Elqui, youpi ! On sonne à l’hostel où elle travaille avec le coeur qui tambourine ; faire des surprises, ça rend limite plus nerveux que d’en recevoir…

Après des retrouvailles-café soluble, c’est parti pour le remake de nos jours heureux : petit dej gargantuesque, balade, bon repas, café soluble au soleil, balade, apéro, bon repas, bon dodo. Il ne manque plus qu’Elisa pour participer à cette fête de l’oisiveté… On fait de nouvelles balades, on prend même le pont de la mort qui tue. On est des fous !

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Vue de l’hostel… Pas mal comme réveil non ?

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Pendant que Céline travaille, on descend avec Romain à Vicuña, “la ville”, et on reprend nos bonnes habitudes de farniente sur la place du village. C’est merveilleux, il y a une fête du livre avec que des stands fermés et de la musique ringarde. On se fait un nouveau copain chien, Blondie. Blondie, il paie pas de mine mais on découvre que c’est un peu le chef de la place : les chiens ne peuvent pas squatter la place sans son autorisation, et c’est tellement quelqu’un d’important qu’il ne se déplace pas lui même : un petit aboiement et hop, son armée vient chasser l’intrus ! Du coup, on est super fiers de trainer avec lui.

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Blondie

Après deux jours, on décide de continuer notre périple. Tout le monde se moque de nous quand on dit qu’on arrivera un jour à Buenos Aires, alors il faut bien faire mentir les rumeurs. Direction Valparaiso pour la deuxième partie de la surprise !

Valpo, les wachiiiitoooos

Comme les chiliens sont tous des gros menteurs, on arrive rageurs au terminal de Valparaiso non pas à sept heures du matin, mais à cinq heures et demi du matin. On se lance donc dans le graff numérique, Tur Bus étant la compagnie de bus.

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Il est donc sept heures, on est au terminal de Valparaiso, le jour se lève et on a déjà enchaîné trois cafés. On va prendre le quatrième en ville, où on se paie le luxe d’un petit déj toasts-oeufs dans l’un de mes cafés préférés, le Casa Plan. Le petit déj avalé, on se dit qu’on va aller faire la surprise, et on se dirige vers l’hostel…

Quand on arrive, Capu et Lucho dorment encore. Si bien qu’on se pose sur le canapé, on discute avec les volontaires et on oublie complètement qu’on est là pour faire la surprise : on se sent de nouveau comme à la maison. Jusqu’au moment où Capu débarque en pyjama, les yeux écarquillés : “Ben qu’est ce que vous faites là?”. C’est génial les surprises au réveil des gens, parce que tu sens que le cerveau pas bien réveillé est en train de processer pour essayer de comprendre si on est bien là, si on était partis en fait ou si tous ces derniers mois n’ont été qu’un long rêve, si on existe. Quand Lucho se lève, on a commencé le petit déjeuner et on se raconte les nouvelles avec Capu. Je pense que je me rappellerai toute ma vie de sa réaction sortie tout droit d’un cartoon : il passe nonchalamment devant la porte en jetant un œil dans la salle du petit déj, puis fais marche arrière en fronçant les sourcils, tourne la tête et nous fixe d’un air concentré ; après une demi seconde, il a compris et vient nous saluer, tout content. Nous aussi on est contents, tout le monde est content, on fait des petits cadeaux et on prend joyeusement notre cinquième café de la journée, à dix heures du matin.

A Valpo, non seulement on refait nos activités préférées (balades au cerro Alegre pour un café au Pierre Loti en prenant l’ascenseur Victoria, film avec Ricardo Darin au Teatro Condell, ballade pour voir les lions de mer sur Caleta Portales !) mais on fait aussi plein de nouvelles choses : on découvre le comedor du marché, on mange une chorillana dans le temple de la chorillana, on boit un terremoto au Parajito, on fait un tour de bateau depuis le port.

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Comme à la maison…

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L’une travaille…

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L’autre fait la sieste

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Chorillana gigante

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Terremoto : mélange de glace à l’ananas, de vin et de Fernet. Ca porte bien son nom : ça secoue !

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Balade en bateau

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Capu et Lucho avec Roro… Nos wachiiitoooos !

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Mouettes à Caleta Portales

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Pélicans à Caleta Portales (il y a de tout à Caleta Portales)

Notre séjour ne cesse de se prolonger : la frontière pour passer en Argentine est fermée à cause de la neige… Quand elle réouvre, on finit par partir, la larme à l’oeil. Heureusement, ce n’est qu’une séparation temporaire : tout le monde veut passer nous voir à Buenos Aires…

Buenos Aires, bébé ! (le retour)

Après 24 heures de bus, on arrive à Buenos Aires, épuisés, sales, affamés. 24 heures, c’est long… Même si les paysages sont pas atroces :

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Passage de frontière entre Mendoza et Santiago

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Passage de frontière entre Mendoza et Santiago

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A peine franchie la frontière, Roro fonce au snack et mange un superpancho !

Arrivés à Buenos Aires, on s’installe dans l’hostel le moins cher du moment, près de San Telmo. Retourner dans une ville que l’on connaît déjà un peu est franchement agréable, voire reposant : on sait plus ou moins s’orienter, on sait comment marchent les bus, on connaît la monnaie.

L’ambiance n’a rien à voir avec la chaleur pesante et oppressante de cet été. Moins cette chape de plomb, on découvre une ville, grande et étonnamment tranquille, belle et agréable, dynamique, joyeuse. On a tout à faire, pas trop d’énergie mais un peu d’économies pour voir venir les prochaines semaines, mais surtout, on est ravis : on est sous le charme.

Buenos Aires, on le sens, on va vivre tous ensemble une grande histoire d’amour urbain… En attendant de connaitre tous tes secrets, on commence par les classiques : notre douche prise, on s’envoie une grande pizza muzza au coin de la rue !

Arequipa, c’est bon pour le ventre et pour le moral

Nouveau trajet de bus et nouvelle désillusion. De une, on arrive une heure et demie plus tôt que prévu (mais ça, on commence à y être habitués). De deux, il y a enfin un film dans le bus mais malheur sur nous, l’écran le plus proche de nos sièges ne fonctionne pas. Peu importe, je décide tout de même de le regarder. Verdict, j’ai mal à la tête et je viens de regarder un film qui traite d’un chien qui se réincarne en chien… Après un petit déjeuner rondement avalé (deux tournées de sandwichs aux oeufs), on décide de se rendre en ville en bus. Grave erreur, à vouloir économiser 3 euros (soit, 1,50 chacun), on se retrouve tanqués dans un bus blindé, à assommer tout le monde avec nos sacs, et à avancer sans savoir où l’on doit descendre (mais de toute façon, on n’a pas la place pour descendre). Heureusement, l’assistant chauffeur (chargé de récolter l’argent) pense à nous, et nous indique notre point de chute.

Sans trop de difficultés, on réussit à dénicher notre hostel. À première vue, il est plutôt sympa et le staff parait tranquille. Le check-in ne se faisant qu’à midi (il est alors 9 heures), nous décidons de partir à la découverte de la ville. Comme souvent, la Place aux Armes est le coeur du centre historique. Tout comme à Cuzco, elle est impressionante. Outre le fait qu’elle soit entourée de bâtiments splendides (notamment la Cathédrale dans laquelle il est possible d’assister à des concertos d’orgues en fin d’après midi – le short y est proscrit…), elle est en grande partie recouverte de verdure. Cerise sur le gâteau, une fête aux livres se tient dans une rue adjacente à la place. Pourquoi la fête au livre nous fait-elle tant plaisir, vous dites vous ? Car en Bolivie, c’est pas trop la fête pour trouver un livre…

Nous avons juste le temps d’arpenter un peu le centre historique qu’il est déjà l’heure de rentrer à l’hostel. Agréablement surpris en arrivant, on l’est encore plus en découvrant le dortoir. Chaque lit est en effet muni d’un rideau. Et ça en voyage, c’est pas négligeable. C’est un peu comme un cocon. La seconde surprise viendra quelques minutes plus tard avec la découverte d’un toit terrasse gigantesque. De là, on se rend compte de la présence d’un immense volcan qui sert de toile de fond à la ville.

Après ces quelques decouvetes, il est temps d’aller découvrir la chose la plus importante, à savoir le lieu où se trouve la nourriture : le marché. Le chemin pour s’y rendre permet de constater que, bien que le tourisme soit important à Arequipa, ce n’est pas du tout la même chose que Cuzco. Il y a de la vraie vie dans la ville avec des vrais magasins !

Le bâtiment du marché ne tarde pas à se dessiner. A l’entrée, des stands de papas rellenas trônent fièrement, et les prix défient toute concurrence : un sol. On sait alors où aller en cas de petit creux ! Le marché quant a lui n’est pas aussi grand que celui de Cuzco mais il se défend plutôt bien. Outre le fait qu’il soit joli, il est très lumineux.

L’espace comedor se trouve au premier étage. Par contre, « l’agressivité » pour venir s’installer à un stand est très originale. Une dame d’un certain âge nous saute dessus et m’agrippe littéralement par le bras pour qu’on aille dans son stand. Nous n’irons pas manger dans un lieu sous la contrainte et allons nous installer dans le stand voisin. Comme toujours, la nourriture y est savoureuse et proposée dans des proportions gargantuesques. D’où la quasi obligation d’aller boire un café par la suite…

Afin d’assouvir ce besoin, direction la Place aux Armes. Les cafés ne sont pas légion à première vue, mais il suffit de se rendre au premier étage d’un des côtés de la place pour en dénicher un. Un peu comme à Cuzco, on domine la place et ses habitants. La terrasse où se situent les cafés est un lieu idyllique. Cette terrasse est en fait un énorme balcon qui ressemble à s’y m’éprendre à une rue. Un groupe de musique péruvienne y passe ses journées en se rendant se bar en bar histoire de vendre des cd. La chanson El condor pasa (bien connu du fait de la version de Simon & Garfunkel) n’échappe pas au répertoire… Et reste coincée dans notre cerveau pour les cinq prochains jours, merci les Péruviens.

(Vous apprécierez ce clip loin des clichés)

La journée qui va se dérouler par la suite va refléter parfaitement ce que vont être nos journées dans cette ville. Cela équivaut en fait à profiter du calme de la ville et de profiter pour nos derniers jours au Pérou des joies de cette gastronomie si riche. On fait aussi le tour de l’ensemble des magasins et autres marchés de souvenir afin d’acheter quelques babioles au passage (d’ailleurs, nous vous conseillons de vous occupez de tout ça à Cuzco car les prix y sont largement inférieurs…). Cependant, nous avons tout de même parcouru le centre de la ville quasiment de font en comble ainsi que le comedor du marché. D’où quelques anecdotes à raporter.

Place aux armes d'Arequipa au Pérou

Place aux Armes d’Arequipa

Cathédrale d'Arequipa au Pérou

La Cathédrale d’Arequipa

Volcan Misti depuis la terrasse de l'hostel AQP

Vue depuis le toit terrasse de l’hostel

Terrasse pour boire un café sur la place aux armes d'Arequipa au Pérou

Le grand balcon qui ressemble à une rue

Place aux armes d'Arequipa au Pérou

Un des côtés de la Place aux Armes la nuit

Le comedor du marché et ses plats à tomber

S’il y a un lieu que nous connaissons particulièrement bien à Arequipa, c’est le marché et ses stands de nourriture. On en a essayé plein. J’ai déjà évoqué l’un d’eux un peu plus haut dans l’article, où l’ambiance était tellement bizarre que nous avons décider de le squeezer pour le reste de notre séjour.

Heureusement pour nous, le marché déborde d’autres endroits pour manger. Il existe au premier étage un long balcon filant qui domine le marché, bordé par de nombreux stands de nourriture. La première fois que nous y passons, on s’arrête devant l’un d’eux histoire de regarder le menu. A ce moment là, tous les clients se retournent vers nous et nous invitent à venir nous installer, en nous disant que la nourriture y est délicieuse : on décide donc de suivre leurs conseils. Et pour être franc, on n’est pas déçu. Je ne saurais plus vous dire ce que l’on a mangé, mais c’était juste magnifique ; nos papilles s’en souviennent encore. Nous nous y sommes rendus une nouvelle fois le lendemain et une fois de plus la nourriture y était juste folle, et cette fois accompagnée d’une discussion sur l’état politique de la France avec le patron…

Le lendemain, on continue notre tour des stands de nourriture et on se tourne vers le rez-de-chaussée. Entre ceviche, rottoto, pastel de papas… le choix est cornélien. Peu importe, tous les plats nous font rêver. Les quelques uns que nous avons essayés ne nous ont jamais déçus et nous ont tous rassasié, ce qui pose parfois des problèmes d’énergie pour aller se balader par la suite.

Marché central d'Arequipa au Pérou

Vue du marché depuis le premier étage

Pomme de terre au marché d'Arequipa au Pérou

Une belle collection de patates

LE mirador d’Arequipa et les tondeuses-lama

Que serait Arequipa sans son mirador ? Après quelques jours d’hésitations ou de départ trop tardifs, nous avons finalement décidé de nous y rendre. En traversant le rio qui coule dans la ville, nous découvrons une autre partie d’Arequipa. Ici, l’ambiance y est tout autre. Le tourisme n’est pas développé de la même manière, bien que l’architecture y soit la même. On traverse un parc qui longe le complexe sportif. Et dans ce parc, il y a des lamas. Mais pas n’importe quel type de lamas : des lamas tondeuse à gazon ! Sisi, ils sont juste là pour brouter l’herbe du parc. Concept plutôt sympa qui mériterait d’être importé à Marseille (ah non, vu le nombre d’espaces verts qu’il y a dans la ville, ça ne servirait pas à grand chose…). A noter, le chef des lamas, c’est un mec en costard qui vient les changer régulièrement de place. On vous laisse imaginer la scène.

La balade pour se rendre au mirador n’a rien de très sportif, comparée à la montée pour se rendre à de celui de Sajama, c’est comme un faux plat descendant. En fait, ce mirador n’a de mirador que le nom. La vue y est plutôt sympa mais il domine à peine la ville (la vue y est quasiment la même que celle offerte par le toit terrasse de l’hostel). Un peu déçu par le résultat, nous nous réjouissons tout de même du spectacle offert sur la terrasse qui se situe en dessous, ou une grosse soirée gala est en voie de préparation. Au vue du standing des choses, on imagine que c’est tout le gratin de la ville qui va se retrouver là. Mais il nous faut redescendre car nous avons un autre type de gratin à rencontrer…

Vue depuis le pont qui traverse le rio chili à Arequipa au Pérou

Vue depuis le pont qui traverse le Rio Chili

Lama tondeuse à gazon à Arequipa au Pérou

Le lama tondeuse à gazon

Statue à Arequipa au Pérou

Jolie statue qui se trouve dans le parc

Ruelle à Arequipa au Pérou

Une autre jolie ruelle

Volcan Misti depuis le mirador d'Arequipa au Pérou

Point de vue offert par le mirador

Les copains de l’Isla del sol

Les amis de l’Isla del Sol sont là aussi. Romain, Vincent et Juan ont trouvé un volontariat dans un hostel de la ville. Rendez-vous est donné un soir sur leur lieu de travail. Après une brève pause pour manger une salchipapas, (saucisse + patate = saucpatate, soit salchipapa en espagnol) direction leur hostel. Ce qu’il faut préciser, c’est que cet hostel est en fait ce qu’on apelle un party hostel. Le concept est simple : un lieu où tu dors et où tu fais la fête. Les clients (majoritairement originaires des USA), sont surtout là dans un but : celui d’être saoul 24h/24.

Celui dans lequel nous nous rendons fait partie d’une chaîne présente dans de nombreuses villes sud américaine. Le portier nous ouvre la porte et nous demande nos passeports ainsi que l’hostel dans lequel nous résidons (il faut montrer patte blanche pour rentrer). Une fois cette étape franchie, on est balancé directement dans le bain. Ça hurle de partout. Mais la source du bruit provient surtout d’un lieu : la table de bière-pong alors animée par Juan (deux autres tables feront leur apparition durant la soirée…).

Au milieu de ce chahut, on retrouve Romain (de nature très très calme, ce qui contraste largement avec le lieu) assis tranquille à une table. Après des retrouvailles qui font chaud au coeur, la première question qui nous vient est : « Qu’est ce que vous foutez là ? » . Sa réponse est des plus claires : « On n’en peut plus ». La même réponse viendra quelques minutes plus tard de la bouche de Vincent. Petite différence, il ajoute : « J’ai envie de me barrer ». Pour faire simple, ils bossent cinq jours par semaine en tant que serveurs. Il faut savoir que le bar de l’hostel ouvre à 11 heures du matin… Le soir, le bar ferme à 1 heure (2h le temps de réparer tous les dégâts des bourrachos) et ils ont l’obligation de danser à torse-nu sur le comptoir à un moment de la soirée… Sympa non ?

En parallèle, les clients qui se rendent dans ce type d’hôtel ne sont pas du tout dans la même dynamique de voyage que la leur. Ces derniers peuvent passer des journées entières à l’intérieur de l’hostel, et cela va jusqu’au fait d’acheter ces cigarettes ici alors qu’il y en au kiosque juste en face, et qu’elles y coutent deux fois moins chères. Vive le tourisme et l’échange inter-culturel qu’il peut amener…

Cela dit, pour nous, c’était sympa. Pas pour le lieu, mais pour revoir les copains. C’est l’occasion pour nous de faire la fête comme on ne l’a pas faite depuis des mois. On remettra ca deux jours plus tard mais en sortant cette fois en ville. Après quelques verres au bar, nous décidons d’un commun accord de nous rendre au « Déjà Vu » (une boîte de nuit). Conséquence directe de ça, on se couche à 5 heures du matin (petite pensée pour le réceptionniste de nuit…). Le hic, c’est que nous devons nous lever à 9 heures car on doit aller prendre un bus. Alors autant vous dire que le matin, on a pas la grosse pêche…

Salchipapa à Arequipa au Pérou

Belle assiette de salchipapas (restau du samedi soir)

Le dilemme du retour

Arequipa, c’est aussi le dilemne du retour en Argentine. À savoir quel chemin va t-on suivre pour s’y rendre ? Il existe de nombreuses options, mais en ce qui nous concerne on hésite entre deux : retourner en bus à la Paz pour ensuite prendre un bus qui nous emmène à Buenos Aires directement (et même voir si nous ne ferions pas plusieurs haltes sur le chemin en nous arrêtant à Jujuy, Salta et Cordoba) ou rentrer par le Chili en descendant jusqu’à Santiago (de nombreux bus font le trajet Buenos Aires-Santiago en 24 heures…). La réponse change quasiment tous les jours voire toutes les deux heures. Nous finissons tout de même par nous décider. Mais pour connaître l’itinéraire choisi, il vous faudra lire le prochain épisode. Un indice, le mot « revoyage » est dans le titre…

Attrapés par la folie péruvienne

Deux jours après notre départ de Cuzco, nous voilà de retour. Le bus nous dépose à 22 heures dans le centre de la ville. Direction l’hostel pour voir si nous sacs sont encore là mais surtout s’il y a encore de la place pour dormir là bas. Toujours bercés par les deux journées qui viennent de s’écouler, nous voilà de retour dans le quartier de San Blas. Sur la place de l’église, c’est la fête ! C’est bien simple, on se croirait à la Fête de Vissec, DJ Morgan et les Lacs du Connemara en moins. Juste le temps d’avaler un hamburguesa, et nous revoilà à l’Hospedaje Inka. Nos sacs sont encore là et des lits sont encore disponibles dans le dortoir. Le sommeil ne tarde pas à arriver. Le réveil sera cependant brutal. Je me prend en effet un énorme sac de voyage en pleine figure, et ça, au beau milieu de la nuit. Notre « colocataire », un tantinet éméché n’a pas noté ma présence dans le lit. Après un bref grognement, je me rendors directement. Le réveil matinal sera plus doux (ce qui n’est pas bien compliqué…). Ce qui n’empêche pas Julie de me regarder avec un petit sourire narquois en lien avec l’anecdote de la nuit (vive la solidarité). Ce qui m’amène à une autre anecdote. Le jour même, j’aperçois un livre qui me rappelle quelque chose sur le lit de notre colocataire. Il s’agit en fait du livre de Richard (propriétaire de l’hostel Colibri à Vicuña) : Mr. Richard. Nous avions assisté il y a deux mois de ça au lancement de la version espagnole se son livre dans son hostel . Nous apprendrons plus tard que notre colocataire avait passé près d’un mois à Vicuña et que Richard lui avait offert le livre… Le monde (ou du moins l’Amérique du Sud) est petit…

Le soir, c’est de nouveau la fête sur la place de l’église. Ce soir, c’est feu d’artifice artisanal, le tout orchestré par le maestro des artificiers : El Señor Walter. Tout se passe en fait sur une structure de bambous sur laquelle les feux d’artifices sont attachés. Le spectacle est juste hallucinant. Ce qui fait regretter que les normes en France empêchent ce type de spectacle… Bercés par ce show, il est temps de se rendre au lit.

Le réveil sonne et notre dernière journée à Cuzco débute. Ce dimanche ne va en rien nous décevoir. Sur la Place aux Armes, c’est la fête à l’occasion du Corpus Christi. L’évènement est en fait un gros quilombo de tout ce qu’est le Pérou. Entre marche des syndicats et des enseignants, le défilé des militaires se joint à la parade. Mais le coeur du spectacle, ce sont les derniers qui entrent en scène : les danseurs. Habillés de costumes aux milles couleurs, le spectacle nous laisse sans voix et le dépaysement y est total.

À peine a t-on le temps de digérer tous ça qu’il est déjà l’heure de rejoindre Elisa pour une ultime journée ensemble. Comme lors de notre premier sejour ici, nous nous contentons des essentiels : la nourriture du marché et le petit café-FRAC de la place aux Armes, en bonne compagnie. Comme Elisa doit aller travailler,  on arrive vite au moment des aurevoirs. Elle rentre en France la semaine d’après, et c’est avec émotion que nous nous quittons avec un nouveau rendez-vous fixé à l’an prochain. On achèvera cette journée en faisant le tour de tous les magasins de souvenir pour voir ce qu’il y a à acheter. Cette petite tournée des souvenirs nous permet de remarquer la créativité péruvienne en matière de t-shirts : ici, les lamas et les cuys (cochon d’Inde) sont la source principale de l’inspiration. Deux exemples pour vous montrer cette créativité : « llamaha » pour Yamaha (avec une image d’un lama sur une moto)… et « Cuy Fiction » pour Pulp Fiction (où Samuel L. Jackson et John Travolta sont remplacés par des cuys).
Le temps passe et il est déjà l’heure d’aller chercher nos affaires pour nous rendre au teminal. Le moment de se mettre en direction de l’Argentine a sonné, prochaine destination : Arequipa !

En route pour le Machu Picchu

Ancienne capitale des Incas, Cuzco est aussi la porte d’entrée de leurs trésors architecturaux, avec comme point d’orgue le bien (trop ?) connu Machu Picchu. C’est bien simple, on peut considérer que 99,9% des touristes présent à Cuzco vont se rendre ou se sont déjà rendus à ce sanctuaire.

On dit souvent « aller au Machu Picchu », mais l’accès n’est pas aussi direct que ça, et se fait étape par étape. Depuis Cuzco, un bus vous amène à la hidroelectrica, soit la fin de la route. Depuis la hidroelectrica, seuls passent des rails de trains ; on peut donc prendre le train ou les longer à pieds pour arriver au village d’Aguas Calientes, le point de départ de l’ascension au Machu Picchu (environ une heure et demi de marche).

Pour y aller, différentes options s’offrent à nous :

  • Option 1 : Aller en train jusqu’au village d’Aguas Calientes (et donc squeezer toute l’histoire de l’étape à la hidroelectrica, c’est plus direct mais aussi beaucoup plus cher) et attendre sagement qu’un joli mini bus nous amène jusqu’à la porte d’entrée du parc
  • Option 2 : Choisir le tour All Inclusive comprenant transport jusqu’à Aguas Calientes + hotel à Aguas Calientes + ticket d’entrée sur le site du Machu Picchu
  • Option 3 : Se débrouiller à moitié seul en n’achetant que le ticket de bus aller-retour Cuzco-Hidroelectrica et le ticket d’entrée
  • Option 4 : Se débrouiller seul et décider de marcher 28 km sur la voie ferrée pour atteindre le graal (solution qui peut s’avérer être un échec retentissant car des gardes sont stationnés pour éviter cela…)

Ici, le prix est décroissant entre l’option 1 et l’option 4. On choisit donc la troisième option. Trouver le billet de bus est aussi simple que de dénicher une bille dans un sac de billes – à Cuzco, on se croirait revenus à San Pedro de Atacama : il y a des agences de tourisme dans quasi toutes les rues. Billet acheté et synchronisation des montres effectuée avec l’agence, le départ est prévu à 7h30 deux jours plus tard. Une autre synchronisation est nécessaire, cette fois avec Nico (rencontré à Valpo) afin qu’il prenne le même bus que nous. Les montres, réglées à l’heure universelle, (il est hors de question de louper le bus vu le prix d’entrée du Machu Picchu : quasi 50 euros) sonnent à la bonne heure le matin du départ.

Le secret pour bien vivre cette aventure, c’est de voyager léger. On prend donc l’essentiel et on laisse nos gros sacs à l’hostel (en espérant qu’il ne leur arrivera rien car c’est notre penderie pour un an…). On quitte donc l’hostel pour se diriger au point de rendez-vous. La ville encore endormie nous laisse le temps de penser au trajet qui nous attend et aux différents récits qui nous en ont été fait. À savoir que ça fait un peu peur (on nous a parlé de précipices, de conducteurs un brin fous)… Arrivés au lieu de rendez-vous, un soupir de soulagement se fait entendre à la vue du magnifique minibus Mercedes quasi neuf qui nous attend. En effet, quel intérêt aurait le chauffeur de se prendre pour un pilote s’il ne veut pas l’abimer… On s’installe sur nos sièges et on commence à déchanter. Deux images bibliques sont collées au pare brise. Ce qui donne lieu à une double interprétation : soit le mec espère que Dieu le protège dans le cadre de sa conduite soit le mec est juste un pratiquant qui espère que ses images garantissent le bon fonctionnement de son bus. On penche pour la deuxième interprétation. Mais le coup de massue arrivera quelques minutes plus tard quand arrivé à une station service remplie de minibus, le chauffeur se tourne vers nous et nous dit à tous de descendre pour changer de bus. Et là, on n’y est pas trop gagnants au change. Le bus quasi neuf se transforme en bus quasi bon pour la casse. On comprend alors toute la détresse de Cendrillon au moment où son carosse redevient citrouille… C’est la vie ! On se retrouve donc tanqués au fond du bus avec à peine la place pour nos jambes (enfin, surtout moi, Julie a moins de problèmes). Mais coté conduite ça va, le chauffeur y va tranquilou. Il y a juste le bruit des freins qui est un peu bizarre. Côté paysage, nous voila déjà émerveillés par ce que l’on peut voir.

Après deux heures de trajet, c’est l’heure de la première pause pipi. Cette pause est commune à tous les bus et le magasin présent sur place s’en met plein les poches. Ici, le taux d’inflation est d’au moins 50% sur tous les produits. Peu importe, on se prend un petit café et on accompagne ça d’un paquet de FRAC. Les alentours de ce parking sont plutôt sympas. La ligne de train qui se rend au pied du Machu Picchu passe juste à côté et permet de prendre de jolies photos. Mais la séance photo prend fin car il est temps de retourner dans le bus. Et là, c’est un tout autre trajet qui commence.

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Notre bus est le dernier à quitter le parking. À partir de là, la conduite de notre chauffeur change du tout au tout. La vitesse n’est plus la même, on croise un bus qui vient de crever et on double d’autre bus par l’intérieur des virages. C’est bien simple, on se croirait dans Mario Kart, les cadeaux au bord de la route en moins. Qui plus est il n’y a pas de reggaeton dans Mario Kart… Car on en prend pour nos oreilles ! Tout commence par la chanson Joe le taxi (Joe deviendra le nom de notre chauffeur). Peu après, la catastrophe arrive, on a droit à une compilation de près d’une heure et demie sur les différentes versions de la chanson Despacito (pauvres de nous). On n’a beau ne plus en pouvoir de cette chanson, on ne peut s’empêcher de chanter le refrain. Un peu comme dans cette video tournée par des italiens.

Coté paysage, on en prend plein les yeux. On se retrouve enfin à proximité d’une végétation verte comme on en a pas vue depuis des mois. Par contre côté route, ça fait un peu peur. Le précipice qui longe la route est plutôt impressionnant mais ça reste supportable jusqu’à ce qu’on arrive au sommet du col. A ce moment là, le brouillard est partout. On ne voit pas à dix mètres et le précipice sur le côté parait psychologiquement vertigineux, bien qu’on ne voie rien. En plus de ça, la route n’est pas en super état. Après dix minutes d’angoisse collective on sort de ce satané nuage et tout le monde respire un grand coup. Joe quant à lui retrouve sa fougue et nous entraîne avec lui dans cette longue descente. On subit les virages jusqu’au village de Santa Maria. Rebelote, c’est encore un nouveau trajet qui commence. Le bitume laisse place à une route en gravier qui fait à peine la largeur d’un bus. Cette route ne calme par pour autant les ardeurs de Joe qui continue à doubler par l’intérieur tout en appuyant frénétiquement sur son klaxon. Par contre là, il n’y a pas de nuages et on aperçoit plutôt bien le vide sur le côté. On croise des croix, on croise les doigts. Notre seul réconfort provient de notre paquet de FRAC que l’on mange de manière compulsive. On finit par arriver sains et saufs au village de Santa Teresa où Joe décide de s’arrêter au restaurant de son pote. Une fois Joe rassasié, il est l’heure de repartir pour la derniere ligne droite. Après environ 20 minutes de trajet, nous voilà à la hidroelectrica, fin de la « route ». Une trentaine de bus sont présent ainsi qu’une gare ferroviaire (il est important de préciser qu’on est au milieu de nulle part). Le lieu grouille de monde puisque c’est là que se croisent les gens qui vont, ou sont déjà allés au Machu Picchu. A partir de là, c’est 10 km de marche le long d’une voie ferrée qui nous attendent pour atteindre Aguas Calientes, le camp de base pour monter au Machu Picchu.

Ce chemin est comme un pélerinage, les pèlerins (dont nous faisons partie) marchent chacun dans leurs pensées au milieu d’une forêt à la végétation luxuriante qui laisse entrevoir ce à quoi peut ressembler la foret amazonienne. Il y a même des champs de bananiers ! Au milieu de tout ça, seul le bruit de l’eau et de quelques oiseaux aux couleurs plus qu’incroyables les unes que les autres nous font sortir de notre torpeur. Des tentations s’offrent cependant aux pèlerins. Par ci par là, de petits stands ont poussé le long de la voie ferrée. Leur business est simple: bières et boissons fraîches. Nous arrivons tout de même à barrer le chemin au pêché. Après deux heures de marche, les premiers bâtiments d’Aguas Calientes se dessinent au loin. Plus on s’approche, plus on est abasourdis. Coincée au milieu de cette végétation et de ces montagnes monumentales, une ville relativement grande a réussi à pousser. Il ne nous reste alors plus qu’à trouver un endroit où dormir. Comme à Cuzco, on rentre dans chaque hostel pour demander le prix de la nuitée. Mais entre ceux où il n’y a personne à la réception et ceux où il n’y a que les enfants du propriétaire en train de regarder des dessins animés à la télévision, on se dit que la tâche ne va pas être aussi aisée à remplir que prévue… Finalement, on déniche une ruelle monopolisée par les hostels. Le premier visité fera l’affaite. Le propriétaire nous faisant un prix pour la chambre triple. A savoir 15 soles (un peu moins de 5 euros) la nuit par personne. Juste le temps de poser les affaires et de prendre une douche, nous partons chercher une terrasse où il sera possible de se faire tenter par le pêché couleur or avec des bulles…

On va pas se le cacher, Aguas Calientes n’a rien d’exceptionnel. Tout comme Cuzco, la ville est dédiée au tourisme. Cependant, l’impression n’y est pas la même. C’est peut être lié au fait qu’on savait à quoi s’attendre. Mais, l’ambiance y est plutôt agréable. Qui plus est, c’est un peu un carrefour du monde. Ici, toutes les nationalités sont présentes. Rien de plus normal quand on sait que la NewOpenWorld Foundation a classé le Machu Picchu comme l’une des sept merveilles du monde en 2007. On déniche un bar où le serveur est argentin. Sa volubilité (si propre aux Argentins) nous rend nostalgique de l’Argentine. Dans nos têtes, ça s’éclaircit petit à petit : il est temps de faire demi tour et de rentrer à Buenos Aires.

Les bruits des estomacs commençant à se faire sentir, nous décidons qu’il est temps d’aller chercher un endroit pour manger. On se déniche un petit restaurant dans une ruelle où le repas complet est à 15 soles. La patronne (petite dame volubile, une fois n’est pas coutume chez les Péruviens) est une personne qui fait bien marrer. Bien que la communication ne soit pas facile (on ne se comprend, en fait, pas), le repas est excellent et l’ambiance y est familiale. Qui plus est, il n’y a que des locaux à l’intérieur. Rassasiés, il est temps d’aller au lit car c’est encore une longue journée qui nous attend le lendemain. Les réveils sont prêts à sonner, à cinq heures du matin cette fois…

Réveil matin cinq heures je me réveille pas comme une fleur… On a tous les yeux qui collent mais il faut se mettre en route. Hors de la ville, il fait nuit noire. Seules les lumières de ceux et celles qui nous ont devancées dans cette quête du graal se dessinent dans l’obscurité. Après 15 minutes de marche pour rejoindre le pied de la montée, nous voilà au premier check-point. Contrôle de passeport OK, et contrôle de ticket OK nous autorisent à initier la montée (petite pensée pour ceux qui ne savaient pas qu’il fallait acheter les tickets avant et qui rebroussent chemin pour attendre l’ouverture de la billetterie, après s’être levés à cinq heures du matin… On est vraiment trop désolés pour vous les gars). C’est à partir de là qu’un long chemin de croix commence. 550 mètres de dénivelé constitué seulement d’un escalier de 1900 marches. Mais nous, on a même pas peur, on vient de se faire un stage en altitude d’un mois à près de 4000 mètres.

Une longue file de gens est déjà en route, chacun monte à son rythme. Après quelques minutes, on comprend mieux pourquoi il est préférable de faire ce chemin à l’aube : la montée est raide et on transpire déjà ! Après une bonne heure de marche, le sommet se fait sentir. Ça semble en effet grouiller de vie un peu plus haut. Ce constat sera vérifié quelques marches plus loin. L’escaliser se termine sur une large place. Un troupeau de minibus (qui soit dit en passant appartiennent a un conglomérat americano-chilien) est présent, déchargeant les gens et repartant illico direction Aguas Calientes pour recharger la bête. Derrière ce troupeau, un autre troupeau apparaît, celui des pélerins. Il fait la queue (enfin on parlera plus de tas, un gros tas de gens) pour rentrer sur le site. Le contraste avec  l’heure qui vient de s’écouler dans la montée est saisissant : d’une montée à la sauvage où on entend le piaillement des oiseaux au milieu de la forêt, on passe à l’ambiance d’un centre commercial au moment des fêtes de Noël (moins les chants de Noël, manquerait plus que ça). On rejoint donc le tas. On n’a pas de mal a différencier ceux qui sont montés a pied (ruisselants) de ceux qui sont venus en bus (pimpants). En fait, ça rend un peu triste. Se rendre sur cette merveille devrait être quelque chose qui se mérite pour tout un chacun. D’où un grand coup de chapeau à ceux et à celles qui ne font le trajet qu’à pied, via le chemin de l’Inca.

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Troupeau à l’entrée du Machu Picchu

Après 30 minutes à ruminer dans le tas, nous voilà sur le site. Ce site qui a bercé une  bonne partie de ma vie. Cette photo coupée dans un Geo et collée sur un des murs de ma chambre d’ado. Le rêve devient en somme realité. Et je vais pas vous le cacher, c’est juste hallucinant. Et c’est bien comme cette photo qui tronait fièrement sur le mur de ma chambre. Une fois passée l’émotion d’être sur ce lieu, il est temps de visiter. Je ne vais pas ici m’étendre sur cette visite. Les photos suffisent largement à se faire une idée de la beauté des lieux. Quelques anecdotes sont tout de même à mentionner.

Prend garde à toi ami fumeur et ami pique-niqueur

Ami fumeur, si un jour tu rends au Machu Picchu et que tu montes à pied, allume ta cigarette avant de rentrer sur le site (au risque de noircir tes poumons si propres après cette bonne heure d’exercice). En effet, il est interdit de fumer sur le site (bien qu’il n’y ait aucun panneau qui ne l’indique). Ça a donné naissance à une petite prise de bec avec un guide. De même, si tu as un petit creux, mange avant de rentrer ou ramène avec toi des Snickers. Contextualisation des faits. Avec Julie, on avait très très envie d’un sandwich queso-palta. On s’assoit donc à côte du point de vue pour observer le site du Machu Picchu. On sort le tuperware, l’avocat, le fromage et le couteau. On commence a préparer les sandwichs quand un garde nous saute dessus. Il est interdit de manger des « gros trucs » sur le site (bien qu’aucun panneau ne l’indique), mais seulement des « petits trucs » : il nous cite une « barre Snickers ». Donc, ne sont pas autorisées les miettes de pain, mais les papiers de Snickers, si. Sa description des choses interdites et autorisées nous laisse perplexes : on a envie de lui demander plus de précisions sur ce qu’est un « gros truc » et ce qu’est un « petit truc ». Et la soupe par exemple, ça passe ?

Cette nouvelle interdiction donne lieu à une prise de bec… C’est bien simple, on se croirait revenu aux USA au temps de la prohibition. Ce qu’il faut savoir (qu’on ne savait pas et que les deux personnes citées plus haut n’ont pas trouvé bon de nous dire) c’est qu’il est possible de sortir et de rentrer trois fois sur le site : on est donc pas condamnés à mourrir de faim, on peut manger dehors. Autre alternative, si tu te rends à la Puerta del Sol (une ruine située à 20 minutes de marche du village Machu Picchu mais qui est incluse dans le site), tu pourras fumer et pique-niquer en paix car il n’y a pas de gardes. Mais ça, ça reste entre nous.

Si un besoin se fait sentir, prend ton mal en patience

Quand vous êtes au Machu Picchu, vous aurez vite le temps de vous rendre compte qu’il n’y a pas de toilettes sur le site. D’où cette question à un moment donné : Comment faire ? C’est à partir de là qu’on a su pour ce fameux droit de sortie… Les toilettes se trouvent en fait à côté de l’entrée principale. L’endroit y est noir de monde et préparez vous a attendre un moment. Et surtout, n’oubliez pas de vous munir d’1 sole si vous ne voulez pas passer votre tour (dur souvenir). Au vu du nombre de gens qui s’y rendent, on peut légitimement penser que ce service est une entrée d’argent non négligeable pour le site. Ce qui amène à se poser d’autres questions. Bien qu’on n’ait pas vu grand chose du Pérou, un constat est à faire (partagé par de nombreuses autres personnes avec qui on en a parlé) : le Pérou s’apparente en fait à un gros parc d’attraction. Bien qu’il ne s’agisse pas de la ressource principale du pays (la principale étant l’exploitation des ressources naturelles), le pays connait un boom du tourisme depuis 15 ans. En 2016, 3,5 millions de touristes se sont rendus dans le pays. Le Machu Picchu n’échappe pas à cette explosion. En 2016, 1,6 millions de touristes s’y sont rendus… Ce qui à d’ailleurs amené l’UNESCO a lancer un cri d’alarme quant à l’avenir de ce lieu et à la possibilité de passer le site sur la liste du patrimoine mondial en péril. Le péril ici n’est pas lié à la citadelle à proprement parler (qui est en excellent état) mais à la gestion du flux touristique grandissant. En gros, le nombre de touristes augmente mais peu de choses sont faites pour pouvoir l’absorber. Ainsi, peu de mesures environnementales, de développement harmonisé… sont mises en place. C’est par exemple le cas pour tout ce qui touche à la question de la gestion des déchêts dans la ville d’Aguas Calientes. Qui plus est, quand on sait que le gouvernement péruvien a augmenté le quota d’entrée quotidienne sur le site (passant de 3500 par jour avant le premier juillet à plus de 6000 aujourd’hui) on peut légitimement se demander comment le site et la ville d’Aguas Calientes vont pouvoit ingurgiter cette augmentation… En parallèle, un projet d’aéroport international dans une vallée voisine est en discussion. Outre le fait d’exproprier des petits propriétaires terriens, de nombreux pilotes d’avions s’inquiètent du danger lié à la géographie du lieu… En bref, on peut se demander si l’état péruvien n’est pas en train de se tirer une balle dans le pied… Réponse à ça dans quelques années.

Le chemin balisé tu suivras

Au Machu Picchu, les gardiens sont munis de sifflets et ils sont partout. Ils sont là pour siffler les gens qui tenteraient d’entraver les règles, mangeur de sandwich et fumeur notamment. Mais il existe un autre type de délit : ne pas suivre le chemin fléché. En fait marcher au Machu Picchu, c’est comme se rendre à IKEA. Il n’y a qu’un seul chemin afin d’observer les différentes curiosités… Si jamais il vous prenait l’idée de sortir des chemins battus, attendez vous à vous faire siffler. Ce qui me fait d’ailleurs penser à un autre interdit. S’il vous venait a l’idée de vous poser dans le but de faire la sieste, évitez de la faire allongé : c’est interdit car vous pourriez faire naitre l’idée dans la tête d’autres personnes (je préfère préciser qu’il ne s’agit en rien d’une blague, nous avons été temoin de la scène « Heu mademoiselle, vous pouvez faire la sieste mais assise, merci »).

 

Bien fatigués par cette longue journée qui a commencé aux aurores, nous décidons de redescendre à notre camp de base. Nico quant à lui décide d’aller se faire un petit trek jusqu’au sommet de la montagne… Le soleil tape bien à ce moment de la journée et on compatit pour les rares personnes qui sont sur la route en direction du site. Une fois arrivés en bas, on s’impressione nous mêmes de la montée effectuée le matin même. Après une bonne douche, on décide de partir à la recherche d’un gouter. Notre choix se tourne vers le marché. Comme tous les marchés croisés jusqu’ici, lui aussi possède son comedor. Notre choix se porte sur les sandwichs aux oeufs (on innove). Le marché sera aussi l’occasion de faire des provisions pour le lendemain. Le soir sera quant à lui une répétition de la soirée de la veille. Après une bière, nous retournons chez la petite dame volubile (qui soit dit en passant ne se souvient pas de nous…). Tous bien fatigué, on décide de prendre le chemin de nos lits. Personnellement, je m’endors ce soir là avec des étoiles dans les yeux…

Le lendemain sera l’occasion d’une ultime visite de la ville. Cest aussi l’occasion pour nous de découvrir la gare d’Aguas Calientes, la place centrale de la ville avec sa statue d’Inca et son énorme écriteau, qui vous en jugerez par vous même fait largement penser à l’entrée d’un parc d’attraction. Ce sera aussi l’occasion de mieux comprendre le fonctionnnement de la ville. Ici, un train chargé de victuaille arrive tous les matins. Pour amener les ressources dans les différents points de la ville, il n’y a pas de voiture. Des porteurs s’occupent de ça et enchainant les allers retour entre la gare et les différents point de livraison (chose importante à noter, la ville n’est pas du tout plate…). Ce métier un brin inhumain nous amène encore à nous poser des questions sur les bienfaits du tourisme.

Il est alors temps de retourner à notre point de depart car le départ du bus est prévu à 14h30. Juste le temps de pique-niquer au bord du rio, d’observer une dernière fois cette végétation luxuriante et de voir passer un dernier train que nous voilà déjà arrivés. Il ne nous reste alors plus qu’à trouver notre carosse au milieu du troupeau constitué de bus et de gens. Au final, on le trouve rapidement et on a la bonne surprise de tomber sur le bus mercedes quasi neuf qui nous avait lâchement abandonnés à la station service. Les premiers mètres de conduite nous ressurent. Le chauffeur y va en mode tranquilou. Juste le temps d’une pause pipi dans le restaurant se son pote (qui est le même pote que Joe) que nous voilà déjà en direction de la partie la plus périlleuse du voyage. Mais l’angoisse n’est pas du tout la même qu’avec Joe. Là, pas de dépassements par l’interieur et une utilisation raisonnée du klaxon, en gros il est serein, et nous aussi. Seul bémol, les énormes nuages noirs qui se dessinent au loin. Plus on avance plus on les voit. Au milieu du grand col, le chauffeur s’arrête de nouveau, cette fois pour la pause manger. Un hamburguesa dans le ventre plus loin et un paquet de FRAC en poche, le déluge s’abat sur le restaurant. Peu importe, il faut y aller. Et ce qui était parti comme un trajet agréable se transforme en un trajet angoissant. La pluie ne se calme pas, les nuages sont partout et nous empêchent de voir à plus de 20 mètres. Quand on se souvient de la route à l’aller ça ne rassure pas trop, surtout que le chauffeur décide de ne pas dépasser les 30 km/h et que dans le même temps, on se fait doubler par d’autres bus mais surtout des semis remorques qui vont deux fois plus vite que nous. Le retour dans la vallée est l’occasion d’un grand souffle collectif… Nous arrivons finalement à Ollantaytambo qui constitue la dernière pause avant Cuzco. Nico nous abandonne là. Le périple se poursuit pour lui dans la vallée sacrée. Ce qui donne lieu à une nouvelle scène d’aurevoir et à un nouveau rendez-vous fixé l’année prochaine en France (on en profite pour vous donner son compte Instragram car il prend des photos plutôt sympas). Une heure plus tard, nous voilà de retour à Cuzco pour deux nouvelles journées dans l’ancienne capitale des Incas…

PS : on espère avoir cité les biscuits FRAC assez de fois pour qu’ils nous offrent un paquet, merci. On vous jure que c’est pas du placement de produit, c’est juste qu’on est fans, FANS DE FRAC !

Cuzco, premiers pas au Pérou

Après deux jours ensoleillés à la Isla del Sol, et le retour à notre camp de base de Copacabana, la mission est simple : trouver un bus qui puisse nous amener au Pérou (plus exactement à Cuzco) dans la journée. À peine a-t-on marché cinq minutes que l’objectif est déjà atteint. Départ prévu à 19h (pour une soi disant arrivée à 7h), ce qui signifie environ six heures de temps à tuer. Entre manger, aller boire des cafés pour gratter du Wifi, se balader… le temps passe. Il reste cependant un point essentiel à régler, se préparer un truc à manger pour le long trajet de bus qui nous attend. L’option la plus simple est comme bien souvent le combo sandwich queso-palta (fromage-avocat). Une fois les ingrédients réunis, il ne nous reste plus qu’à les préparer sur la place proche du terminal (avec notre super nouveau couteau acheté un peu plus tôt dans la journée). Alors en plein travail d’équipe pour préparer ce succulent repas, un touriste s’approche doucement de nous (le sac Quechua sur le dos, nous laisse à penser qu’il s’agit de l’un de nos compatriotes). Alors à deux mètres de nous, il décide de lancer la conversation :
« Hola !
– Hola.
– ¿ Comó estan ?
– Bien ¿ y tù ?
– Bien. Euh, ¿ sabes donde hay PAIN ? » (dans le mille…)

On lui explique donc où il est possible de s’en procurer, le tout en français. D’où un théorème très important en voyage : Quechua signifie bien souvent français (avec quelques exceptions tout de même).

Hola Perù !

18h30, il est temps de s’approcher du bus. Et qui dit bus dit film et qui dit film dit grignotage et qui dit grignotage dit pasankalla, cette petite chose savoureuse à base de maïs qui se laisse plutôt bien manger. On décide donc d’en acheter un sac plastique pour le voyage. On en mange quelques uns mais décidons de les mettre de côté pour pas se les enfiler avant même d’être assis à nos sièges. Julie décide donc de fermer le sac plastique tel un coffre fort. Et v’la que je te fais tourner le sac plastique pour expulser tout l’air et v’la que le sac plastique se fend et que tout s’envole pour lamentablement échouer sur la route… Grosse déception ! Nous voilà donc les mains vides sans rien pour grignoter devant le film. Mais la plus grosse déception arrivera bien plus tard quand on se rendra compte que le film tant attendu n’arrivera jamais. Tant pis.

Dans le bus, les voyageurs présents nous laissent entrevoir ce qui nous attend à Cuzco : nous sommes environ 60 et le nombre de boliviens et péruviens ne se comptent même pas sur les doigts d’une main… Le bus démarre et la frontière ne tarde pas à montrer le bout de son nez. Alors pour faire simple, passer la frontière entre la Bolivie et le Pérou, c’est comme sortir d’un supermarché par la sortie sans achat. Les sacs restent dans le bus, un coup de tampon ici, deux minutes de marche pour atteindre le poste frontière péruvien, un autre coup de tampon, et hop, vous voilà au Pérou. Une petite épicerie-bureau de change est placée juste après la frontière. C’est l’occasion pour nous de changer des sous et d’avoir nos premiers soleils en poche (le sol est le nom de la monnaie péruvienne et sol signifie soleil en espagnol). Mais c’est aussi l’occasion de boire la si bien connue Cuzqueña sur son territoire d’origine. Les soleils éclaircissent ainsi notre trajet. Le temps passe vite jusqu’à Cuzco. Rien de plus normal, on arrive deux heures avant l’heure prévue : 5 heures au lieu de 7 heures… Et ça, ça fait mal ! Conséquence directe de ce mensonge de la compagnie, nous voilà obligés de poireauter durant deux heures dans le terminal (qui soit dit en passant grouille déjà de monde) histoire d’attendre le lever du soleil.

À la recherche de l’Hostel pas cher

Histoire de bien commencer cette journée si mal débutée, on s’achète deux cafés, et on en profite pour interroger le vendeur sur le fonctionnememt des taxis ici histoire de pas se faire arnaquer. On se trouve une petite place afin de prendre notre mal en patience. Mais pour le coup, on va pas s’ennuyer. Ici, les rabateurs d’hostel scrutent le terminal tels des chats chassant un oiseau. C’est ainsi que le ballet commmence. Tous proposent des chambres à très bas prix (15 soles au maximum soit à peu près 4 euros). On dit non mais on garde les cartes au cas où. À nos côtés, deux autres mochileras patientent. Ces deux Argentines de Buenos Aires étaient dans le même bus que nous. De fil en aiguille la conversation s’engage, et on décide que l’on partagera le taxi pour se rendre en ville. Le soleil levé, des soleils en poche, il est l’heure de se rendre en ville pour trouver un lit douillet (et si possible économique) pour la nuit. Le trajet permet de se faire une première impression sur la ville. L’architecture y est sympathique et l’ambiance y parait calme. Après 15 minutes de course, le taxi nous jette sur la place aux Armes, si typique des villes sud-américaines. Mais là, il s’agit sans doute de la place aux Armes la plus impressionante que l’on ait croisé durant notre voyage. De par sa taille, elle bat à plates coutures toutes les autres, mais surtout, la beauté des bâtiments qui l’entourent nous laisse bouche bée. On savourera plus tard la beauté des lieux. D’un commun accord, on décide de partir tous les quatre à la recherche d’un hostel, le nombre entrainant souvent une réduction sur le prix de la nuit. On déambule ainsi d’hostel en hostel pour connaitre les prix. Rien ne descend sous les 25 soles. On décide donc de ressortir la carte de l’un des rabateurs histoire de voir à quoi peu ressembler son hostel. Une fois sur la place, le proprio décide de nous faire un prix 10 soles la nuit (soit moins de 3 euros) : vendu ! On va pas se le cacher, à ce prix là on peut pas s’attendre à quelque chose d’exceptionnel.

Première rencontre avec la nourriture péruvienne

La faim se faisant sentir, on décide de partir à la recherche de nourriture. Le marché semble l’endroit le mieux indiquer pour combler ce vide. Et là, on va pas être déçu. Le comedor du marché est gigantesque et l’espace dédié aux petits déjeuners y est impressionnant. Une vingtaine de stands se présentent à nous. Chacun tenu par une petite dame qui te crie dessus menu en main pour t’attirer dans son stand. On baisse les yeux en faisant mine de ne pas s’intéresser à toute cette activité, tout en décidant de s’installer au stand le plus proche. De toute façon, ils proposent tous les mêmes choses à manger. Rassasiés par deux sandwichs palta-queso, on décide de retourner à l’hostel pour faire le check-in. Mais, en sortant du marché, la stupeur s’abat sur nous. En dehors du marché, des petites dames vendent de drôles de petits animaux morts qui ressemblent à des rats. Mais non, il s’agit en faite de cuy (des cochons d’Inde, à prononcer comme un mot vulgaire en français qui désigne l’anatomie masculine). Ces animaux sont très appréciés des Péruviens. On n’aura malheureusement pas la chance d’en goûter : ces derniers sont seulement servis dans des restaurants touristiques à des prix exorbitants. Pour vos faire une idée, c’est comme manger une bouillabaisse à Marseille…

Rentrés à l’hostel, on apprend avec joie que notre acolyte belge Elisa (voir Valparaíso et Vicuña) est-elle aussi à Cuzco. On se donne donc rendez vous en début d’après midi au pied de l’Inca en or situé au centre de la place d’arme.

On arrive en avance (une fois n’est pas coutume) au lieu de rendez-vous ce qui permet de se rendre compte un peu mieux de la dymamique de la ville. Le tourisme est ici omniprésent. On a en fait l’impression d’être revenu à San Pedro de Atacama. Il faut savoir que le centre n’est occupé que par des agences de tourismes, des restaurants, des hotels et des magazins de souvenir. En plus de ça, bien camouflé aux abords de la place, un Starbucks, un McDonald et un Burger King finissent par nous convaincre d’une chose : Cuzco est en fait un gros parc d’attraction. Déçu par ce terribe fait, on voit apparaitre au milieu de la foule Elisa. La Familia Nomada est donc bien présente, et au Pérou en plus de ça.

Avec Elisa, on se rend au marché histoire de gouter aux merveilles culinaires péruviennes. Retour au comedor et même spectacle que le matin : on nous hurle dessus pour  qu’on vienne s’asseoir. Elisa connaissant un peu mieux le marché on se rend dans un stand où elle a déjà mangé. La nourriture est succulente et ce repas est l’occasion pour nous de partager nos aventures respectives. Pour faire simple, on a fait la même chose à sept jours d’intervalle. La seule différence est que pendant que nous allions prendre l’air à Sajama, Elisa elle se rendait dans la forêt amazonienne du côté bolivien. Histoire de conclure ces retrouvailles, un café s’impose. La solution la plus économique s’impose à nous. À savoir acheter un café au distributeur du supermarché le tout accompagné d’un paquet de FRAC (non pas Fond Régional d’Art Contemporain, mais notre coup de coeur du voyage dans la catégorie Biscuits) et d’aller se poser sur la plus grande terrasse de la ville : la place aux Armes. C’est aussi l’occasion pour nous de glaner quelques informations sur le meilleur moyen de se rendre au Machu Picchu et d’apprendre avec joie l’arrivée de Nico (rencontré lui aussi au Nomada) le lendemain. Elisa devant aller remplir sa tâche de volontaire dans un hostel, on en profite pour continuer notre visite de la ville.

La première étape consiste à aller acheter nos billets de bus pour le Machu Picchu mais surtout à nous délester de quasi 50 euros chacun pour avoir le droit d’entrée sur le site. Une fois ces formalités administratives remplies, direction le quartier de San Blas. L’activité touristique y est encore plus importante que dans le reste de la ville. Outre le fait de croiser de nombreuses cholitas accompagné de bébés lamas qui attendent histoire de se faire prendre en photo en échange d’un peu de sous, on arrive dans une rue plus étroite et noire de monde. Au milieu de la foule, outre le fait qu’un mec soit déguisé en Inca, les perches à selfies sont partout. La foule est en fait attiré par une pierre et attend de pouvoir faire un selfie devant. Mais attention, il ne sagit pas d’une banale pierre, il s’agit d’une pierre d’un mur qui possède 12 angles. Elle est le témoin des techniques de construction qu’utilisaient les incas. Jusqu’en 2014, elle détenait le record du monde de la pierre avec le plus d’angles utilisée dans une construction. Pour votre culture général, le record est aujourd’hui détenue par une pierre a 13 angles située à Huancavelica (Pérou).

C’est la guerre pour traverser. On se retrouve dans l’obligation d’attendre que chacun ait pris sa jolie photo. Une fois traversée cette foule, nous pouvons continuer à découvrir ce quartier fait de petites ruelles. Par contre ça grimpe et ça, c’est pas de tout repos. Le soir, histoire de récompenser tous nos efforts de la journée, nous partons a la recherche d’un lieu pour boire une bière fraiche bien méritée. Notre choix se tourne vers un pub situé en bordure de la place aux Armes. On va pas se le cacher, le lieu met un peu mal à l’aise. La terrasse est en fait un mini balcon qui domine la place. Le bar donne l’impression d’être revenu quelques siècles en arrière et on a pas de mal à imaginer quel type de gens pouvaient alors vivre dans ces appartements… C’est bien simple, on a l’impression d’être des colons en train de scruter le petit peuple d’en haut (nous entrain de boire notre bière à 3 euros et en bas les cholitas qui se saignent toute la journée pour ramener ces mêmes 3 euros à la maison le soir). Une bière dans ce lieu nous suffit et decidons d’aller nous « reposer ». Le repos ne va pas être aussi reposant que prevu. Le dortoir donne directement sur la salle commune et nos compagnons ont la bonne idée d’écouter de la musique (très forte et pas géniale) jusqu’à 3 heures du matin. On se lève ronchons et décidons de déménager.

Déménagement express

Sur les bons conseils de Cristina (amie catalane rencontrée à Potosi, puis à Sucre, puis à La Paz, puis à Copacabana…), nous décidons d’aller voir ailleurs : hors de question pour nous de passer une deuxième nuit comme celle là (on a 30 ans nous quand même !)(correction de relecture de Julie : sorry mais moi j’ai 29 ans ok?). Direction le quartier de San Blas pour l’Hospedaje l’Inka (et sa nuit à 15 soles). Le trajet va un peu être un revival de celui de l’Isla del Sol : 45 minutes de marche à travers la ville avec 10 kilos sur le dos avec comme conclusion une montée dantesque. Mais on ne va pas être déçu des efforts consentis. On tape à la porte et le propriétaire des lieux vient nous ouvrir. La porte donne sur une immense terasse qui domine la ville. Cette même terrasse est remplie d’épis de maïs séchant tranquilement. Et cerise sur le gateau, au pied de cette terasse, il y a des oies qui gambadent dans le jardin. Un vrai petit paradis en somme. Côté organisation, c’est pas la même. Mais peu importe, le patron respire la gentillesse.

Les lits n’étant pas prêts, on décide de contacter la Familia Nomada pour de nouvelles retrouvailles. Comme la veille, le rendez-vous est fixé au pied de l’Inca de Oro. C’est comme ça que nous retrouvons Nico qui, après un aller retour express en France de deux semaines, est revenu pour terminer son voyage. La journée est assez similaire à celle de la veille : marcher-marché-manger-café. Petite fantaisie, nous changeons de terrasse. La place d’Armes laisse place à la Plaza Regocijo. Plus petite et plus à l’ombre. Car il faut le savoir, on a beau être en hiver, il fait sacrément chaud durant la journée. Nico aussi se rend au Machu Picchu. On décide donc qu’on fera ensemble ce pélerinage. Après ces quelques heures de repos, chacun reprend le cours de sa journée. Pour nous, il est temps de découvrir notre chambre. L’attente valait son pesant d’or. Les dortoirs sont constitués de vrai lits et cerise sur le gateau, il n’y a que nous dans la chambre. Affaires posées, le soir sera l’occasion d’une nouvelle bière. Cette fois avec Cristina histoire de lui dire au revoir, et rendez vous en Catalogne l’an prochain.

A la recherche du Christ

Cette dernière journée avant le grand départ pour le Machu Picchu est l’occasion d’un dernier repas au marché. On décide d’innover en ce rendant cette fois au marché du quartier San Blas, là où les lamas jouent les agents de sécurité (voir photo). Après un repas colossal, tout le monde décide de rentrer chez soi histoire de faire la sieste. Le rendez-vous est donné deux heures plus tard pour allée voir la ville d’en haut. Un abandon est à noter, celui d’Elisa. En même temps, quand on vient du plat pays on aime pas trop les montées…

L’objectif est simple: se rendre à l’aide de nos jambes jusqu’au pied de la statue du Christ qui domine la ville. J’ai repéré sur la carte comment s’y rendre (normal, je suis cartographe). Nous voilà donc embarqués dans une marche ou le point culminant est une longue montée d’escaliers. Arrivés en haut (exténués) une petite cabane avec une barrière nous barre la route. Le problème est le suivant : on s’est trompé de route. Celle là, c’est pour se rendre aux vestiges de Sacsayhuamán. Le prix pour y aller nous calme direct : c’est pas que se soit cher mais apres s’être délestés de 50 euros deux jours plus tôt pour acheter le ticket d’entrée du Machu Picchu, on n’a pas envie de rallonger… Nous voila donc à rebrousser chemin et à redescendre ces escaliers si durement montées. La question qui se pose désormais est : comment se rendre sur place ? On demande donc au premier badot que nous croisons. Voilà son expliquation : « C’est par là bas, à un moment vous tournez à gauche et vous serrez sur un petit chemin qui traverse la forêt ». Merci pour l’information. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Pérou ou en Bolivie, quand vous demandez une information pour trouver votre chemin, la personne vous indiquera toujours vers où aller bien que souvent ils ne sachent pas par où aller… Bref, on se débrouillera seuls. L’idée de toute façon c’est de monter. On déniche donc un superbe escalier dont on ne voit même pas le sommet et qui en plus de ça est très pentu. En voiture Simone (enfin, à pieds Simone). Une fois en haut, on débouche sur une petite clairière au milieu de laquelle broute un lama. Vision surréaliste… Dans le même temps, un mec nous double et nous indique qu’on est sur le bon chemin. Ce « Huggy les bons tuyaux » péruvien se rend, lui, sur le site des vestiges dont on s’est fait « refouler quelques minutes plus tôt ». Il connait LE passage secret de ouf pour pouvoir s’y rendre sans payer. On décide de le laisser seul dans son aventure. Nous arrivons finalement au pied du Christ. Il y a foule. De nombreux bus touristiques s’enchainent pour déverser leur lot de touristes. On se creuse un chemin. On évite les perches a selfie, on se baisse pour ne pas gâcher les photos, on évite la cholita avec son lama… On arrive finaleme à la barrière pour regarder la vue. Et là, on n’est pas deçus : le mirador offre un point de vue mémorable pour observer la ville et sa grandeur. Qui plus est, on peut observer de loin les vestiges de la ville. En outre, qui dit touriste dit marché artisanal. Ce sera donc pour moi l’occasion de m’acheter mon premier souvenir du voyage : un magnifique portefeuille Cuzco bicolore imitation cuir avec des poils imitation lama sur le côté.

Après quelques photos, il est temps de redescendre en ville avec comme idée d’aller boire une bière. On décide donc d’emmener Nico dans notre repère de colons… La bière terminée, il est l’heure de rentrer chacun chez soi histoire de dormir. Le réveil sera matinal le lendemain. Rendez vous est fixé à 7h30 afin de se rendre au majestueux Machu Picchu…

Jours de paresse à Copacabana , le lac Titicaca et la Isla del sol

Copa, Copacabana… Bon, la chanson parle plus de Cubaines se trémoussant en robe fendue dans les bars chauds de la Havane que des cholitas louant des bateaux canards sur les rives du lac Titicaca, mais peu importe : personne ne maîtrise son jukebox interne, et, une fois à Copacabana, la chanson nous est resté coincée quelque part entre le lobe frontal et l’hypothalamus pendant 4 jours, au grand regret de notre entourage. Pour ceux qui voudraient se mettre dans l’ambiance du moment :

Copacabana, la Bolivia súper linda !

Le trajet est déjà charmant : depuis La Paz, exit les maisons de bric et de broc et bonjour les lamas, les vaches, les collines vertes et le lac scintillant… Pour limiter les détours, le bus prend un raccourci aquatique : au milieu du trajet, on franchit un bras de mer (enfin, de lac) sur un ferry pour une petite traversée de quelques minutes. Sur le bateau, on retrouve nos amis José, Romain, Vincent, Juan, Cristina, Fernanda, déjà croisés à Potosi, à Sucre, à La Paz… Et qu’on recroisera plus tard, mais ça, on ne le sait pas encore !

On dort tous dans le même hostel, le moins cher du monde (non, on n’exagère jamais) à 15 bolivianos (environ 2 euros) pour des chambres privées. À Copacabana, il n’y a pas énormément de choses à faire, alors on reste sur nos classiques : manger au marché (miam la découverte de l’espace cafétéria pour le petit déjeuner, café et sandwich aux œufs), se balader en admirant les pulls lamas tout en fuyant les propriétaires de boutique (“Hola ! Que van a llevar?” Réponse : “Rien, rien, laisse moi tranquille !”). Je me fais une copine vendeuse de laine, qui me suggère de lancer un business tricot en Argentine avec import de laine bolivienne. On marche le long de la rive, on admire le Pérou, juste en face, on boit une bière au coucher du soleil en admirant les bateaux canards… On monte aussi au mirador (enfin, Roro y rampe, il a des vertiges en altitude). Et bien sûr, on se fait des copains chiens (Sac à Puces, si tu nous lis, on pense à toi!).

Pour résumer, Copacabana, c’est un genre de station balnéaire, mais en petit et paradisiaque. Et puis, être sur les rives du la Titicaca, ce nom qui nous a tous fait marrer en géo en CE2, ça fait quand même quelque chose…

Copacabana vue depuis le mirador

Copacabana vue depuis le mirador

Par un miracle fou, nos errances hasardeuses nous conduisent toujours à nous trouver au bon endroit, au bon moment. C’est ainsi qu’on assiste à une coutume étrange : la bénédiction du minibus. Ça commence par un minibus (forcément) garé au bord de la route qui longe la plage. Il est décoré de fleurs, de guirlandes et autres choses brillantes et colorées. Une famille en descend : enfants, parents, grands parents, une dizaine de personnes se dégourdissent les jambes près du véhicule. Soudain, on aperçoit un prêtre qui agite un encensoir (j’ai appris au passage le mot encensoir) dont sort de la fumée. On comprend alors que ce n’est pas une famille en vacances qui se dégourdit les jambes, mais une famille venue d’une autre ville pour faire bénir son minibus à Copacabana, célèbre pour ce genre de coutume. La cérémonie dure une dizaine de minutes : l’intérieur est béni, puis l’extérieur, et enfin chaque membre de la famille, un par un. La bénédiction terminée, toute la famille remonte en voiture et regagne ses pénates, rassurée.

Bénédiction de voiture à copacabana en Bolivie

Dans les bus – comme partout en Bolivie d’ailleurs – la religion est essentielle ; il y a presque toujours des images religieuses plus ou moins nombreuses accrochées au rétroviseur. On ne sait pas trop si ça devrait nous rassurer ou nous paniquer – on espère que le type combine la technique “Dieu” avec la technique “je conduis pas trop vite et je fais attention”. Mais à l’observation, je crois que les chauffeurs boliviens ont une confiance très forte en la technique « Dieu », au grand regret de notre petit coeur qui bat très, très vite sur les routes boliviennes.

Après ces quelques jours en chanson (Copa, Copacabana, des fois que vous ayez réussi à la zapper), on repart pour d’autres horizons : on prend la mer (enfin, le lac!) pour aller s’isoler quelques jours sur l’Isla del Sol

La Isla del Sol, et le gran fuego

La Isla del Sol, ou île du soleil, porte bien son nom : c’est une île, et il y a du soleil. Sur le bateau, on re-rencontre l’équipe internationale : José l’Uruguayenne, Romain et Vincent les Français (en PVT comme nous), Juan et Fernanda les Colombiens, Cristina la Catalane, Diego et Fakou les Argentins, Rafaela la brésilienne. Comme c’est la douzième fois qu’on les croise, d’un commun accord tacite, on décide de se parler, mais pour de vrai : de fil en aiguille, on décide de faire un gros campement de la joie tout en haut de l’Isla del sol, et de faire aussi un grand feu, et de capturer et manger des canards (projet auquel personne n’a jamais cru, mais qui nous a beaucoup fait rire).

Le bateau accoste sur l’île, on fait quatre mètres, et on s’assoit boire un maté : en même temps qu’on découvre nos nouveaux copains, on (re)découvre le concept d’inertie de groupe… Bien agréable quand on est sur une île paradisiaque. Et puis, il faut rassembler nos forces : pour accéder au village de l’Isla del Sol, Yumami, il faut grimper un graaaand escalier, qui fait un peu peur, tant par son aspect que par sa réputation auprès des voyageurs qui l’ont foulé (ils l’ont tous trouvé très, très fatiguant).

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut retourner un peu en arrière. Quand on est arrivés à Copacabana, on n’avait pas fait quatre mètres qu’on était déjà morts de fatigue. “C’est l’altitude”, avons-nous pensé. Plus tard dans la journée, à l’épicerie, on engage la conversation avec l’épicier (on aime bien discuter, même si les Boliviens, moins), et on lui demande à quelle altitude est Copacabana. “1 800 mètres » nous répond-il. D’un coup, on se sent un peu bêtes : jusque là, on avait l’excuse de l’altitude, mais il semble qu’on ne puisse plus le nier : pour être fatigués comme ça a 1 800 mètres, on a la forme physique de molusques grippés (je ne sais pas ni si les molusques sont des animaux musclés, ni si ils peuvent attraper la grippe ; mais vous voyez l’image, quoi).

Donc, quand on apprend que la plupart des voyageurs qui vont à l’Isla del Sol laissent leur gros sac à l’auberge pour ne prendre que l’essentiel, terrorisés par le sus-cité graaaaand escalier, on hésite ; mais on décide finalement de tout prendre, au-cas-où-on-sait-jamais-des-fois-que, pour une raison obscure on soit super pressés en revenant de la Isla del Sol, ou qu’on ait besoin de l’intégralité de nos vêtements et de sept livres chacun pour camper deux nuits. Bref, on est cons, mais surtout super fiers : nous les Savoyards, on va pas se laisser intimider par un escalier, si graaand avec plein de « a » soit-il, à 1 800 mètres d’altitude.

Sauf que, une fois avec nos sacs sur le bateau, on apprend que Copacabana (et donc le lac Titicaca, et donc la Isla del sol) n’est pas du tout à 1 800 mètres, mais a 3 800 mètres : youpi, on avait le droit d’être fatigués ! Mais aussi youpi, on va grimper le grand escalier en plein soleil avec 10 kilos sur le dos ! Et youpi, l’épicier s’est bien moqué de nous – ou alors on a rien compris, ce qui est bien possible, car même si on commence a bien gérer la langue de Cortazar, on ne comprend pas tout : très régulièrement, avec Roro, on passe le même moment avec les mêmes gens… Et on en sort avec des versions complètement différentes de ce qu’il s’est dit :
« C’était trop bien quand Jorge racontait ses vacances à Cuba avec sa copine, non ?
_ N’importe quoi, il disait qu’il y avait des promos sur le steak haché chez Dia ! »

En tout cas, yes we can, et yes we did : on a cru y laisser notre vie et notre dignité (à se faire dépasser par des cholitas de 50 ans qui portent, elles, 20 kilos sur le dos sans broncher) mais on s’accroche, et on vainc l’escalier de l’angoisse. Et ça vaut un million de fois l’effort, car non seulement cest beau, mais en plus il y a des ânes et on est avec des gens trop chouettes : what else, che ? (Georges Clooney onda Argentina).

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Les copains du campement de la joie #1

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Les copains du campement de la joie #2

camping à l'isla del sol en Bolivie

Vue depuis la tente

Une fois notre tente montée (trop facile, on est des pros), c’est parti pour l’aventure : on se balade, on fait des feux de camp, on admire la vue sur le lac. On parcourt l’île, on monte et on descend (enfin, pas trop non plus, car l’ennui de l’île, c’est que quand tu descend, il faut remonter, et ça fait mal aux jambes), et on n’est pas déçus : végétation, animaux, eau bleu pétant, tout est paradisiaque. Le tour de l’île est fait rapidement : la moitié est fermée, à cause d’un conflit entre la communauté du Nord et celle du Sud, qui se disputent les bénéfices du tourisme. Après Sajama, encore un exemple des ravages du tourisme effréné sur les relations entre les gens…

En bas de l’île, sur la plage, les bateaux accostent toute la journée avec des vivres. Les quelques habitants qui n’ont pas d’âne en louent pour monter la marchandise : c’est très pentu et il fait très chaud, même en hiver. En remontant depuis la plage, on fait un bout de chemin avec une habitante de l’île : elle fait une pause à l’ombre, on la double, on fait une pause à l’ombre, elle nous double, jusqu’à ce qu’on se retrouve à l’ombre pour discuter. Elle a une épicerie tout en haut. L’île est si abrupte que, malgré la proximité entre le bas et le haut, elle ne descend pas souvent : une fois par semaine et, le reste du temps, elle se fait monter des marchandises avec un âne (même concept qu’Amazon, voyez, sauf que les drones sont remplacés par des ânes). La vie de l’île semble tranquille, agréable, lente ; le relief et l’altitude, difficiles pour le corps, apprennent aux êtres humains à respecter la supériorité de la nature sur leur propre rythme, et à se déplacer doucement et patiemment. Dans les pentes de l’Isla, on ne peut ni courrir, ni abandonner : il faut de la constance et de la confiance.

Comme on est dans la nature, on se fait aussi des copains animaux : Rocky le chien, et les ânes, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. On rencontre aussi un lama méchant, fourbe et sournois, qui crachera sur toutes les tentatives d’approche qu’on fera.

Au moment où on est sur l’île, c’est la Saint-Jean : on est donc parfaitement dans l’ambiance avec un projet de gran fuego. L’ennui, c’est que l’île est surtout occupée par des buissons bas bien verts à cette saison (c’est l’hiver), des eucalyptus, et pas grand chose d’autre : autrement dit, même si l’on s’y met à 10, une heure de ramassage de brindilles peut nous fournir de quoi faire un feu de camp pour tout au plus une dizaine de minutes. Heureusement, on a des ressources humaines : quelques uns finissent par trouver un tronc, énorme et presque sec. Ils demandent à un homme qui passe par là si ils peuvent le prendre, et l’homme leur dit oui : c’est la Saint-Jean et tout, tout, tout, tout bois doit brûler.

Une fois le gros (et lourd) tronc ramené, un autre homme passe par là, et décrète que l’on a volé le tronc. Les garçons tentent d’expliquer qu’ils ont demandé, certes, peut être pas à un propriétaire, mais comment trouver le propriétaire d’un tronc au milieu de la foret ? Bref, le peleador del tronco (le « relou du tronc », pourrions-nous traduire) est catégorique : le tronc doit retourner là d’où il vient. Sauf qu’après un aller avec le tronc (lourd, je rapelle) sur l’épaule, personne n’est trop motivé à refaire le chemin en sens inverse : on lui propose de le ramener le lendemain. La discussion s’éternise donc, mais le Peleador del Tronco, à force d’abnégation, obtiendra gain de cause, et le tronc sera reposé… Heureusement, le Peleador n’était roi que d’un tronc : on en avait un autre en réserve !

Arrivé la nuit, on se met donc à notre grand feu : il est grand, il pique les yeux. Tout ce qui est brûlable y passe : tronc, bois, brindilles. On découvre au passage « la magie », les feuilles d’Eucalyptus séchées qui brulent en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. On passera la moitié de la soirée à aller en chercher dans la forêt et a les lancer sur le feu en criant, yeux écarquillés : « la magia ! « . Seul fait à déplorer, on a oublié d’acheter des trucs à manger pour faire cuire au feu : comme on se sent toujours pas trop d’aller chasser le canard, on se contentera donc de faire griller des rester de pain et de les tartiner de reste de dulce de leche. Mais peu importe : quel que soit l’âge et le contexte, un grand feu, c’est toujours génial.

Et ça, les Boliviens l’ont bien compris : alors que nous admirons notre gran fuego, c’est la semaine de la Saint-Jean, soit la fête du feu. De jour, la coutume est donc de parcourir l’île en allumant des feux dans les buissons (qui font beaucoup de fumée mais ne brûlent pas grand chose, étant donné que nous sommes en hiver). De nuit, ça devient plus sérieux : plusieurs feux sont allumés tour à tour dans la montagne, jusqu’à avoir un cercle de feu. Une fois terminé le cercle de feu, tout le monde va se coucher. Autant dire, une période de rêve pour les fans de feu, et le paradis pour les pyromanes.

Certains prennent la tradition (ou l’addiction au feu) très au sérieux : alors qu’on était près de notre feu, quelques jeunes sont arrivés avec, à la main, des énormes branchages secs, et nous ont demandé l’autorisation de les faire brûler ; sans beaucoup parler, nous avons tous regardé fascinés les flammes manger tout ça. Après, ils sont partis : leur mission était accomplie.

Feu de camp sur l'isla del sol

Feu de camp (oui, on voit rien car non, j’ai pas un téléphone de fou furieux qui prend des photos la nuit, voilà)

Voilà, tout ça était très chouette mais avec Roro, on lâchera le concept camping dès la seconde nuit ; il fait méga froid et comme on est des campeurs du dimanche ça fait six mois qu’on voyage pour deux mois (plan initial), on n’avait pas trop prévu de sac de couchage pour l’hiver : le nôtre va jusqu’à 15°C, alors qu’il fait genre 5°C la nuit. Mais on y est gagnant : on négocie avec les propriétaires super gentils d’un hôtel le prix d’une chambre double avec salle de bain privée (on laisse la trousse de toilette à côté du lavabo, luxe ultime !), et, nous qui voulions voir le lever du soleil, on est servis : on n’a même pas besoin de sortir, juste à se redresser sur nos oreillers. Et il y a même des patates qui sèchent sur la terrasse ce qui, vous en conviendrez, ajoute un cachet certain. Bref : c’est le paradis fait île.

Petit déjeuner depuis le sommet de l'isla del sol

On a déserté le camping… Et on se permet un petit déj dehors : pas horrible horrible comme décor

Pourtant, comme le paradis n’est jamais éternel dans ce monde de brutes (n’en déplaise aux religieux, je n’y crois pas une seconde que tu puisses lire des bouquins au soleil et en maillot de bain pour l’éternité après la mort, sinon ça nous ferait pas si peur), il nous faut quitter la Isla del Sol, notre hôte-cultivateur de patates, Rocky, le feu de camp et le Lama Méchant, pour retourner sur le continent et continuer notre voyage, en direction de Cusco, Pérou !

Sajama, le paradis des lamas

Sajama, ça se mérite : trois bus, une journée de voyage sous le signe de l’incertitude : va-t-on, où pas, arriver à accéder à ce bout du bout du monde, ce village coincé entre le volcan éponyme et la frontière avec le Chili ? On espère secrètement que la réponse soit “oui” : c’est pas qu’on soit des fénéants, mais l’idée de tourner en rond, à pied, à 4300 mètres d’altitude avec des sacs de 10 kilos sur le dos, nous enchante guère.

Voyageur, sois en bien averti : pour y accéder, demande conseil, mais méfie toi de l’assurance bolivienne. Au terminal de La Paz :
“Bonjour Monsieur ! Une question, si on prend le bus pour aller à Oruro et qu’on descend à Patacamaya, depuis Patacamaya, il y a des bus qui vont à Sajama ?
– Mais bien sûr ! Toutes les heures.
– Ha, parce qu’on nous a dit qu’il y en avait qu’un seul par jour ?
– Non, il y en a plein, plein ! Allez prend mon bus, ça fera 40 bolivianos s’il te plaît.”
Arrivés à Patacamaya : il y a un seul bus dans la journée, qui part entre 11h et 13h. Sauf qu’aujourd’hui c’est samedi, et que le samedi, c’est sopa de maní (on est en Bolivie, ça existe pas les raviolis), mais c’est surtout feria (grand marché) à Curahuara de Carangas, donc le bus va seulement à Curahuara de Carangas, mais tout le monde nous affirme que là-bas il y a des bus, plein, une tonne de bus, qui vont à Sajama. On n’a rien à perdre, à part notre temps, donc on saute dans le bus – et vas-y les flamands roses, les roches ocres, les ríos et les champs à perte de vue… Une fois à Curahuara de Carangas, on pose le pied par terre et une dame nous saute dessus : “Sajama, Sajama ?” Oui ! Il reste deux places (soit, en la Bolivie, l’espace pour quatre personnes), alors en minibus, Simone. On apprendra plus tard que c’était le dernier de la journée, et c’est ainsi qu’à Sajama, on apprend à ne jamais, jamais faire confiance aux indications de l’autochtone qui nous vend un truc, tant qu’on n’a pas recoupé les sources.

Le minibus est rempli d’habitants de Sajama qui rentrent des courses du samedi : hommes à l’arrière qui mangent des pasanqualla, femmes devant qui savourent des cornets de glace. C’est petit, et propice à la curiosité : pour une fois, les rôles sont inversés et on est questionnés sur ce qu’on fait là, où on va. Je crois qu’ils se moquent même un peu de nous, en aymara (une langue locale, autant vous dire qu’on ne comprend pas grand chose). Ça fait du bien de voir une Bolivie un peu joyeuse, moqueuse, rieuse et solidaire – du moins en apparence.

On arrive après quelques heures de bus, et la, on n’est pas déçus. Sajama, c’est un peu comme le paradis perché à 4300 mètres d’altitude : des énormes steppes claires, des volcans enneigés, des geysers et des eaux naturellement chaudes, et un petit ruisseau autour duquel vivent lamas, vigognes, alpagas, autruches… Et pumas ! Le village en lui même est petit et désertique : des maisons basses, des routes en terre et l’immensité de la nature tout autour.

Place centrale de Sajama

Arrivée à Sajama

Malgré ce décor idyllique, on comprend peu à peu la dynamique du village, divisé par le tourisme. En effet, la propriétaire d’un comedor (sorte de cantine) nous raconte que, lorsque les premiers voyageurs s’y sont aventurés, ça a été une bénédiction pour ce petit village qui vivait péniblement de l’élevage de lamas : chacun a commencé à avoir un petit hospedaje (hébergement), une tienda (épicerie), ou un comedor. Les habitants hébergeaient les touristes chacun leur tour, se partageant ainsi les gains. Jusqu’au jour où l’un des villageois a voulu plus que les autres – du moins, c’est comme ça qu’on nous la expliqué au village – et à commencé à monter les prix de son hospedaje, à s’agrandir et, surtout, à se mettre sur Internet : il est donc, au vu de la toile, le seul hébergement existant à Sajama. Au départ, ce propriétaire a embauché des gens du village pour faire le ménage, la cuisine… Dont la dame qui nous raconte cette histoire. Mais elle a vite arrêté de travailler pour eux : d’après elle, on lui demandait de faire la cuisine avec des produits de qualité médiocre voire périmés, dans le seul but de gagner un peu plus d’argent, au détriment d’un travail bien fait. On ne citera pas l’hotel en question (en même temps, c’est pas très difficile de le trouver), car on n’a aucune preuve de ce qu’on nous a raconté ; c’est simplement un autre témoignage, comme on en a beaucoup rencontré lors de ce voyage, qui montre à quel point l’arrivée soudaine d’un tourisme sans contrôle brise les équilibres locaux et engendre des conflits.

Voilà pour l’histoire de Sajama ; ça en reste pas moins la plus belle étape que l’on ait faite pendant ce voyage, magnifique tant en termes de nature que de relations humaines. Pour la premiere fois en Bolivie, nous nous sommes sentis accueillis : la curiosité était réciproque. Et il est impossible de s’y ennuyer : geysers, eaux thermales, mirador (4550 mètres : autant vous dire qu’on a cru mourrir 22 fois avant d’atteindre le sommet, surtout Roro, qui mâchait compulsivement de la coca), petits et grands animaux tous plus mignons les uns que les autres…

Note aux tenants d’un blog/Instagram/Facebook : bien qu’il n’y ait pas Internet à Sajama, c’est le moment de prendre des photos, car le lama, c’est une croissance des like assurée ! Peut-être même plus que les petits chats…

On quitte Sajama la larme à l’oeil. Glacée, la larme, car le bus est à 6h du matin (youpi!) et il y fait un froid de désert, un froid qui bat à plates coutures tous les froids que j’ai ressentis jusqu’alors. Alors on se serre les coudes et les corps, et surtout, on danse assis sur la musique (Pink Floyd à 6h du matin, le chauffeur a du goût), histoire retrouver ses orteils vivants au prochain arrêt. Après 4h de voyage qui se transforment en 8h, on retrouve La Paz épuisés… mais ravis !

Sucre et La Paz, les capitales

“Mais”, vous dîtes-vous, pourquoi donc “les capitales” ? Parce que la Bolivie fait partie de ces pays à deux capitales. Si La Paz est le siège du gouvernement et la ville où on trouve la plupart des services, Sucre est l’ancienne capitale administrative (le siège du gouvernement a été transféré à La Paz en 1898) et reste la capitale constitutionnelle ainsi que le siège de la cour suprême bolivienne. Et les habitants de Sucre (les Sucreños?) En ont un peu ras le bonnet que les Paceños se la racontent avec leur surpopulation et leurs téléphériques à 3660 mètres d’altitude, alors ils l’affirment haut et fort : ici a été signée la constitution bolivienne !

Pourtant, aujourd’hui, Sucre n’a de capitale que le nom : c’est petit, c’est mignon et tout calme, rien à voir avec l’idée qu’on se fait d’une capitale. La plupart des Boliviens rencontrés nous demandent ce que nous avons, nous, les étrangers, à adorer Sucre : “Il n’y a rien à y faire !” Et ben justement… Il n’y a rien à y faire : on peut s’y adonner à l’oisiveté au soleil sans même une once de culpabilité…

Sucre : les días du nada

C’est ainsi qu’à peine arrivés à à Sucre, on pose nos sacs à l’auberge 7 Pata, et on labellise notre séjour días de nada : jours de rien, jours de vide, jours de grève. Non, rien de rien, on ne fera rien, si ce n’est paresser au parc, manger au Patio de la Comida situé dans le parc, profiter de la belle tour Eiffel en plastique qui y trône, se prélasser sur la place d’armes, regarder les dames vendre des ballons, prendre un coup de soleil, manger au mercado central, paresser devant le mercado central et regarder une dame faire du fil de laine, grimper en haut de Recoleta, manger au mercado campesino, regarder les mômes jouer au foot, manger des tawa-tawa et des papas rellenas, lire au parc, lire au soleil, lire à l’auberge. Bref… profiter du sel de la vie à Sucre – désolée, il le fallait.

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Zèbres chargés de la circulation

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Notre amie Cristina adore sa tarte au citron

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Scène d’amour, à la vie à la mort, au marché de Sucre

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Mercado Campesino de Sucre

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Place d’Armes de Sucre

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Un marché trouvé au détour d’une erreur de bus…

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Le mercado campesino vu d’en haut : des kilomètres de fruits, de viande, de fromages…

La Casa de la Libertad : initiation à la politique bolivienne

On fait quand même nos devoirs de touristes et on visite un de seuls endroits visitables de Sucre : la Casa de la Libertad, là où est conservée, dans un pupitre ornée d’or, la constitution bolivienne. On y apprend grandes lignes et anecdotes de l’histoire bolivienne, qui nous permettent de mieux comprendre le pays – je vous livre ci dessous quelques éléments.

D’abord, nous y avons découvert l’existence de Juana Azurdy, une révolutionnaire bolivienne morte dans l’oubli le plus total, mais aujourd’hui considérée comme une figure de la libération du pays. Dans un pays considéré en 2013 comme “le pire d’Amérique Latine” en terme de violences faites aux femmes par certaines ONG (ça se discute, la Bolivie n’en a malheureusement pas le monopole), il est franchement intéressant de voir trôner le portrait d’une femme guerrière au côté de ceux des généraux…

Ensuite, sachez que depuis l’indépendance du pays en 1925, on décompte 80 mandats présidentiels différents (soit une moyenne d’un peu plus de deux ans par mandat) : ce chiffre vertigineux donne une idée de l’instabilité politique du pays. Et si on y ajoute les conflits externes (avec le Chili, le Pérou et le Brésil), on peut dire que la Bolivie est un pays agité…

Parmis les conflits les plus vivaces, il y a celui lié à l’accès à la mer (enfin, l’océan, mais tout le monde dit “el mar” ici), qui fait du Chili et de la Bolivie les pires ennemis – ils ont d’ailleurs officiellement rompu toute relation diplomatique en 1962. En effet, la Bolivie n’a pas d’accès à la mer : elle l’a perdu suite à la guerre du Pacifique, en vertu du traité “de paix et d’amitié” (oui oui) signé entre les deux pays en 1904. Depuis, la Bolivie cherche à tout prix à récupérer ce territoire qui, en plus d’être riche en ressources, facilite grandement l’exportation des produits (les exportations boliviennes coûteraient environ 55% de plus que les exportations chiliennes !). Donc, en Bolivie, le militantisme pour récupérer la mer est quotidien : à La Paz, on voit régulièrement de grandes affiches sur lesquelles il est écrit “La mer est bolivienne”. Il existe un “jour de la mer”, le 23 mars, qui est chaque année l’occasion de rapeller que la Paz aimerait bien avoir un accès à l’eau. Cette obsession peut paraître à la limite du comique ; mais à toute fin utile, sache, futur voyageur, qu’on ne fait pas de blagues sur la mer : on a testé, et ça les fait pas marrer, les Boliviens.

Parenthèse : au vu de leur comportement politique, les Chiliens sont victimes d’un vrai racisme en Amérique latine : ils sont détestés, et pas seulement en Bolivie, mais aussi au Pérou (à qui ils ont aussi pris du territoire à la fin de la guerre du Pacifique), en Argentine (entre autres pour avoir soutenu l’Angleterre lors de la guerre des Malouines). À Cusco, on a assisté à un match de foot Allemagne-Chili : les Péruviens supportent l’Allemagne… Impensable de soutenir leur voisin ! Un Chilien rencontré au Pérou nous a même raconté qu’une Péruvienne avait refusé de lui vendre un paquet de biscuits… sous prétexte qu’il était chilien. Alors certes, le Chili n’a pas soigné sa réputation auprès des voisins, entre pillage de territoires et politique conquérante ; mais comme nous disait ce Chilien, “C’est pas de notre faute, ce sont nos gouvernements ; et ce qui a décidé sous Pinochet, on n’avait pas vraiment le contrôle dessus. Nous aussi on a eu notre dictature et c’était pas rigolo !”.

Au niveau de son gouvernement (président Evo Morales, gauche paternaliste), la Bolivie se démarque de ses voisins par une vraie reconnaissance des peuples dits “originaires” des Andes (au niveau du terme à employer, on marche sur des oeufs) : le drapeau qui représente ces peuples, la wiphala, flotte depuis 2010 aux côtés de celui de l’état bolivien, qui a été rebaptisé la même année État pluri-national de Bolivie. Si c’est plutôt une bonne nouvelle – au moment où les Mapuches au Chili et en Argentine se battent pour garder des bouts de terrain – cette reconnaissance amène aussi son lot de conflits : car ce drapeau met sur le devant de la scène les peuples andins (et notamment les Aymaras), laissant de côté les autres peuples originaires de l’est bolivien.

Quelques jours sucrés nous suffisent pour reprendre un peu d’énergie ; c’est ainsi qu’on saute dans un bus de nuit, direction La Paz !

La Paz, culture et politique boliviennes

Haaa, les bus en Bolivie… Erreur de débutant : choisir les sièges de devant (“Ha, ils sont encore libres ? Chouette, comme ça on verra la route défiler et on pourra faire semblant de conduire !”), car tu vis 12 heures de ta vie avec l’impression que la mort est au bout du virage, littéralement. Au moins, si tu te mets au fond, tu cours les mêmes risques, mais tu t’en rends pas compte et tu peux dormir tranquilou en attendant la grande faucheuse. Bref, ça fait peur, quoi, on dort pas grand chose et on arrive à 6h du matin, on est fatigués et de mauvaise humeur, on s’engueule sur une sombre histoire dont je ne me rappelle même plus l’origine, mais qui doit être quelque chose du genre “Nan mais c’était hyper irrespectueux la manière dont tu viens de cligner des yeux”. Notre problème, c’est qu’on est comme les enfants : si on dort pas, on est ronchons.

Une fois trouvé l’hostel et prise la magique douche qui guérit tout, nous voilà donc prêts à affronter La Paz, où on continue dans l’énergie des dias du nada, mais en plus actif : on est dans la capitale, quand même. On retrouve le dynamisme lié à l’altitude (3 pas en montée = tu t’assois dix minutes par terre histoire de reprendre ton souffle), et les cafés en terrasse – enfin, le café en terrasse, il y en a un et il s’appelle Alexander coffee. C’est décidément pas dans la culture bolivienne d’aller boire des cafés en terrasse, mais on en a quand même très envie, alors on va se mêler à la haute bolivienne et aux touristes de la terrasse.

On profite d’être à la ville pour faire un bain de culture : les bons films de la Cinemateca boliviana, le musée d’ethnologie où on a le plaisir d’apprécier une collection de bonnets (oui, c’est pas un cliché : en Bolivie, le bonnet c’est très important).

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La Paz vue du téléphérique

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La Paz vue du téléphérique

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El Alto : la commune qui surplombe La Paz

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El Alto

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Dans le téléphérique

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La Paz vue de El Alto

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Près du marché

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El Alto

Au rayon coïncidences

Un matin, on arrive au café, on se prépare à s’installer quand Romain, debout sur la terrasse, écarquille les yeux et montre fébrilement l’intérieur du café du doigt, en articulant :
“OH… Regarde !!”
Moi, moralisatrice :
“Roro, on ne montre pas du doigt, enfin!”
Roro, qui me saisit par le bras et répète :
“Mais… Mais… Regarde !”
Je me tourne vers la vitrine, et qui vois-je ? Marco, notre ancien chef de l’hostel Nómada de Valparaiso, qui boit tranquillement son café. Je crois bien qu’en le voyant, je prononce le vilain mot qui commence par un “p” (je le raconte comme ça pour le style mais tout le monde, sauf ma maman, sait que je le dis tout le temps). On va pas vous refaire un couplet sur les coïncidences un peu fofolles du voyage, mais dans une région métropolitaine de 2,3 millions d’habitants, sur un continent où on connaît franchement pas grand monde, on arrive à retrouver quelqu’un qu’on connaît à la terrasse du café…

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Marco, Romain et Moi : oui, la photo est faite par Marcelo le photographe, forcément ça a pas la même gueule que nos photos à nous…

On passera quelques jours avec Marco, qui nous présentera deux de ses amis, Natali et Marcelo. L’un et l’autre nous parlent de politique bolivienne et d’Amérique Latine avec finesse et passion ; Marcelo est journaliste-photographe, et son point de vue sur Evo Morales, qu’il a côtoyé plusieurs fois lors de voyages de presse, donne à réfléchir… On comprend petit à petit les enjeux du continent, les complexités du territoire avec lesquelles doivent à composer les politiques. Bref, à l’issue de cette soirée, on s’endort littéralement moins cons.

La soirée passée avec eux sera aussi l’occasion de découvrir La Paz de nuit et en voiture : et ben, c’est vachement grand. Si bien que lorsque Marcelo nous dépose à un croisement sur sa route, on se rend compte qu’on n’est pas, mais alors pas du tout chez nous ; et La Paz, on n’a pas trop envie de la traverser de nuit. Il nous reste 11 bolivianos en poche. On arrête donc un taxi, et on lui fait probablement sa course la plus étrange de la nuit : “Bonsoir, voilà, on habite à côté du Terminal, mais on a 11 bolivianos donc vous pouvez nous rapprocher jusqu’à ce qu’on ait écoulé les 11 bolivianos et après on marche ?” Il nous jauge quelques secondes, probablement le temps de se dire “Quelle bande d’abrutis” et nous dit de monter. Dans la voiture, on sort nos pièces, et on lui annonce : “Non, 13 bolivianos et 50 centimes ! On va jusqu’à 13 bolivianos et 50 centimes !”. Au final, il aura pitié de nous et nous déposera devant l’hostel. On se répand en remerciements, qu’il acepte avec une froideur typiquement bolivienne : “Oui, oui, allez salut” avant de s’éloigner dans la nuit déjà bien avancée.

La grande attraction de La Paz, ce sont les téléphériques : ça fait un peu peur au début, et même après, mais ça évite de passer quatre heures à monter tout en y laissant ses poumons. Et puis, il faut admettre que c’est rudement intelligent, d’en faire le moyen de transport principal dans une ville en forme de cuvette ! Mais peu importe à quel point on monte haut, La Paz et ses villes limitrophes (qui sont en fait collées à la capitale), on n’en voit jamais le bout : c’est à la fois tentaculaire et construit de manière frénétique, seuls restent vides quelques bouts de roches vraiment trop abruptes pour être terrassées et construites.

Comme d’habitude, on se trouve un QG de la nourriture : cette fois, ce sera le mercado Lanza, sur la plaza Mayor. La première fois qu’on y va, on n’a pas encore adopté le régime bolivien, à savoir que chaque plat (segundo) est précédé d’une soupe (sopa) en entrée. Donc, on demande poliment à la dame : “Se puede comer solo el segundo ?” (« On peut ne manger que le plat ? ») Réponse de la dame : “No, sopa y segundo!” Et crois moi, tu as pas envie de la mettre en colère, la dame du marché, elle a pas l’air commode dans son tablier et elle agite ses spatules avec un air menaçant : alors, tu manges ta soupe.

Et comme d’hab, la Bolivie est la Bolivie : zèbres, cholitas et fanfares !!

À la Paz, on passe 5 jours bien agréables. Sur les conseils de deux voyageurs suisses (qui nous avaient d’ailleurs conseillé un restau tenu par des Suisses, qui fait de la raclette à La Paz… mais on n’a même pas craqué, alors qu’on passait tous les jours devant !), on décide ensuite de retrouver la campagne – et on sera servis : direction Sajama, le paradis des lamas !

Potosí, la reine des montagnes

« Je suis la riche Potosí, le trésor du monde, la reine des montagnes et la convoitise des rois. » Ancienne devise de la ville, citée dans Les veines ouvertes de l’Amérique latine d’Eduardo Galleano.

À Potosi, on découvre une autre Bolivie : plus vivante, qui monte et qui descend, une Bolivie classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, où l’histoire transpire de chaque bâtiment. Du temps de la grandeur et la richesse de Potosi, il ne reste que les grands édifices et les ruelles surplombées par des balcons au style colonial. On raconte qu’il y avait tellement d’argent dans la montagne que les rues en étaient pavées. Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent et dans ces mêmes ruelles, circulent des bus de seconde main japonaise qui crachent leur fumée noire, économie oblige.
La ville est à 4070 mètres d’altitude mais en arrivant au terminal, bizarrement, on se sent bien. Alors on commence à faire les marioles : nous on est des solides, 100% made in Les Alpes, alors le soroche (mal de l’altitude), même pas peur. Trois marches d’escalier plus tard, c’est en crachant ses poumons que Romain réussit à articuler les mots essentiels pour demander son chemin à un policier souriant (de contentement, ou de moquerie). Donc, en fait, on souffre un peu du mal de l’altitude, et le manque de souffle n’en est que le symptôme le plus visible : car il y a aussi les vertiges, la digestion aléatoire, la fatigue…

Plus tard, j’ai demandé à une dame de Potosi s’ils se moquaient des touristes qui traversent la ville à bout de souffle : elle m’a avoué un peu gênée que oui, ils se foutent allègrement de nous. C’est le jeu, on ne peut pas leur en vouloir. Ajoutez à ça le fait qu’on photographie compulsivement les lamas (si on transpose au contexte français, c’est comme si les touristes en France et mitraillaient les vaches en hurlant “OH sors l’appareil il y a une VACHE !”), et qu’un bon 60% des touristes se balade en poncho (non ce n’est pas typique, il faut qu’on vous le dise : en deux moi de voyage, le seul bolivien qu’on a vu porter le poncho, c’est Evo Morales lors d’un discours à la televisión, sachant que le type est légèrement dans l’excès nationaliste), bref, tout confondu, je crois qu’on passe un peu pour des cons, en Bolivie.

On abandonne la marche et on prend un minibus (littéralement) pour rejoindre notre hostel. Le minibus bolivien, il est mini mais cosy : on s’y entasse joyeusement comme une bande de sardines copines, il y a des chiens, des enfants qui dorment allongés quasi dans le passage, la femme du conducteur à côté qui lui prépare des sandwichs, une autre dame qui monte pour vendre des glaces. C’est la première ville où on comprend le fonctionnement des arrêts de bus boliviens : en fait, il n’y en a pas. Tu montes et tu descends comme tu veux, il faut juste avoir assez de voix pour prévenir le chauffeur que tu vas descendre : “Voy a bajar !”.

Notre hostel est le Casa Blanca Simple et efficace : agréable, propre, lits confortables. Comme d’habitude, on passe peu de temps à l’hostel : on se contente d’y dormir et d’y utiliser internet. On rencontre quelques personnes, toutes déjà croisées, ou qu’on recroisera plus tard. On est sur la route des touristes, on suit tous le même parcours.

On continue notre programme rock’n’roll : balades, repas, balades, montée au mirador, pause Coca-cola pour Roro (j’ai eu le malheur de lui dire que j’avais lu que c’était bien pour lutter contre le mal de latitude, du coup il en consomme sans aucun état d’âme). On monte et on descend, on découvre des ruelles et des quartiers.

Rayon alimentation, on goûte la soupe de mani (soupe au goût de cacahuète), le chairo (soupe traditionnelle : chairo veut tout simplement dire “soupe” en langue aymara). Et au rayon grignotage, on continue les papas rellenas et les tawatawa (sortes de bugnes arrosées de sucre liquide). Par contre, mauvaise nouvelle : on oublie les cafés en terrasse, ça n’existe pas dans ce pays.

La mine de Potosi et le tourisme de la misère

Potosi, c’est beau et c’est triste. Beau pour cette riche montagne rouge qui domine la ville, triste pour la morosité économique liée à cette même montagne autrefois gorgée d’argent, pillée par l’Europe et aujourd’hui percée de toutes part comme du gruyère. La montagne qui a été la gloire de la ville est aujourd’hui une tombe pour certains boliviens, et surtout des hommes, qui peuvent y travailler à partir de 10 ans et dont l’espérance de vie ne dépasse pas les 45 ans. Les hommes sont à la mine, les femmes vendent des fruits dehors ou font gardienne de mine la nuit. La vie est dure, et ça se ressent dans les rues de la ville.

Alors quand on voit que des tours de la mine sont organisés, on se retrouve encore une fois face à un sentiment d’indécence du tourisme en Bolivie : l’idée d’aller au spectacle des mineurs, de faire des photos là où d’autres n’ont pas besoin de photos puisqu’ils y sont tous les jours nous donne un goût amer. Il y a deux écoles : ceux qui pensent que voir, c’est se rendre compte. Et qu’aller à la mine, c’est aussi une forme d’action caritative : d’abord parce que les agences touristiques reversent un peu d’argent aux mineurs qui organisent la visite, même si c’est peu (sur les 100 que vous payez pour le tour, entre 5 et 10 sont effectivement reversés aux mineurs)… Ensuite, car vous achetez des cadeaux que vous donnez aux mineurs (principalement feuilles de coca, alcool et cigarettes).

Pour ma part, je m’interroge : Pourquoi aurait-on toujours besoin de tout voir pour prendre conscience des choses ? Il me semble que la société irait beaucoup mieux si on se sentait concernés, y compris par des choses dont on n’a pas été témoin. C’est le sens premier des médias : des gens qui vont voir en profondeur, en questionnant, et qui nous racontent ce qu’ils ont découvert. Chacun fait ses recherches sur les conditions de visite (à l’image Voyage au Pérou qui a semble-t-il pas mal étudié la question) et fait son choix. Nous, a fait le nôtre: on n’ira pas à la mine.

À la place, on se balade : on va au mirador Tika Loma, on visite l’église San Francisco, et on sort de la ville pour aller voir la laguna Ojo del Inca, gouille d’eau chaude en haut d’une colline. Une dame qui habite à côté nous explique qu’il est formellement interdit de s’y baigner : en dessous, la terre vit et peut se réveiller à tout moment. Elle nous raconte que des touristes y sont morts l’année dernière, soudainement aspirés par un tourbillon d’eau… Il est plus prudent de faire comme les locaux : se contenter d’y faire cuire des oeufs.

On en avait eu un avant goût à à Uyuni, c’est désormais confirmé : la Bolivie est le pays de la bande de guerre. Où qu’on aille, quoi qu’on fasse, nos errances finissent toujours par nous mener à une fête en fanfare. Anniversaire de collèges, jour de l’environnement : tout prétexte est bon pour se costumer, défiler et lancer des confettis. Et les boliviens sont rudement doués dans l’exercice !

De Potosi on continue notre route… direction les capitales, Sucre puis La Paz.

Cliché n°2 : l’Argentin est orgueilleux

Une devinette : comment faire une très bonne affaire ? Réponse : Achetez un Argentin au prix qu’il vaut et vendez-le au prix qu’il pense valoir. Ce genre d’humour révèle un cliché partagé dans toute l’Amérique Latine : l’Argentin, et de surcroit le porteño (habitant de Buenos Aires) serait orgeuilleux et arrogant.

Ceux qu’on a rencontrés en voyage sont des gens à peu près normaux – mais nous autres français, snobs de l’Europe, manquons cruellement d’objectivité pour juger les snobs d’Amérique Latine.
Alors qu’en est-il ? Une étude de l’Université Siglo 21, sortie il y a quelques jours et rapportée par La Nación, s’est penchée sur la question de la personnalité Argentine : 1050 personnes, hommes et femmes de 18 à 65 ans et venant de villes différentes, ont défini leur degré d’approbation avec une série d’affirmations, dessinant ainsi à gros traits une personnalité argentine.

L’Argentin serait narcissique, obsessionel, de personnalité histrionique, et paranoïaque

L’un des traits de caractère qui ressortent est le narcissisme : 45% des personnes interrogées se sentent “intéressantes et passionnantes” (ça, c’est de la confiance en soi). L’étude observe aussi une forte propension au perfectionisme (33%) et a l’obsession : 55% des interrogés trouvent nécessaire d’avoir un plein contrôle de leurs émotions. Les interrogés montrent aussi leur penchant vers une personnalité histrionique, soit, d’après Psychologies,  une “tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme et à l’hyperexpressivité émotionnelle”. Ainsi, 65% des sondés pensent que les sentiments et l’intuition sont à privilégier par rapport à une pensée rationnelle. Le dernier trait de caractère observé est la paranoïa : 54% des sondés pensent qu’il est dangereux de faire confiance à autrui.

La sociologue Manuela Gutiérrez, interrogée par Clarín, n’est pas surprise :

Somos así. […] El argentino es ególatra, sobre todo el porteño. Somos conocidos en el mundo por nuestro histrionismo y nos reconocen cuando hablamos fuerte

Nous sommes comme ça. L’Argentin a un grand ego, surtout le portègne. Nous sommes connus dans le monde pour notre histrionisme et on nous reconnait quand nous parlons fort.

Au-delà d’une meilleure connaissance des individus, ces résultats permettent de mieux comprendre la société toute entière… dans ses bons et ses mauvais côtés.

Le psychologue Leonardo Medrano, qui a dirigé cette étude, n’est pas très optimiste :

Nos llamó la atención que casi un 65% no confíe en el otro. Es llamativo y triste porque así es difícil una construcción colectiva para que haya cambios en el país

Ce qui à retenu notre attention, c’est que presque 65% des gens ne font pas confiance à l’autre. C’est frappant et triste parce que dans ces conditions, il est difficile de construire quelque chose collectivement pour qu’il y ait des changements dans le pays.


Du narcissisme… à l’optimisme !

D’une certaine manière, le cliché a donc du vrai : l’Argentin est fier d’être Argentin, nation de Messi et Maradona, où le dulce de leche est le meilleur du monde et l’asado le plus étudié. Il existe même un mot pour définir le patriotisme argentin : la argentinidad, qu’on peut traduire par quelque chose comme “l’argentinité”. Une chanson de Bersuit Vergarabat, La Argentinidad al palo, liste les fiertés argentines : ci-dessous, une rapide traduction du premier couplet.

La calle más larga,
El río más ancho,
Las minas más lindas del mundo…
El dulce de leche,
El gran colectivo,
Alpargatas, soda y alfajores…
Las huellas digitales,
Los dibujos animados,
Las jeringas descartables,
La birome…
La transfusión sanguínea,
El seis a cero a perú,
Y muchas otras cosas más…
La argentinidad al palo…
La argentinidad al palo…

La rue la plus longue,
Le fleuve le plus large,
Les gonzesses les plus belles du monde…
Le dulce de leche,
Le grand bus*,
Les alpargatas, les sodas et les alfajores…
Les empreintes digitales*,
Les dessins animés*,
Les seringues jetables*,
Le stylo bille*…
La transfusion sanguine*,
Le six à zéro face au Pérou,
Et encore bien d’autres choses…

* inventions argentines

Les autres pays d’Amérique latine adorent se moquer des Argentins et de leur personnalité bruyante, extravertie et hautaine. Pour ma part, je vois dans tous ces traits de caractères un autre aspect, résolument Argentin lui aussi, dont on devrait s’inspirer un peu plus : l’optimisme. Il n’est pas rare de croiser un argentin qui vous explique tout sourire qu’il a sept boulots différents et que la vie est belle, et qu’il a des idées, et qu’on verra demain. Avoir confiance en soi c’est aussi penser qu’on s’en sortira, se battre politiquement parce qu’on croit un changement possible…
Et par les temps qui courent, il serait bon d’échanger un peu de notre morosité à la française contre un peu de narcissisme argentin !

Uyuni, le sel de la vie

(Uyuni = salar (désert de sel) = sel, tu as le jeu de mot ?)
Uyuni en Bolivie est une petite ville au milieu du désert. Une ville étrange qui semble être coincée entre deux économies : celle de l’exploitation du salar (pour le sel, mais surtout pour le lithium) et celle du tourisme autour de ce même salar. Du coup, ça lui donne une gueule bizarre, à la ville : des hordes de touristes gambadent bruyamment dans les rues poussièreuses et tranquilles, tous pulls ornés de lamas dehors.

On y fait une arrivée en fanfare : notre bus tombe en panne au milieu d’un carrefour. Dans le bus, c’est la résignation (sauf une femme qui tape sur la porte en criant “laissez-moi sortir !”, mais personne n’a l’air de comprendre ce qui lui arrive), mais dehors, c’est la folie : les voitures klaxonnent à tout va avant de prendre la route en contre-sens, tandis que les officiers de police squattent le terre-plein du carrefour en sifflant désespérément, sans que personne ne les prenne vraiment en compte – ça met juste un peu d’ambiance.

À noter qu’ici, le klaxon est multifonctionnel : il peut vouloir dire aussi bien “Pousse toi, j’arrive” que “Tu veux monter dans mon bus?” ou même “Viens par là, à l’angle de la rue, si tu veux monter dans mon bus”, et le classique “Hey, salut ! Ça va ?”.

Retour au milieu de notre carrefour, où  les chauffeurs du bus transpirent à grosses gouttes, le nez dans le moteur. Paniqués et désespérés, ils finissent par nous larguer là, au milieu de la route (mais en face d’une jolie statue).

Notre auberge, l’hostel Piedra Blanca, est un petit nid d’amour glacé : tout est un peu cassé et rafistolé à coup de bouts de fourchette (verifique), mais la receptioniste est d’une gentillesse à tomber par terre et tout est super joli et soigné : petites plantes, napperons et couvertures, chauffage (quand même) dans les chambres, salle commune baignée de soleils et petit déjeuner consistant et délicieux. Au passage, on découvre un concept étonnant, qui est en fait assez courant en Bolivie : la porte des toilettes faite de lattes de bois, et donc ajourée. Ce qui fait que certes, tu profites des rayons du soleil quand tu fais pipi, mais que tout le monde peut potentiellement profiter de toi en train de faire pipi. Ainsi, un nouvel apprentissage du voyage : faire une croix sur toute forme d’intimité, même dans les endroits où tu n’aurais jamais pensé avoir à la sacrifier.

Ce qui est bien à Uyuni (et de manière générale en Bolivie, mais on ne le sait pas encore), c’est que tu sais direct ce que tu es sensé faire en bon touriste traditionnel : à peine a-t-on posé un pied sur l’avenida Arce qu’une ribambelle de rabbateuses nous hurlent dessus pour qu’on leur achete un tour du salar. On s’exécute, et on réserve un tour pour le lendemain.

Mais nos découvertes du jour ne sont pas finies. D’abord, on a notre premier contact avec la nourriture bolivienne et ses délices à petit prix : on mange des papas rellenas (sortes de pomme de terre farcies) servies par une petite dame adorable au milieu d’une 2×2 voies (jamais de mauvais endroit pour manger en Bolivie, jamais). Le soir, on découvre le restaurant à 13 bolivianos (environ 2,40 euros), sans prétention mais très bon : riz, pommes de terre et poulet pour moi… et lama pour Roro !

Le soir, on rentre à l’hostel et alors qu’on est dans la salle  à commune, on entend de la musique… Intrigués, on descend dans la rue et on part à la recherche de “la fête » (telle qu’on la baptisée). Au bout d’un moment, on découvre au détour d’une rue une fanfare qui suit une cinquantaine de gamins survoltés qui courent dans tous les sens. Tous sont en uniforme : il ont un sweet de sport, on en déduit donc qu’ils ont gagné une coupe. Pourquoi on vous raconte ça? Parce que ce qui aurait pu n’être qu’une anecdote n’en est pas une : la banda de guerra (fanfare) est une obsession purement bolivienne, on en aura vu à toutes les sauces et dans presque toutes les villes traversées : pour les anniversaires, les fêtes religieuses, et même version Starwars à la Paz.

Uyuni de nuit

Bref, après la fête, on va se coucher : on se lève tôt et c’est pas comme si on avait pris à un bus à trois heures du matin la veille, qui a mis 12h à arriver à destination. On est des durs à cuire, mais ça y est, on est cuits. Après s’être disputés comme d’hab sur qui dort dans le lit du haut ou le lit du bas, on sombre dans un lourd sommeil merveilleux.

Le lendemain, 10h pile, on est devant l’agence. Bon, déjà, 10h ça voulait dire 10h30, en fait. Au niveau temps, je ne dirais pas que les boliviens sont toujours en retard, mais plutôt que l’heure est un concept aléatoire. Un bus peut aussi bien partir à l’heure pile que partir 30 minutes en retard, faire un détour pour aller récupérer un truc chez un copain et arriver quand même à destination avec 15 minutes d’avance (ô joie de la conduite bolivienne), ce qui est rudement pénible quand l’heure d’arrivée était fixée à 5h du matin.

Je m’égare, retour à nos lamas : nous voilà donc dans notre jeep avec nos copains touristes : un coupe de chiliens, un couple de catalan, et un anglais, et notre guide. On est sept touristes et c’est illégal, mais il suffit de mentir à la dame du contrôle en lui disant que l’un de nous dort au salar, elle fait semblant de nous croire, et le tour est joué.

Le salar d’Uyuni, cest 12 000 km² de sel à 3 650 mètres d’altitude, soit la plus grande étendue de sel au monde. La sortie que nous faisons est la même que celle que propose toutes les agences : cimetière de train, entrée dans le salar, photo des eaux chaudes qui suintent du sol, repas dans un hôtel de sel, funny pictures dans le salar, île aux cactus, coucher de soleil sur la partie mouillée du salar, et retour à la maison, contents et fatigués. On est dans une véritable usine à touristes : je n’ai pas de chiffres spécifiques sur le salar, mais d’après Actu Latino, la Bolivie a accueilli 1,2 millions de visiteurs en 2015 ; le salar faisant partie des lieux les plus touristiques, une bonne partie a du fouler la terre de sel… Malgré tout ca, c’est magnifique.

Au delà de la visite du salar et de la nourriture, il n’y a pas vraiment de raison de s’attarder à Uyuni : dès le lendemain, on fait donc connaissance avec les bus boliviens. Fini les guichets chiliens, ici, c’est le règne des pleureuss qui hurlent pour ramener les passagers : “Oruuuuro !” “Potosi, Potosi, Potosi !” “La Paz, La Paz ya sale !”. À peine a-t-on mis un orteil dans la rue des bus que l’on est déjà agressés : ici, le commerce vient à toi tout seul. “Potosi, Potosi ?” nous demande une pleureuse. “Cuanto es ? Y cuando sale ?”. Sans faire exprès, on fait ici notre baptême de négociation : ici c’est trop cher, là c’est trop tard, mais il y a toujours une pleureuse dans le coin qui a une solution pour toi, alors on fait baisser le prix et avancer l’heure. On finit par monter dans un bus, pas trop devant (on n’est pas des dingues non plus), et on part pour 6h de voyage en Bolivie : bonjour les lamas, les moutons, les montagnes et les rios magnifiques…

Attention, un conseil au futur voyageur, que le gouvernement devrait ajouter dans son topo sur la Bolivie : lorsque tu voyages par voie terrestre, sache que dans bien des cas il n’y a PAS de toilettes dans les bus, je répète, pas de toilettes. Le mieux, c’est le développement d’une stratégie préventive : rien de liquide dans les 6h qui précédent le voyage, et a fortiori ni café ni thé. Mieux vaut mourrir déshydratation que de subir 6h la vessie pleine sur les routes boliviennes, crois moi. Car quand tu es coincé dans un bus en Bolivie, ton destin est entre les mains du chauffeur de bus et de sa compréhension envers ta vessie, et pendant notre voyage, on en a rencontré toutes sortes : des consciencieux à l’extrême (comme celui qui s’arrête toutes les deux heures et monte dans le bus en hurlant “baños!!” y compris entre 23h et 5h du matin), des distraits (qui n’ont jamais pensé à la vessie de ses passagers, l’anecdote qui suit en est un exemple), des pressés (qui n’ont pas envie de s’arrêter alors tu souffre mais en silence, ok).

Après quelques heures de voyage, le bus s’arrête dans un village (genre, trois maisons au bord de la route mais dix personnes qui s’approchent du bus pour vendre des glaces par la fenêtre). En effet son assistante veut acheter des bananes (c’est pas le premier arrêt banane qu’on fait, elle doit avoir une banadiction). Une affiche scotchée sur une porte indique “baño, 1 boliviano » (c’est la monnaie le boliviano, évidement qu’on ne vend pas un Bolivien pour aller aux toilettes). Comme on reste stationnés un peu (ça prend du temps de négocier des bananes !), une personne du bus se lève, parle avec le chauffeur, puis descend. En la voyant se diriger vers les baños, on sent un frémissement dans le bus… Puis tout le monde se précipite vers la porte, la vessie sur les rotules (si si, c’est possible, les médecins qui n’y croient pas n’ont probablement jamais pris le bus en Bolivie), en direction du baño… qui est fermé. Tout le monde remonte, la vessie au bord du suicide. Mais le chauffeur, qui ne s’était jusqu’alors pas rendu compte de la souffrance latente dans l’habitacle, nous rassure : il y a des toilettes plus loin. Il redémarre puis s’arrête a nouveau, vu que tout le monde lui crie qu’il y a un pauvre monsieur qui court comme un dératé après le bus (il avait été oublié, le pauvre).

Deux cent mètres plus loin, il s’arrête au bord de la route, au milieu de rien : les voilà, les toilettes ! C’est l’excitation la plus totale : on sort comme des furies, on s’éparpille derrière les collines, on est le 4 juin et c’est la fête du pipi libre. Les seules qui ne se cachent pas dans les collines sont les cholitas : leurs grandes jupes leur permettent de faire ça en face du bus en toute discrétion. On se dépêche quand même, par peur que le chauffeur nous abandonne ici. Nous voilà donc de retour dans le bus, heureux comme des coqs en pâte, la vessie gaie comme un pinson. Et c’est reparti : lamas, moutons, rios, montagnes…

Uyuni n’est peut-être pas la meilleure ville du monde : mais les pauses pipi entre Uyuni et Potosi, ça, c’est le sel de la vie.

Dans le juke-box #5 : la folie Despacito atteint un pilote argentin

Amis européens, c’est l’été chez vous ! Pourquoi ne pas en profiter pour vous mettre dans l’ambiance latino et vous trémousser sur les tubes en vogue de ce côté-ci de l’Atlantique ? (Attention, qualité musicale non garantie : on reste dans le tube, on n’a jamais parlé de chef-d’œuvre…)

Premier épisode de cette série estivale : Despacito de Luis Fonsi et Daddy Yankee

A moins que vous n’ayez vecu ces derniers mois dans une grotte sans wifi, impossible que vous ayez échappé au phénomène du moment, numéro 1 dans à peu près tous les pays où il est diffusé. Pour notre part, on est désormais obligés d’aimer, les Argentins étant superfans de reggaeton, pour le plus grand malheur de nos oreilles.

L’ascension du titre a d’abord commencé par les pays hispanophones, en Europe et en Amérique ; puis Justin Bieber en fait une reprise (sans en traduire les paroles en anglais, ce qui est assez rare pour être souligné), et le titre s’est très vite hissé en première place du classement américain pendant des semaines. Le site Univisión Noticias, relayé par Courrier International, souligne que la dernière fois qu’un tel succès à été enregistré pour un tube latino, c’était… En 1996, avec la Macarena ! Certains y voient plutôt une bonne nouvelle en ces temps de trumpisme et racisme à tous les étages aux États-Unis…

Qui dit succès, (dit « je n’en peux plus de l’entendre 300 fois par jour », mais ceci est un autre problème), dit multiples reprises : le net regorge de versions plus ou moins parodiques et plus ou moins drôles. Comme on ne compte pas créer une encyclopédie du Despacito dans le monde, laisser nous nous concentrer sur les détournements argentins.

La journaliste Natalia Maderna en a composé une version pour les manifestations du mouvement contre les violences faites aux femmes Ni una menos, rapporte le site Verne.


La vidéo, devenue virale, a été vue plus de 350 000 fois sur Youtube, mais a aussi attiré nombre de commentaires machistes… Les plus hallucinants ont été cités par Cribeo (exemple : « hahaha quelle mongolienne, après vous vous étonnez qu’on vous frappe à coup de bâton… », sympa non ?), montrant ainsi que le travail de lutte contre le machiste en Amérique latine était loin d’être terminé – mais ceci est un autre beau et vaste sujet, que je garde en réserve pour plus tard.

Toujours sur le thème politique mais sur un ton plus grinçant, voir la version de l’humoriste David Rotemberg, citée par Infobae.


Le titre, remixé en « dos pesitos » (« deux petits pesos »), est une ode ironique à l’inflation Argentine :

Dos pesitos. Revisé el bosillo y quedan dos pesitos. Dejé medio sueldo en el mercadito, me gasté trescientos mangos en dos quesitos. Dos pesitos. Veo los precios y se me va el apetito. Tengo anemia y me han bajado los leucocitos y en mi cuerpo casi no hay hematrocitros. ¡Todo sube, sube! ¡Todo sube!

Deux petits pesos. J’ai vérifié dans ma poche et il reste deux petits pesos. J’ai laissé une moitié de salaire au supermarché, j’ai dépensé 300 balles dans deux petits fromages. Deux petits pesos. Je regarde les prix et je perds l’appétit. J’ai une anémie et j’ai une baisse de leucocytes et je n’ai presque plus d’hematocrites.. Tout monte, monte ! Tout monte !

Et contre toute attente, il existe aussi la version religieuse : El Mundo rapporte qu’un prêtre de Cordoba a fait le buzz en lançant la chanson au milieu de la messe, en ayant pris soin de réécrire les paroles.

Ainsi,

Despacito, quiero respirar tu cuello despacito…

Lentement, je veux respirer ton cou, lentement…

devient dans la bouche de l’homme saint

Aquí estamos, Jesucristo llévanos a todos lados, que sepamos caminar de tu mano y hacer discípulo a nuestro hermano

Nous sommes ici, Jésus-Christ, emmène nous partout, pour que nous sachions marcher par ta main et faire de notre frère un disciple

Ceci n’est qu’un échantillon de ce qui existe, je vous laisse taper sur Google « despacito reprise » dans toutes les langues si vous n’êtes pas encore saturés – en vous prévenant cependant que l’écoute à outrance comporte des risques : avec Romain, on commencé à parler en Despacito : « Passe – moi – le sel, le sel, le sel… »

Également, sachez qu’outre les dangers de cette chanson pour la santé mentale, le journal argentin La Nación raconte qu’elle a été responsable d’un blocage des fréquences de la tour de contrôle de l’aéroport d’Ezeiza à Buenos Aires : un pilote survolté s’est mis à danser et chanter comme un fou dans la tour de contrôle… Sans savoir que son micro était ouvert, et que les fréquences utilisées habituellement ont été occupées pendant 15 minutes par son concert improvisé.

Comme toute digression amène toujours une morale, je conclurai par ce que nous disait le réalisateur Claude Mourieras quand je suivais la formation audiovisuelle Point Vue : si vous voulez écrire des histoires, observez la réalité, elle est souvent encore plus merveilleuse que n’importe quelle fiction que vous auriez pu inventer… Avec cette histoire de pilote, c’est chose démontrée.

EDIT du 18 Août 2017 :
Déja six mois de Despacito en boucle. On se sent un peu comme ça :

Entre zèbres et lamas : panorama bolivien

On vous avait quitté au Chili, dans un bus, en direction d’Uyuni, en Bolivie. À peine a-t-on passé la frontière qu’on est déjà dans un autre monde : les sept heures de bus prévues se transforment en 12 heures, et la route est jalonnée de petits stands de nourriture tous plus attirants les uns que les autres. Trop dommage, comme on est désorganisés jusqu’au bout, on a oublié de changer nos pesos chiliens en pesos boliviens : on se contente donc d’admirer, de humer, et de gargouiller.

Passage de frontière

La Bolivie, ça ressemble trait pour trait aux cartes postales de Bolivie. Les cholitas, petites dames habillées d’une jupe bouffante, d’un châle et d’un tablier multicolores et coiffées d’un chapeau melon, sont les reines du commerce de rue : d’une main, elles vendent aussi bien des kilombo et autres sucreries, que des cartes SD 16 gigas ou du lait directement sorti de la mamelle d’une ânesse stationnée au milieu de la rue ; de l’autre main, elles tricotent à une vitesse impressionnante des pulls, écharpes, chaussettes, moufles ou bonnets. Elles se déplacent d’un pas lourd, portant sur leur dos des kilos de marchandises et d’enfants enveloppés dans de grands draps colorés.

Tout s’achète, tout se vend et se négocie. La Bolivie est une sorte d’énorme marché à ciel ouvert, où chacun a sa spécialité : les dames aux avocats, les dames aux jus, les dames aux œufs et fromage… La technique de vente est inconstante : ou on vous ignore totalement, voire on vous envoie chez le voisin avec un soupir d’ennui non dissimulé, ou on vous agresse tout sourire dehors lorsque vous passez devant un stand, en vous demandant directement “buenos días, ¿que van a llevar ?” (“bonjour, qu’est-ce que vous allez acheter?”) alors même que vous ne vous êtes même pas arrêtés devant ledit stand. En bon français, vous répondez un peu gêné « Heu rien… Merci », du moins les premiers jours, puisque par la suite vous devenez un peu bolivien : ignorance totale d’autrui, on continue son chemin comme si on n’avait rien entendu. On constate quand même que les rabatteurs boliviens sont en général assez bons : ils ne harcèlent pas, mais savent exactement ce que vous avez envie d’entendre (du genre, que c’est pas cher).

Au niveau confort, on oublie le Chili : les toilettes sont souvent rustiques, voire inexistantes dans les bus (ça donne des pauses pipi super folklo, où la vingtaine de passagers s’éparpille en courant derrière les collines au bord de la route… et où les cholitas, tranquilles dans leur grande jupe, font ça en face du bus), le chauffage un concept qui reste à l’état de concept, l’eau chaude un luxe (auquel on a souvent accès, heureusement). Comme on est des durs à cuire, on s’achète des chaussettes et des gants, on superpose les couches de vêtements, et yala !

Dans le sud de la Bolivie, les climats hivernaux sont plutôt rudes : une chaleur brûlante la journée, et un froid agressif la nuit, le tout dans des altitudes à littéralement couper le souffle : Uyuni est à 3760 mètres, Potosí a 4060 mètres, Sucre à 2780 mètres, La Paz à 3660 mètres, Sajama à 4300 mètres. L’eau et la végétation sont rares : les pénuries d’eau sont courantes, il est difficile de faire pousser de quoi se nourrir, et la nature n’offre rien à faire brûler pour se chauffer. La vie est donc rude, et peut être que de la vient le physique de l’habitant de l’altiplano andin, petit, solide et la peau burinée par le soleil. Une chanson de Calle 13, Latinoamerica, dit : “mi piel es de cuero, por eso aguanto cualquier clima” (“ma peau est de cuir, ainsi je m’adapte à n’importe quel climat”). Tu m’étonnes. Nous, on est des pubs Nivea ratées, avec notre peau toute fragile et toute blanche qui se dessèche et rougit sous le soleil, le sel, le vent, le froid. Mais on est des durs à cuire, on vous rappelle, alors on utilise des litres de crème et on résiste, yala, tout ça.

Ici tout est petit : les gens mais aussi les bus, les toilettes, les tables, les chaises, les assiettes. Romain souffre quand il est obligé de se contorsionner pour faire entrer ses kilomètres de jambes sous la table, et je suis au pays des rêves du haut de mon mètre et demi. Dans ce monde microscopique, l’autochtone bolivien à une maîtrise de l’espace incroyable : il réussit à sortir d’un minuscule bus bondé sans même effleurer un cheveu à qui que ce soit, tandis que toi, dans la même situation, tu atterris sur le trottoir en sueur avec une tête à la Robert Smith après t’être foulé la cheville en tombant sur une dame et avoir étranglé un enfant avec la lanière de ton sac. Tandis qu’une ribambelle de boliviens te regardent par la fenêtre du bus, hallucinés par ta capacité à imiter une tornade. Être un français en Bolivie, c’est comme être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ce talent pour le minimalisme doit expliquer une coutume étrange : l’absence de rideau de douche dans les salles de bain (observée dans 5 sur 7 des hostels fréquentés), ce qui fait que quand tu te douches, tu mouilles partout. Sûrement que le bolivien réussit à se doucher en mettant de l’eau uniquement sur son corps, et pas une goutte à côté.

Les mots aussi sont petits : c’est la fête du diminutif. Déjà, tout le monde appelle les filles mamita (“petite maman”) et les garçons papito (“petit papa »). Un peso n’est pas un peso mais un pesito (« un petit peso »), ce qui est vachement moins cher. Et au café ou au restaurant, comme au Chili, il est plus poli de commander les choses en petit : un vasito de agua (“un petit verre d’eau”), un tecito (“un petit thé”), un cafecito (“un petit café”), una cervecita (“une petite bière”, ce qui ne l’empêche pas d’être servie en pinte).

Mais surtout, la Bolivie, c’est le pays de la nourriture de rue : partout des stands avec une mini table et deux tabourets, dans lesquels on peut manger des plats plus délicieux les uns que les autres pour 10 pesos (environ 1€30) : des revueltos de carne (viande hachée mélangée avec des oignons, des pommes de terre, accompagnée de riz, de salade et de patates douces…), des milanesa de pollo (du poulet pané, toujours avec le même accompagnement), de la sopa de maní (soupe dans laquelle on peut trouver du riz, des pâtes, des pommes de terre, parfois de la viande, le tout dans un bouillon au goût de cacahuète), du mondongo (viande en sauce accompagnée de maïs bouilli), des papas rellenas (sorte de purée de pomme de terre mise en forme de boule et frite, farcie d’un mélange de viande, oignons, sauvé et oeuf dur)… Des petits plats à manger sur le pouce ou des almuerzo completos composés d’une soupe puis d’un plat : il y en a pour toutes les faims et c’est merveilleux.

Sous ses apparences multicolores et joyeuses, la culture Bolivienne n’est pas très extravertie : les rapports sociaux semblent policés par les traditions et les religions, même les formules de politesse sont réduites au minimum (alors que comme chacun sait, nous les français, on aime bien les allonger). On y danse toutes sortes de danses folkloriques, et les fêtes religieuses sont de vrais événements. C’est un pays en développement et ça se voit : toutes les villes dans lesquelles on est passés ressemblent à des grands chantiers. Le tourisme est en pleine explosion, et les boliviens ont tout plein d’idées pour en tirer leur bénéfice : le service n’existe pas, tout se monnaie, et toi, en tant que touriste, tu es un billet de banque vivant. Ce qui est parfois désagréable, quand on est dans un hostel et qu’à chaque fois qu’on parle au propriétaire en commençant la phrase par “est-il possible de…” la réponse commence systematiquement par “oui mais ça coûte…”

Comme le Bolivien, le touriste doit suivre les traditions : il doit suivre sa route de gentil touriste, faire ses expéditions de touriste, acheter des souvenirs de touriste – au choix, le pull orné de lamas et les chaussettes assorties, le bonnet en laine d’alpaga avec l’inscription “Bolivie” (les boliviens le portent aussi celui-là, pour le côté patriote), les tissus multicolores et leur déclinaison en sacs. C’est très fatiguant, de suivre les traditions, mais comme tout le monde le fait, on fait comme tout le monde : on suit la route tracée par les Boliviens. Parallèlement, on développe une aversion profonde pour les propriétaires de pulls à lamas, qui se baladent souvent en bande, et qui ont aussi les chaussettes assorties – bon, on a quand même rencontré des propriétaires de pull sympas, on n’est pas non plus fermés.

Malgré des rapports sociaux entre touristes et locaux difficiles, la Bolivie est un pays assez drôle, car à chaque coin de rue se nichent de petites excentricités.

Par exemple, les zèbres. Il se trouve que la politique conduite par l’omniprésent Evo Morales est assez paternaliste (on expliquera les grandes lignes politiques dans un prochain article), et mise beaucoup sur l’éducation. Du coup, un jour, un mec du gouvernement a du dire : “Hé les mecs, j’ai une super idée, comme les policiers sont assez mal vus et que nos administrés ignorent ouvertement la signalisation routière, on n’a qu’à faire faire la circulation à des gens plus rigolos… genre déguisés en zèbre par exemple !”. Et c’est ainsi qu’à La Paz, des gens (souvent des jeunes défavorisés, d’après Gentside) déguisés en zèbres (ou en tigre à Potosi) s’occupent de faire respecter les feux de circulation. Parmis les animaux de la circulation, il existe aussi des chiens, qui eux sont des vrais policiers (d’ailleurs ils portent quand même le gilet jaune marque “policía”, il faut quand même qu’on puisse les reconnaître, des fois qu’il y ait un voleur à courser… Je vous laisse imaginer la scène). Et comme les zèbres sont des employés de la mairie, ils sont aussi conviés à discipliner toutes sortes d’événements, ce qui consiste en gros à faire les débiles pour occuper le public dans les temps morts. Et ils ont une cheffe, on l’a vue : elle porte même un gilet sans manche avec des motifs zébrés. Ça doit pas être facile niveau reconversion professionnelle : “Expériences précédentes ?” “Heu, gestion d’une équipe de zèbres à La Paz. Mais j’ai aussi une petite expérience dans les tigres à Potosi”. Mais je crois que toute la drôlerie des zèbres réside dans l’habitude qu’en ont les Boliviens : car pour eux, se faire gronder par un zèbre quand ils traversent au rouge, c’est normal, ils continuent leur route tranquilou, comme si de rien n’était.
La Bolivie semble être coincée entre les traditions, une vie rude, en particulier dans les mines, et une franche propension à sourire aux petits plaisirs de la vie, surtout s’ils​ se mangent – les glaces se savourent à toute heure et à tout âge. Une expression courante ici, c’est no más (« rien de plus »), qui s’utilise pour vous signifier que ce que vous demandez est très simple et qu’il faut arrêter de vous exprimer avec vos détours tarabiscotés (oui, j’utilise « tarabiscoté », mais on est dans l’ère du « perlimpinpin », c’est tendance) de français super poli : dans le bus, « suben, no más » (« montez, rien de plus »), à la cantine  du marché, « pasen, no más » (« installez-vous, rien de plus »), ou au magasin « sácalo, no más » (« sers toi, rien de plus »).

Ainsi, on regarde se dérouler la vie bolivienne : les places sont des cinémas en plein air, les paysages sont merveilleux (extrait ci-dessous… Avant plus de détails plus tard !), on passe la plupart de nos trajets de bus collés à la vitre (parfois douloureux, rapport à la conduite bolivienne).  On est en voyage voyage (je me permets de citer la chanson, dans la mesure où on l’a entendue dans un taxi entre Patacamaya et La Paz, c’est de la culture locale), on est passés de volontaires moitié intégrés à la vie locale à touristes-billets vivant curieux, alors on profite de notre nouveau statut pour goûter, demander, explorer… Et profiter de la vie, no más.

El Alto, tout en haut de La Paz

Parc de Sajama

Parc de Sajama

Copacabana vue den haut

La baie de Copacabana et le lac Titicaca

Coucher de soleil sur le lac Titicaca, vue depuis la Isla del Sol

La Tricolor, le petit nom du drapeau bolivien

Tout aussi original que le nom donné au drapeau français, celui de la Bolivie est connu sous le nom de La Tricolor.

Adopté le 31 octobre 1851, le drapeau bolivien n’a pas toujours été celui que l’on rencontre actuellement.

Onze jours apres son indépendance, le 6 août 1825, la République de Bolívar (ancien nom de la Bolivie) adopta son premier drapeau. Comme vous pouvez en juger avec l’image ci-dessous, on est bien loin du drapeau d’aujourd’hui.

La Bandera Menor (source : wikipedia)

Ici, les couleurs urilisées par ce tout jeune pays ramènent à l’environnement naturel : le rouge faisant référence au règne animal et le vert au règne végétal.

Le 25 juillet 1826, soit moins d’un an après sa création, le drapeau changa de charte graphique. On se rapproche alors fortement du design actuel du drapeau.

Drapeau national de 1826 (source : wikipedia)

C’est finalement en 1851 que le drapeau actuel fut adopté. La légende raconte qu’alors que le président de l’époque, Manuel Isidoro Belzu, se rendait à cheval à Oruro depuis la Paz, il aperçut un magnifique arc-en-ciel au sein duquel le rouge, le jaune et le vert dominaient. C’est à partir de cet évènement qu’il ordonna la modifcation de l’ordre des couleurs du drapeau.

Si l’on sort de la légende, comme son nom l’indique, le drapeau est composé de trois  couleurs disposées de manière horizontale. Le plus simple pour la comprendre est de lire le décret du 19 juillet 2004 qui explique la signification des couleurs.

« Le drapeau de la République bolivienne compte trois franges horizontales de même largeur et de même dimension, mises dans l’ordre suivant : une couleur rouge dans la partie supérieure, une couleur jaune au centre et une couleur verte dans la partie inférieure.

La frange de couleur rouge, représente le sang versé par nos héros pour la naissance et la préservation de la République.

Celle de couleur jaune, représente nos richesses et ressources naturelles.

Celle de couleur verte, représente la richesse de notre nature et l’espérance, comme valeur principale de notre société. »

Il existe cependant quelques variantes du drapeau, une variante pour le drapeau de l’État et une autre pour l’armée. Rien de bien différent mis à part qu’un blason est ajouté au drapeau. En ce qui concerne la blason, on verra ça dans un prochain épisode.

Neuf boliviens incarcérés au Chili : Tension diplomatique entre les deux pays

La Bolivie et le Chili ne sont pas les meilleurs amis ni les meilleurs voisins d’Amérique du Sud, loin s’en faut. Cette animosité n’est pas nouvelle. Elle trouve ses racines dans la guerre du Pacifique (1879-1883) qui a vu la Bolivie perdre tout son littoral au profit du Chili. Car oui, la Bolivie n’a aucun littoral pour elle mis à part celui du lac Titicaca (qui n’a que peu d’intérêts). S’il on compare ça aux 400 kilomètres perdus, on peut légitimement penser que côté Bolivien, on l’ai un peu en travers de la gorge, et ce malgré l’ancienneté de ce conflit. Mais bon, cette question du littoral bolivien est une autre affaire. C’est une toute autre histoire qui est en train d’accentuer ces tensions.

Comme toute frontière, la limite entre la Bolivie et le Chili est marquée par divers traffics notamment le passage de marchandises de contrebande. C’est la lutte contre la contrebande qui à l’origine de ces nouvelles tensions…

Venons-en aux faits. Il y a de ça trois mois, plus exactement le 19 mars, neuf boliviens ont été arrêtés par les carabinieros chiliens (nom de la police locale). Parmis eux deux militaires et sept fonctionnaires de la douane… Pourquoi cette arrestation ?

Pour les médias boliviens, il s’agissait de personnes luttant contre la contrebande. Ces derniers auraient tenté d’intercepter trois camions chiliens censés transporter des produits de contrebande. Sur les trois, ils en auraient intercepté un, les deux autres ayant réussit à prendre la fuite. Chose peu banale, les carabinieros les auraient arrêtés sur le territoire bolivien. Histoire de rajouter de l’huile sur le feu, l’affaire de la frontière maritime est aussi présente. L’arrestation a en effet eu lieu quelques heures avant que le gouvernement bolivien n’envoie une demande auprès du Tribunal Pénal International de la Haye pour examiner une demande d’accès au Pacifique.

Côté chilien, la vérité serait tout autre. D’après le procureur général en charge de l’affaire, ces neufs personnes surarmées auraient tenté de voler un camion chilien sur le territoire chilien. D’où leur incarcération au Chili.

Personnellement, je ne sais pas qui dit la vérité. Mais bon, l’histoire aurait très bien pu en rester là. Du genre : « bon les gars on arrête avec cette histoire, on vous rend vos mecs histoire de calmer la chose et on recommence à travailler main dans la main histoire d’arrêter ces putains de trafficants« . Mais non, depuis mardi la situation s’est envenimée. Le gouvernement bolivien accuse en effet ses voisins d’avoir commis des actes de tortures sur les neuf détenus. Situation qui s’est retrouvée automatiquement balancée à la une de tous les journaux boliviens. Ainsi, le journal gouvernemental El Cambio n’y va pas de main morte avec ses voisins, comparant le Chili à une « oligarchie raciste » qui bafourait la liberté de la presse en empêchant des médias boliviens de se rendre au Chili. Un extrait de la tribune parut ce mardi dans le journal permet de se rendre compte qu’on est bien loin de relations cordiales : « l’oligarchie chilienne et les défenseurs du leg de Pinochet ont exacerbé le sentiment anti-bolivien, le patriotisme et le racisme au sein de la population chilienne« … Evo Morales (président de la République de Bolivie) et récent propriétaire d’un compte Twitter est lui aussi très actif dans cette histoire comme en témoigne ses deux tweets datés du 15 janvier

« Nos compatriotes n’ont pas commis de délits : ni vol, ni port d’armes en territoire chilien et encore moins de contrebandes« . « Pour l’inexistence de délits, en plus d’une détention illégale de trois mois et d’actes de tortures, l’État chilien devrait libérer les neuf boliviens« .

Afin de régler la situation, le gouvernement bolivien a décidé de dénoncer cette détention devant l’Organisation des États Américains (OEA). Au moment où cet article est publié, les neuf boliviens sont toujours incarcérés au Chili…

* L’image à la une de l’article est l’oeuvre de Máximo Choque. Elle est tirée du journal El Cambio du mardi 13 juin 2017.